Le Matin d'Algérie

Pr Issâad : « La violence est devenue la seule langue que comprennent les autorités »

L’avocat M’Hand Issâad, qui avait présidé la commission d’enquête sur les évènements de Kabylie, a assuré que la violence et les protestations sont à présent la seule langue de dialogue avec les autorités, et il a considéré que le cycle des actes de violence ne s’arrêtera pas si les autorités ne se décident pas à investir dans de véritables projets, au lieu de dépenser l’argent public sous formes d’aides.

El Khabar : Quel est votre opinion sur le retour du cycle des protestations et des actes de violence dans de nombreuses wilayas ?

M’Hand Issâad : Les protestations ne se sont pas arrêtées depuis environs 10 ans, et il faut être aveugle pour ne pas les voir se répéter, se multiplier et se déplacer d’une wilaya à l’autre. Les choses ne vont pas changer si l’on ne suit pas une politique sérieuse, qu’il s’agisse d’investissement, de culture, d’enseignement ou du secteur de la justice, sinon il n’y aura de dialogue qu’à travers les actes de violence et les protestations.

El Khabar : Que pensez-vous de la main de l’étranger que l’on brandi à nouveau pour expliquer les mouvements de protestation et les violences dans n’importe quelle wilaya où la situation dégénère ?

M’Hand Issâad : Cela est dû au manque d’imagination, car si l’on parle de la manipulation de la rue par l’étranger, cela veut dire que les Algériens sont incapables de penser et d’agir spontanément. Il faut cesser de répandre de telles explications qui ne convainquent plus personne. Les jeunes révoltés attendent que l’on réponde à leurs problèmes par des solutions effectives.

El Khabar : Vous étiez à la tête de la commission d’enquête sur les évènements de Kabylie. Pensez-vous, du fait de votre expérience, que ce qui s’est passé dans cette région se répète dans d’autres wilayas et régions car les raisons demeurent les mêmes dans chaque endroit ?

M’Hand Issâad : Ce qui s’est passé en Kabylie existe dans toutes les régions de l’Algérie, et il faut ajouter le problème d’identité. La jeunesse algérienne souffre, dans tous les coins du pays, des mêmes problèmes et ils sont confrontés aux mêmes conditions difficiles, alors leur réaction vis-à-vis de ces conditions est la même, à savoir le recours à la violence. J’ai dit cela dans le rapport final sur les évènements de Kabylie. La violence est devenue la seule langue de dialogue avec les autorités, et il semble que cela n’a pas changé depuis que j’ai remis le rapport. Au lieu de cela, la culture de la violence s’est généralisée à l’ensemble des wilayas, et à mon avis les jeunes sont encore plus révoltés car ils réalisent que des dizaines de milliards sont dans les caisses de l’Etat. Nos responsables doivent faire la distinction entre l’investissement et la dépense, car actuellement il ne s’agit que de dépense d’argent public, qui n’a aucun effet et qui ne change rien au vécu des Algériens.

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