Le Matin d'Algérie

Algérien comme toi !

Moi c’est Mehdi, mais le plus important, c’est que je suis algérien comme toi, et nous avons le même pays, éclos sur cette terre maghrébine, africaine, méditerranéenne, éclairée d’une étoile arabo-musulmane.

De la préhistoire de l’Algérie jusqu’à son Histoire plus que millénaire, il y a de quoi être fier. Faisons en sorte que des symboles tels Massinissa, Yughurta ou Jugurtha, peu importe je crois, Saint Augustin, Tarik Ibn Ziad, Ibn Khaldoun, en passant par Fatma N’soumer, l’Emir Abdelkader, et tant d’autres jusqu’à Larbi Ben M’Hidi et Boudiaf, ne soient pas que de simples noms inscrits sur les murs assourdis de l’impasse.

Comment donc faire, pour vivre ensemble et construire l’Algérie ? S’il est question de démocratie, de République, une partie aussi majoritaire soit- elle, peut-elle ou doit-elle interdire à une autre de vivre ? À chacun sa conscience, et si nous n’avons pas le droit de ne pas être d’accord, pouvons nous imaginer un Etat de Droit ?

Algérien comme toi, il est question de respecter notre diversité, l’altérité. Pour une civilisation partagée, il s’agit de dire sans nuire, sans juger, sans préjuger. Car «La civilisation n’est pas un entassement, mais une construction, une architecture» disait Malek Bennabi. Construisons donc, en dehors de toute violence, de toute haine, en conjuguant le verbe tolérer (et pourquoi pas, le verbe aimer ?) en tout temps et partout. En dépit des obstacles, essayons quand même. Mais nous devrions débattre sans nous battre.

L’Algérie est un pays à majorité musulmane, c’est un fait. L’islam ne prône aucune contrainte. Mais la vision et la lecture diffèrent d’une école à une autre, d’un groupe à un autre. A côté de cette majorité, il s’agit de reconnaître d’autres algériens. Cependant nos différences ressemblent à celles des cinq doigts d’une même main, note la citation populaire. Et nous ne sommes qu’une seule main, nous sommes tous des algériens, mon frère.

Et puis, comment ne pas envier l’Inde, avec son milliard d’habitants largement dépassé, s’efforcer de préserver une cohabitation, avec plus de dix confessions distinctes, 23 langues officielles et 4000 autres langues différentes ? Cela fait penser à Mahatma Ghandi qui disait : « La victoire obtenue par la violence équivaut à une défaite, car elle est momentanée ».

Comment ne pas jalouser le pays de Nelson Mandela, d’une cinquantaine de millions d’âmes, où une majorité chrétienne cohabite avec plusieurs autres minorités confessionnelles dont l’une est musulmane, et où l’on relève une importante communauté dépourvue de confession ; un pays avec onze langues officielles et plusieurs autres qui ne le sont pas. Parallèlement, il y a de quoi être, perplexe, ou plutôt affligé, quand on voit des musulmans s’entre-tuer, dans des pays où la majorité écrasante est musulmane.

Nos conflits, internes avant tout, renforcent cette exécrable thèse tant promue, du choc des civilisations et sert de prétexte aux plus forts, pour s’accaparer nos richesses, vouloir nous détruire. Je trouve une démarche analogue avec cet autre prétexte, le fameux coup de l’éventail de 1827, qui a permis à la France de nous coloniser 132 ans durant.

Ce qui nous rassemble est plus fort que tout. Relever tant de défis. Ainsi, la priorité ou la première nécessité ne consisterait-elle pas plutôt à nous unir pour contribuer ensemble, à la lutte contre les injustices, la corruption, le déversement hallucinant des drogues, la dégradation de l’environnement, le blanchiment d’argent, l’immorale ruée vers le gâteau, et d’autres fléaux ? Algérien comme toi, dans ce pays riche de ses femmes, de ses hommes, et de ses multiples autres ressources, référons-nous à nos textes fondamentaux où y sont gravées des valeurs inscrites dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Car nous sommes, je le suppose, des humains, avant d’être autre chose.

Déplaçons donc, en son centre, le curseur d’une règle. Soit le juste milieu. C’est apparemment, l’unique solution. Vivre ensemble ou nous entretuer et tuer du coup l’Algérie. Richesse est la diversité, mortels la pensée unique, la binarité, le manichéisme.

Algérien comme toi, face à tout marionnettiste, ne soyons pas des pantins. Et quand je dis que tu es mon frère, tu l’es d’abord et avant tout, en humanité. Je te souhaite alors, une bonne année, que celle-ci soit lunaire ou solaire, donc hégirienne ou Grégorienne, ou encore Amazigh. Nous pourrions enfin, c’est possible mon frère, sculpter nos rêves, sur cette terre d’Algérie, abreuvée de tolérance, irradiée par la Science, dans la reconnaissance de l’inévitable différence.

Rachid Brahmi

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