Le Matin d'Algérie

Le JDD : Fillon, l’Algérie et la concurrence chinoise

Depuis 22 ans, aucun Premier ministre n’avait effectué une visite officielle en Algérie. François Fillon met fin ce week-end à cette longue absence. Le chef du gouvernement est arrivé samedi à Alger. Il aura fort à faire dans un pays où la France voit son influence s’éroder. Il plaidera pour « une relation d’exception » entre les deux pays aux liens économiques, culturels et politiques indéfectibles.

« Je souhaite aujourd’hui redire aux autorités algériennes qu’elles peuvent compter sur la France. Oui, la France et l’Algérie ont un avenir commun », a déclaré François Fillon dans un entretien publié par les quotidiens algériens El Watan et El Khabar. « Elles doivent se tourner vers l’avenir, en faisant les efforts nécessaires de part et d’autre pour regarder le passé en face », a-t-il poursuivi. Et cette nouvelle alliance doit se concrétiser sous la forme de contrats et de partenariats.

La concurrence chinoise

Ainsi, un accord sur le nucléaire civil a été signé samedi entre François Fillon et son homologue Abdelaziz Belkhadem. Cette coopération, conclue en décembre dernier lors du voyage de Nicolas Sarkozy en Algérie, sera la première entre la France et un pays arabo-musulman. L’accord sur l' »utilisation et le développement de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques » portera sur la recherche fondamentale, des transferts de technologie, la formation, la production d’électricité, la prospection et l’exploitation de l’uranium convoité par Areva. L’Algérie pourrait ainsi se doter d’une centrale nucléaire à l’horizon 2020. « C’est un moment historique et représentatif de la transformation de nos relations », a dit François Fillon qui a plaidé pour l’industrie d’armement française face au concurrent américain. « Il n’y a pas de manifestation plus claire de la volonté de la France d’établir un partenariat exceptionnel avec l’Algérie », a-t-il insisté.

D’autres contrats commerciaux pourraient aussi être signés. Comme à l’habitude, le chef de gouvernement est suivi d’une vingtaine d’hommes d’affaires. La France est le premier investisseur en Algérie, hors hydrocarbure, et son premier partenaire commercial. La Chine et l’Inde sont toutefois des puissances montantes sur le continent africain et deviennent de très vives concurrentes pour les intérêts français. Un mémorandum sur la coopération financière devrait être signé ce week-end pour faciliter juridiquement le travail des entrepreneurs français de l’autre côté de la Méditerranée.

Bouteflika à Paris?

Les affaires françaises sont aussi menacées par le terrorisme. Le 8 juin dernier, un ingénieur a été tué dans un attentat. « Il y a un certain niveau de danger. Il serait irresponsable de le nier. Mais face au danger, il y a des moyens de se protéger », a toutefois souligné François Fillon. « Les entreprises, les ressortissants peuvent et doivent rester en Algérie. » Car les enjeux sont d’importance. En 2007, on recensait 250 filiales d’entreprises françaises, notamment dans le BTP et le secteur de l’eau, sur le territoire algérien, ce qui représente près de 120 000 emplois directs et 40 000 emplois indirects. Et les entreprises françaises doivent se placer alors que le gouvernement algérien poursuit son plan de privatisations. Ce week-end, le cimentier Lafarge doit finaliser son entrée dans le capital de Meftah et Schneider Electric scellera l’acquisition de l’entreprise nationale des appareils de mesure et de contrôle (AMC).

Enfin, le voyage de François Fillon revêt une grande importance politique. Le Premier ministre rencontrera dimanche le président Abdelaziz Bouteflika. Il sera notamment question de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Le président algérien n’a toujours pas confirmé sa présence au sommet du 13 juillet à Paris, qui doit la porter sur les fonds baptismaux. François Fillon devra notamment le rassurer quant à la nature du projet et à la place d’Israël. L’absence de l’Algérie au lancement de l’UPM serait un revers pour la France, tant les deux pays sont liés.

Par Matthieu VERRIER (avec Reuters)

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