Aux lendemains de la « défection » des éléments des URS, et du retrait de ceux des GIR de la gendarmerie, il semble que le chef de l’État a chargé le chef de la IV région militaire (IV RM) de superviser ce qui s’apparente à un État de siège.
Bien que corroborée par des comptes rendus de presse, et aussi par un communiqué du conseil des notables de Taghardaït (Ghardaïa) (*), cette mesure reste sans légitimation juridique. Aucun texte n’est venu expliciter ce fait du prince. Nouvelle étape dans la gestion sécuritaire de la crise de la vallée du M’zab, la mission sécuritaire du général-major Chérif Abderrazak pose, au-delà d’une pertinence discutable, un réel problème de légalité.
A côté d’une reprise en main, visiblement énergique, de l’appareil sécuritaire, le chef de la IV RM a consenti à une rencontre avec les dignitaires du Ksar N’Tghardaït. Un compte rendu de cette réunion, qui s’est déroulé à la demande d’El Hadj Bakir Kara Amer, président du conseil des notables, restitue les minutes d’une entrevue chargée de tensions et de raideurs. Seize représentants des quartiers de la ville se sont exprimés devant l’instance sécuritaire que préside le chef de la IV RM. De nombreux enseignements peuvent être tirés de ce document que nous mettons à la disposition de nos lecteurs.
Il en ressort la volonté manifeste des«autorités»de n’ouvrir de dialogue qu’à la condition de coopter des représentants qu’elles considèrent dociles et de marginaliser les acteurs effectifs de la société civile. Ce rendez-vous semble ne s’être tenu que conséquemment à l’engagement de M. Bakir Kara Amer d’exclure de la délégation ceux que le général-major Chérif Abderrezak considère comme »des énergumènes » !Prompt à s’emporter et à affirmer son ascendant sur des hommes qui s’ils ne sont apeurés semblent avoir un penchant certain aux solutions numismatiques, le chef de la IV RM affirme un républicanisme superficiel et douteux par sa géométrie variable. S’il se refuse aux approches « communautaires », telle l’affectation des élèves selon leurs rites, il se laisse pourtant aller à des comparaisons bancales entre des inscriptions qui figurent sur les murs de Taghardaït. Il faut, soulignons-le, un sacré toupet pour voir un parallèle entre le symbole du terrorisme islamiste (l’inscription Daeesh) et la lettre Z de l’alphabet tifinagh emblématique de l’identité Amazigh (pourtant consacrée par la constitution en son préambule et son article 3 bis)[1]. Il va même plus loin et met un parallèle entre l’affiliation des pyromanes de la vallée du M’zab sinon à Daeesh du moins au wahabisme obscurantiste et criminel et l’adhésion de citoyens algériens à des partis légaux (FFS, RCD) ou même à des mouvements d’opinion qui se prononcent pour l’autonomie régionale (MAK, MAC, MAM’zab…).
Le général-major y va de ses menaces à l’encontre du pharmacien Qiraa, qui ayant tout perdu, maison et pharmacie, ose qualifier les événements de Taghardaït d' »épuration ethnique ». Le pauvre a dû s’excuser pour ne pas être éconduit manu militari. L’intervention de BA’mara Ibrahim, docteur en médecine interne, semble avoir hérité le gouverneur militaire de Taghardaït. Pourtant, toutes les interventions illustrent la nature profondément raciste de la crise de Taghardaït. Dans les interventions des notables, il est fait état de pas moins de 140 maisons détruites, sans compter les commerces dévastés, les mosquées incendiées… Même expurgée des « énergumènes », la délégation de la « société civile » a néanmoins souligné à plusieurs reprises l’impunité manifeste dont bénéficient les agresseurs. Aucune « autorité »» n’a daigné relever le fait et encore moins tenté d’y répondre. Des assassins tardent à être sous les verrous et la machine sécuritaire mise en branle à Taghardaït n’entend qu’imposer l’ordre même au prix du deuil de la paix.
Mohand Bakir
(*) Voir le document PDF en arabe
[1] On vérifie ainsi que se dire Arabe, c’est du patriotisme alors qu’affirmer son Amazighité c’est du séparatisme…
