Comment M. Ahmed Rouadjia, de l’université de Msila, s’arrange-t-il pour légitimer l’usage de la force dans un texte qu’il consacre à la dénonciation de la hogra et la défense de l’Etat de droit ?
En écho à l’URS-Protesta, notre universitaire regrette que dans le Mzab les forces de répression soient réfrénées dans l’usage de la force : « il est demandé à la police de rétablir l’ordre sans pouvoir user pour autant de la coercition légitime qu’imposent le droit et les circonstances » ! Pauvres policiers, jetés en pâture à cette populace frondeuse ! M. Rouadjia donne, pourtant, l’impression d’être au fait des évènements. Sur toute autre question il nous abreuve de moult exemples, sauf sur cette caution qu’il apporte à une « revendication » qui sort d’on ne sait où[1]. Sur celle-là, qui est loin d’être une banalité, il s’en dispense très libéralement. Ainsi, non seulement la police est la réponse à la crise du Mzab, en plus il faudrait qu’elle bénéficie d’une carte blanche ?
Pourtant depuis des mois, des voix ne cessent de s’élever pour dénoncer l’indignité des appareils de sécurité dans le traitement de la crise du Mzab ? Ces voix fustigent un parti-pris flagrant qui accentue la détresse des Mozabites victimes de la résurgence, par-delà les siècles, des affres qui remontent à la chute de l’Etat Rostomide. Réfugiées depuis des siècles, dans cette vallée choisie de sorte à faire de son inhospitalité une condition de survie, ces populations découvrent qu’elles n’échappent pas au déchaînement des haines absurdes qui resurgissent du passé. Les obscurantistes wahabites appellent à leur meurtre et notre universitaire croit que la coercition n’a pas été du niveau nécessaire (sic) qu’imposent « le droit » et « les circonstances » (re sic) !
Cette communauté vient de mettre en terre sa douzième victime de ce que certains appellent cyniquement « les événements de Ghardaïa », se refusant de voir là une volonté manifeste d’en finir avec l’identité mozabite.
Comment admettre que quiconque, sur cette terre (sauf à lui être étranger), se lève pour tenter de déraciner ces populations qui témoignent de notre grandeur passée ? Comment feindre ignorer que derrière les boucliers des policiers, censés être ceux de la république, des nervis ont porté leurs crasseuses mains sur de saintes sculptures pour signifier la volonté de gommer nos racines ? Comment ignorer les victimes, déjà trop nombreuses, fauchées par la bestiale furie de nouveaux conquérants ?
Quoi qu’il puisse paraître, le cœur du texte de M. Rouadjia est là, dans cette insensibilité aux malheurs de toute une population qui pour vivre son particularisme a toujours concédé sur son droit à la citoyenneté, a tel point qu’elle est aujourd’hui sans présence aucune dans les institutions pourvoyeuses de puissance et de pouvoirs. Or qu’elle ne cherche d’ailleurs pas.
En cherchant à développer une approche de la notion de Hogra, l’auteur parvient à banaliser l’arbitraire et absoudre indistinctement les institutions et les centres de pouvoirs qui la font vivre. Il nous explique que tout un chacun peut en être victime, policier, politicien ou bureaucrate tombés en disgrâce. Même que ceux qui y échappent, aujourd’hui, la subiront tôt ou tard, puisque leur bonne étoile n’est que momentanée. Il ressort de ses longs développements que la Hogra est un phénomène démiurge imputable à quelque chose d’insaisissable, quelque chose de quasi divin ! Son approche fait même penser qu’il confond la Hogra avec la mort.
Il se braque tellement sur cette possibilité que chaque individu puisse en être victime qu’il perd de vue (?) que la Hogra est le mode de fonctionnement des appareils de sécurité, de l’administration et du système. La Hogra est exercée par les appareils de pouvoir combien même que tel ou tel élément individu exerçant dans ces corps constitués puisse faire, un moment ou un autre, les frais de cette mécanique. La logique d’ensemble du système de pouvoir algérien est une logique despotique, violente et liberticide.
Plutôt que de demander la permission de matraquer plus et même celle du tire aux pigeons, notre universitaire aurait gagné à dénoncer le traitement policier de la moindre manifestation de la vivacité de notre société. Mais, faut-il attendre tant de quelqu’un à qui il faut découvrir le combat démocratique [2] dans la mobilisation de lumpenpoliciers ?!
Mohand Bakir
Renvois
[1] Cette «revendication» apparaît en marge du mouvement sans être formellement reprise par le mouvement de contestation. Ce qui accentue sa dangerosité. Qui veut mater les Mozabite dans le sang ? Parce qu’en fin de compte c’est bien là son seul sens.
[2] Tous les états sont des états de droit, y compris les dictatures, les monarchies et le théocraties. Dans une monarchie le droit est le fait du prince, dans une théocratie il est celui des groupes cléricaux, dans une démocratie il est l’expression de la volonté populaire. Le mot d’ordre d’État de droit est donc fallacieux ; généralement c’est une tromperie qui vise à faire croire à une revendication démocratique là où il n’y en a point. Demandez aux islamistes ce qu’ils entendent par eÉtat de droite ; un État basé sur la Charia. Celle-ci est corpus juridique sur lequel le peuple n’a aucun droit de regard. Le privilège de son élaboration revient aux islamistes ce qui fait d’eux, quelle que soit la forme de leurs organisations, un clergé en puissance.
