Le Matin d'Algérie

De l’autodétermination de la Kabylie

Je ne connais hélas pas toute l’Algérie et ce n’est pas faute de ne pas le désirer de toute mon âme, un pays si grand, un pays immense et très riche, mais aussi merveilleux de par ses paysages féeriques, captivants, que vous vous rendiez dans le grand sud, à l’Est, à l’Ouest, partout. Un pays façonné par des siècles et des siècles d’Histoire. Je ne connais pas ce pays mais si Dieu me prêtait longue vie, je compte consacrer le reste celle-ci à sa découverte.

Et que représente la Kabylie par rapport au reste de ce continent pour lequel la partie la plus importante de ceux et celles qui sont morts pour le libérer, est issue de cette région en dehors des autres sacrifices consentis par la population de la wilaya III et sur tous les plans durant cette guerre qui a duré presque huit ans et sans parler également du maquis tenu par le FFS de 1963 à 1965 avec ses martyrs, ses blessés, ses prisonniers, ses veuves et ses orphelins.

Serions-nous, Kabyles, devenus naïfs au point de vouloir renoncer à cette terre, l’Algérie tout entière qui est la nôtre ? car, parler d’autonomie ou d’Etat unitaire régionalisé est une chose, l’autodétermination en est une autre, qui signifie, si j’ai bien compris, renoncement pur et simple au reste de l’Algérie, ce qui arrangerait fort bien, vous en conviendrez avec moi, les affaires des uns et des autres.

Avec tout le respect que je dois à son promoteur, ce projet ne nous concerne pas et le meilleur service que nous puissions rendre à l’Algérie serait de ne pas détourner l’attention de la jeunesse kabyle des questions politiques liées aussi bien à leur pays qu’à son environnement immédiat voire international, et le meilleur service à rendre à la Kabylie aujourd’hui serait, de mon point de vue, de l’aider à rester fidèle à elle-même tout en continuant à s’émanciper, à retrouver sa propreté en encourageant la promotion de la culture environnementale par la sensibilisation et la création d’associations pour œuvrer dans ce sens, l’aider à rester vigilante pour déjouer toute forme de déstabilisation, l’aider à rester unie et solidaire en rejetant définitivement sectarisme (Aqvayli, Amravedh, Akli), tribalisme, opportunisme ainsi que toute forme d’intégrisme ; l’aider à cultiver la tolérance et le respect, à combattre l’ignorance en sensibilisant notre jeunesse à la lecture, à la culture associative sérieuse et prometteuse, à combattre le régionalisme en favorisant la culture d’échange entre la Kabylie et le reste de l’Algérie, à cultiver le patriotisme tout en revendiquant sa kabylité en impliquant l’école par la sensibilisation des enseignants sur le rôle plus qu’important qui est le leur : celui de croire en leur mission qui consiste à former les générations futures qui prendront la relève aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle locale, une génération qui a cet avantage d’apprendre quatre, voire cinq ou six langues parfois si l’on comptait l’allemand et l’espagnol en plus de tamazight, l’arabe, le français et l’anglais, pour peu que ce travail soit fait avec conscience et dévouement ; l’aider à poursuivre le travail de recherche sur le patrimoine culturel et historique de cette région et pour finir, veiller à ce que l’organisation ancestrale et démocratique perdure dans chaque village kabyle ainsi que ses coutumes que le fondamentalisme, parallèlement à la télévision satellitaire est en train de détruire.

Il est certes beaucoup plus aisé de mettre sur pied un GPK (Gouvernement Provisoire Kabyle) en exil qu’à faire se réapproprier au « peuple kabyle » ces quelques valeurs citées ci-dessus et qui constituent pourtant la base fondamentale d’une prise de conscience d’abord de ce que l’on voudrait construire et d’une prise en charge effective de soi, pour une préparation sérieuse à notre autonomie réelle et méritée et à propos de quoi une initiative sérieuse et laborieuse et à laquelle j’adhère entièrement, vient d’être soumise à la réflexion et au débat à travers ce canal d’information et intitulée Manifeste pour la reconnaissance constitutionnelle d’un statut politique particulier de la Kabylie suivie d’une pétition qu’il convient à tout Kabyle qui adhère à ce projet d’autonomie et non d’autodétermination, tout au moins de signer.

Il va sans dire aussi que la Kabylie, comme le reste de l’Algérie ne souffre pas seulement du pouvoir politique d’Alger qui ferme les yeux quand il ne les encourage pas, sur toutes ces pratiques malsaines qui font que la médiocrité à tous les niveaux est en passe de devenir une règle au détriment des compétences qui continuent à grossir les rangs des candidats à l’exil parmi nos étudiants et nos cadres de valeur, un pays, une région ne se construisant pas sans sa matière grise, intellectuels, artistes, hommes et femmes de culture, enseignants et médecins de qualité, militants politiques de conviction, experts en tous domaines, société civile à la hauteur…. Autant de facteurs bloquants en sus de la clochardisation-démission avancée d’une population livrée à la perversion, à la corruption et à la course au gain facile quand elle ne sombre pas dans la déchéance et la souffrance morale, intellectuelle et la misère tout court et dont il faudrait tenir compte et ne pas perdre de vue.

Le débat reste ouvert… « wi tedun ghef tidets yessawadh », disait Ferhat Imazighen Imula.

Nacer Achour, écrivain

Quitter la version mobile