Le Matin d'Algérie

Benflis : le régime fait une lecture affligeante des manifestations du sud

Ali Benflis réagit les décisions du Conseil ministériel restreint relatives aux protestations contre l’exploitation du gaz de schiste.

Les décisions du Conseil Ministériel restreint tenu le 27 janvier 2015, au sujet des protestations de nos concitoyens à In Salah contre l’exploitation du gaz de schiste restera dans nos annales politiques comme le modèle parfait de la non gouvernance. Ces décisions révèlent avant tout la légèreté et l’improvisation inacceptables dans la gestion des affaires les plus sensibles y compris celles qui concernent la stabilité du pays, la crédibilité de l’Etat et la cohésion de la Nation.

Le communiqué du Conseil ministériel restreint n’est significatif de rien d’autre que de l’état de dégradation avancée et dangereuse auquel est parvenu un régime politique dont l’illégitimité, la perte de crédibilité, l’inaction et le désarroi prennent de jour en jour les proportions d’une véritable menace à l’existence de l’Etat national. Les fondations mêmes de notre Etat national sont désormais mises régulièrement à rude épreuve par un sommet de l’Etat vacant qui condamne le gouvernement à la léthargie et jette son propre discrédit et sa propre disqualification sur l’ensemble des autres institutions de l’Etat.

Ces constats ne sont pas le produit d’esprits mal intentionnés, c’est le communiqué du Conseil Ministériel restreint lui-même qui en permet l’établissement.

En effet, ce communiqué dont la teneur est d’une incohérence et d’une légèreté sans précédent croit pouvoir ramener le véritable foyer de tension qu’est devenu l’ensemble du sud de notre pays et en particulier In Salah à un simple et banal malentendu. Une telle lecture est d’abord inquiétante en ce qu’elle révèle que nos gouvernants n’ont pas pris la véritable mesure de la gravité de ce foyer de tension qu’ils ont eux mêmes créé. Cette lecture est également inquiétante parce que ses auteurs pensent ainsi traiter les manifestations de ce foyer de tension et se dispenser de prendre en charge ses causes véritables. Cette lecture est enfin affligeante car des autorités politiques diligentes, vigilantes et performantes ne prennent pas près d’un mois pour procéder au règlement d’un malentendu d’une telle insignifiance, s’il en était réellement un.

Dans sa recherche désespérée de la sortie d’une crise qu’il a générée de son propre fait, le gouvernement prétend que ce dont il s’agit à Ahnat n’est rien d’autre qu’une expérimentation. Il y a lieu de relever que ce concept a été inventé pour les seuls besoins de leur cause compromise. En effet, nulle part dans le communiqué du Conseil des Ministres du 23 mai 2014 ayant donné le feu vert à l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste, il n’est question d’expérimentation. Sans ancrage juridique ce concept est donc dépourvu de sens et d’encadrement légal précis et connu.

Bien plus, responsables concernés ont affirmé à plusieurs occasions que la technologie d’extraction du gaz de schiste était parfaitement maitrisée, ce qui signifie que l’expérimentation n’a plus lieu d’être.

Enfin, le communiqué du Conseil ministériel restreint a annoncé la création de Wilayas déléguées dans certaines régions du sud de notre pays. Il est certain que cette vaste région du territoire national a besoin d’une organisation administrative plus présente, plus performante et plus adaptée aux besoins spécifiques de son développement. Mais les mesures annoncées par le gouvernement tardivement, dans la précipitation et sous une pression citoyenne devenue irrésistible, sont loin de répondre à cet objectif.

En réduisant les crises et les tensions qui sont apparues dernièrement dans tout le sud du pays et en particulier à In Salah à une problématique d’encadrement administratif, le gouvernement a manqué, encore une fois, l’occasion d’en tirer les enseignements réels.

Ces crises et ces tensions ont été, essentiellement, les révélateurs des conséquences inévitables de la citoyenneté méprisée, du dialogue social rompu, des médiations politiques et sociales clientélistes ayant pris le pas sur les médiations représentatives et légitimes, de l’unilatéralisme et de l’autoritarisme érigés en mode de gestion de la collectivité nationale et de la perte de la crédibilité et de la confiance de l’Etat auprès des citoyens.

Ali Benflis

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