On s’est beaucoup interrogé sur le message plein d’éloges de Condoleezza Rice, lu le 20 mai par l’ambassadeur des Etats-Unis à l’occasion de l’inauguration du nouveau siège de son ambassade à Alger.
Il y a de quoi : la Secrétaire d’Etat américaine y avait qualifié l’Algérie de «championne de la sécurité régionale et internationale» y voyant même « un leader reconnu en Afrique du Nord et au-delà »
Ces propos ne reflètent pas l’opinion officielle américaine. Washington le sait : l’Algérie n’est, hélas pour nous, aucunement la championne de la sécurité que ce soit au Maghreb ou dans le monde.
Mais alors pourquoi ce constat de complaisance dans la bouche de Condoleezza Rice ? La raison est toute simple : réparer un impair diplomatique survenu dix jours plus tôt.
Le 10 mai, en effet, le département d’Etat de Condoleezza Rice rendait public son rapport annuel sur le terrorisme dans le monde en 2007. Le document, conçu conjointement par le département d’État et le Centre national de lutte contre le terrorisme (Nctc), constitue un véritable tableau de bord pour la suite de la lutte contre le terrorisme dans le monde et fournit au Congrès des informations sur les progrès réalisés dans la lutte contre Al Qaîda et autres groupes considérés comme terroristes par les États-Unis.
Or ce rapport fut un véritable camouflet pour l’Algérie : elle n’y figure pas parmi les pays qui ont réussi dans la lutte contre le terrorisme. C’est-à-dire les « pays champions » !Condoleezza Rice citait plutôt la Mauritanie et la Somalie ( qui auraient réussi à déjouer des insurrections fomentées par Al-Qaïda), les Philippines, l’Indonésie ou encore la Colombie, l’Arabie Saoudite, le Pakistan et l’Afghanistan.
L’Algérie et sa Réconciliation nationale notamment sont complètement ignorées.
Dès le lendemain, l’ambassadeur Ford recevait la première demande d’explication de la part des AE. La brouille diplomatique était là. Les collaborateurs de Medelci rappelèrent à l’ambassadeur que ce n’était pas le premier impair inamical envers l’Algérie et que le Département d’Etat US avait déjà, en novembre 2007, classé Alger parmi les villes les plus « dangereuses » au monde, dans un classement par « risque » où l’Algérie figurait sur une liste rouge comprenant 15 pays.
Soucieux de protéger les intérêts de son pays, l’ambassadeur Ford promit d’y remédier à la première occasion. Elle se présenta vite : il convainquit Condoleezza Rice de dire le contraire de ce qu’elle pensait à l’occasion de l’inauguration du nouveau siège de son ambassade à Alger.
Ça tient à peu de choses, la diplomatie…
L.M.
