Ali Benflis réagit au dernier mini-conseil ministériel qu’a présidé Abdelaziz Bouteflika sur la crise pétrolière.
« Le plus haut sommet de l’Etat vient, enfin, de se préoccuper de la gravité des répercussions de la crise énergétique mondiale actuelle sur l’économie algérienne. Un conseil interministériel restreint lui a, ainsi, été consacré. Cette réunion est loin d’avoir éclairé l’opinion publique nationale sur le diagnostic de cette crise établi par le gouvernement, sur l’identification de ses effets inévitables sur notre économie et sur les mesures prises pour faire face à ses retombées.
J’observe, en effet, avec nos concitoyennes et nos concitoyens que ceux qui sont en charge des affaires publiques ne partagent pas un même diagnostic de cette crise. Il y a, à ce sujet une véritable cacophonie au sommet de l’Etat. Certains ont cru devoir tirer la sonnette d’alarme. D’autres nous rassurent que l’Algérie est totalement à l’abri de cette crise. Et d’autres encore reconnaissent que notre pays est affecté par cette crise mais qu’il dispose des moyens pour en amortir le choc. Le populisme règne encore en maître sur l’action du gouvernement. Et la vérité sur l’ampleur de cette crise reste soigneusement cachée au peuple algérien.
J’observe, aussi, qu’en l’absence d’un diagnostic sincère et rigoureux, la prise en charge des effets de cette crise ne peut être que douteuse. A un diagnostic erroné ne peut correspondre qu’un remède tout aussi erroné. Comme toujours, la gouvernance imprévoyante, approximative et souvent improvisée conduit nos gouvernants à privilégier les solutions de facilité et à céder à leur confort. Et c’est ainsi qu’une solution toute simple et toute trouvée nous est annoncée : elle consiste à puiser dans les réserves de change du pays et dans le Fonds de Régulations de ses Recettes. Par cette solution de facilité le gouvernement se dispense de tout effort et de toute imagination.
J’observe, en outre, que le régime politique en place n’a plus pour souci obsessionnel que sa seule quiétude. Ses intérêts de durée et de survie prévalent sur tout le reste. La paix sociale n’a plus de prix pour lui. Il est, et comme il l’a toujours été, prêt à lui sacrifier la santé et les équilibres de l’économie nationale. Ce régime politique en fin de parcours ne répond plus qu’aux exigences de son présent et n’a que peu d’intérêt pour l’avenir du pays tout entier.
J’observe, enfin, que face à cette crise d’une extrême gravité, nos gouvernants se contentent de nous annoncer ce qu’ils ne feront pas mais jamais ce qu’ils sont résolus à faire. Là aussi, ils maintiennent une opacité totale sur leurs intentions alors même que la première de leurs responsabilités et d’informer notre peuple qui payera, ultimement, le prix de leur non-gouvernance.
De l’ensemble de ces considérations, je ne peux, malheureusement, tirer que deux conclusions : ce n’est pas avec un pouvoir vacant et des institutions en panne que l’on peut raisonnablement compter pour faire face à cette crise. Et ce ne sont certainement pas des institutions dépourvues de légitimité, de représentativité et de crédibilité qui mettront réellement notre pays en position de relever les défis nombreux et sérieux que l’ampleur de cette crise lui impose. »
Ali Benflis
