Mon père m’a dit : « Ce fut le mois des héros »
Depuis, sur notre table triste
Le pain est resté solitaire
Et la mer interdite…
Depuis, j’ai peur de mon fils
Que vais-je lui dire, père ?
Je n’ai pas assez de morts pour lui mentir,
Pas assez de larmes pour l’attendrir,
Pas assez d’argent pour le travestir,
Et pas assez de temps pour l’assoupir.
Il rêve d’un pays libéré,
Et je ne le connais pas.
Il rêve d’une époque juste,
Et je ne l’ai pas.
Il rêve de héros invincibles,
Et les tiens sont corrompus.
Je ne l’habillerai pas de tes légendes :
Elles ne résistent pas aux vents,
Et tu n’as pas aboli le froid.
Et tu n’as pas aboli la faim
Ni cette ride sur le front de ma mère.
Emporte tes mythes et tes regrets,
Emporte Novembre et le parjure d’Imoula…
Efface ce demi-siècle imaginaire
Et n’éteins pas les colères :
Dans le ventre de ton sable trahi,
Il y bout une autre Toussaint.
Mohamed Benchicou
(Poème de prison)
