Si nous ne sommes plus dans les tourments, effrois et inquiétudes comme en ces temps de décennies noires et rouges (1990-2010), on ne vit toujours pas sereins sous le ciel d’Algérie. Une Algérie qui donne toujours cette impression de ne jamais un jour en finir avec toutes les crises.
Mis à part ces deux décennies postindépendance de 1962-vous me diriez qu’à l’époque, j’étais jeune et je ne connaissais rien- où le peuple avait beaucoup d’espoirs, notre pays n’a connu que les troubles et la désespérance. Un pays triste pour beaucoup, «une vaste prison» pour certains, une contrée à fuir pour les jeunes d’hier et d’aujourd’hui.
Ce qui fait si mal aujourd’hui que le pic des violences est derrière nous, c’est que notre pays a beaucoup d’atouts, beaucoup de ressources dans sous-sol et surtout une population constituée de jeunes dont soixante-quinze pour cent ont moins de trente ans, des paysages merveilleux…
S’il y a eu assez d’améliorations relativement aux temps de misère durant les plus pénibles moments de la colonisation française, on ne peut guère dire qu’on vit vraiment aujourd’hui en Algérie. Et l’on enrage toujours de voir les gouvernants faire fausse route et faire peu de cas de notre peuple. Le constat est amer : On est loin d’émerger sur la scène mondiale à l’image des pays des BRIC et restons à stagner sans rien produire en dehors des hydrocarbures. La gouvernance du pays donne beaucoup de soucis. Est-il concevable de continuer de présenter au peuple un président impotent ? Le pays est mal géré. Comment digérer le fait que tant d’argent est dilapidé dans par exemple la construction de la plus grande mosquée d’Afrique alors que les hôpitaux restent des mouroirs et les bibliothèques font défaut dans les villes et villages du pays ?
Les inégalités sont criantes, alors que le nombre de millionnaires en euros augmente, beaucoup ont du mal à joindre les deux bouts. Les griefs sont toujours nombreux. Au point où jeunes et vieux ne souhaitent que fuir, prendre le large :
« Et s’il n’est pas nécessaire d’aller labourer, je reste au lit jusqu’à midi. Là, je me fais virer par ma mère, mais si on me laissait tranquille, je dormirais jusqu’à 16 heures ». Notre société se cherche encore pendant que « son armée inutile de jeunes », en errance, n’en finit pas de grossir ! Tous rêvent d’Europe : « là-bas, la vie est plus facile », disent-ils ; et qu’on ne s’y trompe pas, même les diplômés de l’enseignement supérieur font le même rêve «pour valoriser leur formation et leur diplôme», prétendent-ils, « pour acquérir le savoir et revenir », surenchérissent les plus futés parmi eux ! Nos jeunes aiment le pays et ils veulent le quitter : quel paradoxe ! » (*)
Respirer donc par-delà la Méditerranée pour ceux qui arriveront à dégotter ce visa, fameux sésame pour les pays européens qui subissent pourtant encore la crise économique mondiale qui avait débuté en 2008.
Oui comment accepter une vie de désespérance quand les perspectives d’avoir un travail dans son pays n’existent pas beaucoup. Surtout que le nouveau code de travail n’offre nulle protection sérieuse.
N’est-il point urgent et nécessaire de lutter contre la corruption et sa généralisation pour une fois instaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés. C’est l’unique façon de redonner confiance au peuple, nous aider à y respirer et y vivre…. Car tous les maux du pays pèsent sur le moral des gens du peuple qui n’en peut plus.
De Boghni, Amokrane Nourdine
(*) Contribution dans liberté et le matin d’aujourd’hui intitulée « Que veulent les jeunes Algériens de 15-29 ans ? » de Cherif Ali, cadre supérieur à la retraite
