Selon des informations rapportées par le journal « El Khabar », le conseil de sûreté de wilaya s’est déroulé à Thaghardaït sous autorité militaire.
Ce conseil aurait adopté des mesures qui s’apparentent à des mesures d’exception. Elles toucheraient les conditions de déroulement des perquisitions, celles de l’interpellation de «suspects» (avec consigne de prise en compte de toute dénonciation). Ces nouvelles consignes concernent aussi les règles d’engagements, y compris pour ce qui est de l’usage des armes à feu. Selon le journaliste d’El Khabar, en plus de quelques six mille éléments des URS et du GIR (gendarmerie) des unités de l’armée seraient mobilisées, prêtes à toute intervention. Deux unités de police militaire seraient en état d’alerte…. Le même journaliste parle de nombreuses arrestations déjà opérées dans le cadre de ce « nouveau dispositif ».
Un cran supplémentaire vient d’être franchi dans la gestion sécuritaire de la crise de la vallée du Mzab. Cela en l’absence de toute communication officielle. Les plus sérieuses craintes peuvent être nourries sur les menaces que la démarche du pouvoir fait peser sur l’exercice des droits et libertés dans la région de Thaghardaït. Livrée depuis une année aux agissements de nervis qui, s’ils n’agissaient directement sous la protection des institutions sécuritaires, bénéficiaient au minimum de leur passivité complice. Aujourd’hui, nous apprenons la mise en branle d’un dispositif d’exception, qui promet de renvoyer dos à dos bourreaux et victimes, sans que l’opinion ne soit informée des fondements légaux, ni des parties qui en assument ces décisions dérogatoires au droit.
Si la gestion et le maintien de l’ordre à Thaghardaït échoit réellement à l’Armée, alors, il est du droit de tout citoyen de connaître les conditions de durée et d’exercice de « cette mission ». Il est une obligation impérative à laquelle les autorités en place, M. Sellal en premier lieu, ne peuvent se soustraire : celle de s’adresser à la nation pour expliquer cette grave et très sérieuse décision.
Il est un fait que de telles situations d’exception ne manquent jamais d’occasionner des dépassements, des atteintes aux droits et libertés. Les pouvoirs publics en persistant dans le choix de tourner le dos à un traitement politique de cette crise ne restent pas moins responsables et comptables des conséquences de cette escalade dans l’option sécuritaire qui en bout de course s’avèrera vaine et dangereuse.
Mohand Bakir
