Si Sharon était le boucher de Sabra et Chatila, Benyamin Netanyahu est bien celui de Gaza, en passe même de dépasser son sinistre prédécesseur.
Par Hassane Zerrouky
En 22 jours de guerre totale contre Gaza, soumise à un déluge de feu sans précédent, il y a eu plus de 1300 morts majoritairement civils, dont des enfants, des destructions rappelant Berlin et Dresde durant la Seconde Guerre mondiale.
Rien ne semble arrêter ce massacre planifié. Pas même l’injonction du président Barack Obama à Netanyahu lui demandant « de mettre en place un cessez-le-feu humanitaire immédiat et sans conditions qui mette fin dès à présent aux affrontements et conduise à un arrêt permanent des hostilités ». Usant du double langage, le boucher de Gaza a d’abord opposé une fin de non-recevoir. « Nous devons nous préparer à une campagne longue, nous continuerons à agir avec force (…) jusqu’à ce que notre mission soit remplie (…) Nous ne finirons pas la mission, nous ne finirons pas l’opération sans avoir neutralisé les tunnels qui ont pour seul but de détruire nos citoyens, tuer nos enfants », a-t-il affirmé lundi en soirée. Un propos qui se situe en droite ligne de sa déclaration du 11 juillet assurant qu’ »aucune pression internationale ne nous empêchera de frapper les terroristes qui nous attaquent ». Avant que, par le biais de la télévision publique, Israël ne fasse mine d’être prêt à un cessez-le feu humanitaire.
En vérité, Benyamin Netanyahu et les faucons israéliens, qui ont fait le choix dès le départ d’une opération militaire de longue durée visant l’anéantissement physique et matérielle de la résistance palestinienne, quel qu’en soit le prix en vies humaines, savent bien que Washington et ses alliés européens ne tenteront rien qui puisse infléchir leur position. Ces derniers ne se sont-ils pas piégés eux-mêmes en cautionnant cette guerre dès les premiers jours de l’intervention israélienne sur Gaza ? « Aucun pays ne peut accepter de rester les bras croisés alors que des roquettes lancées par une organisation terroriste tombent sur son territoire et touchent des civils innocents », déclarait le 9 juillet Jennifer Psaki, la porte-parole du département d’Etat. « Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces » renchérissait François Hollande dans un entretien téléphonique au chef du gouvernement israélien. Même tonalité du côté de la chancelière allemande, Angela Merkel condamnant « sans réserve les tirs de roquettes sur Israël », expliquant qu’ »il n’y a aucune justification » à ces tirs. Tous usant de formules maniérées à l’égard de leur ami israélien pour ne pas provoquer son courroux. Tout juste s’ils l’appellent à faire montre de « retenue » quand des gamins sont tués !
Et surtout, pas un mot sur le blocus de Gaza, sur le fait que la question palestinienne est avant tout un fait colonial qui dure depuis 60 ans, que la colonisation des territoires palestiniens se poursuit en toute impunité, que les Palestiniens vivent de fait une situation d’apartheid, que le discours occidental noie volontairement via le double mécanisme de l’occultation et du déni de la réalité historique et du droit des Palestiniens à disposer d’eux-mêmes.
Israël, qui a déjà rejeté un projet de plan de cessez-le-feu concocté par John Kerry avec ses amis turcs et qataris et la caution du Caire, stipulant un allègement du blocus de Gaza sans exiger de démilitarisation de la résistance palestinienne, ne veut surtout pas que le Hamas, qualifié d’organisation « terroriste » sorte de ce conflit avec un statut de belligérant. Or, que les Israéliens le veuillent ou non, cette guerre totale qu’ils ont voulue et planifiée a remis le Hamas au centre du jeu diplomatique.
Si la situation à Gaza laisse impuissantes les capitales occidentales si promptes à réagir dès lors qu’il s’agit de la Russie contre laquelle de nouvelles sanctions ont été prises mardi, ou de la Syrie, que dire du positionnement de certains pays arabes et de la Turquie ? On n’entend pas beaucoup la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite, en première ligne sur le dossier syrien et exigeant de Washington d’intervenir militairement contre Damas ! Comme on ne les a pas entendus quand l’Etat islamique a instauré un califat à cheval sur l’Irak et la Syrie et entrepris la destruction à l’explosif de mausolées islamiques comme la mosquée du prophète Younes (Jonas), datant du 8e siècle, dont le tombeau a été dynamité jeudi dernier. Faire table rase du patrimoine de la civilisation islamique semble également laisser de marbre les pays arabes et islamiques.
H .Z.
