Cette manifestation de rue des policiers algériens est unique dans les annales. Elle soulève plusieurs interrogations.
Le bras armé de la répression crie sa colère contre son employeur, bizarre. Je doute fort bien que la police algérienne se découvre enfin une institution républicaine. Car de tout le temps, elle fonctionnait en gardienne du temple autocratique. Elle était là, bien qu’elle soit constituée de bouffeurs de thon et de gaufrettes, exhibant toute sa force pour mater tout ce qui crie son désarroi, tout ce qui exprime son mécontentement ou son courroux.
Caporalisés jusqu’à la moelle, par quel miracle alors les poulets algériens désobéissent-ils aujourd’hui ? Est vraiment le thon et la gaufrette qui les ont poussés dans la rue ? Pourtant de tout le temps, il y a de la sous-alimentation dans la police et même dans l’armée. Le dicton ne dit pas «affame ton chien, il t’obéira». Donc la nourriture est loin d’être une cause valable. Car, auparavant, même très affamés, les poulets du général major Hamel se précipitaient pour mater des foules plus affamées qui réclamaient des brins de dignité en plus.
Maintenant que les policiers se rendent compte qu’ils ont le ventre creux, même si l’adage dit qu’un ventre affamé n’a point d’oreilles, sont-ils en train d’écouter les voix du remords qui leur soufflent la repentance de leur fort intérieur ? Ou bien, entendent-ils les voix diaboliques de la manipulation que le climat délétère favorise ?
Peu importe, en dépit de toutes les augmentations salariales opérées depuis 2011, la politique gouvernementale bute sur le mur de l’échec. Et l’important cette fois-ci, c’est que la déconfiture est exprimée par une voix très officielle et amplement inféodée à la voyoucratie en place. La non-gouvernance de Bouteflika est ainsi, contestée par une partie du sérail. Mais, une police sous-alimentée en manif de rue, dans un pays où toutes sortes manifestations sont étouffées dans l’œuf puis interdites, si ce n’est pas de la manipulation, demeure une première, insolite et bizarre.
Zoubir Zerarga
