Le Matin d'Algérie

Le début d’une deuxième guerre froide

Les actions des États-Unis et de la Russie dans le dossier de l’avion de la Malaysia Airlines en Ukraine ne laissent plus grand doute en ce qui concerne le retour de la guerre froide. Mais est-ce une copie de la première ou une toute nouvelle version avec ses propres règles ?

L’instabilité et le désordre règnent depuis que l’écrasement du Boeing 777 de la Malaysia Airlines a entraîné la mort de 298 personnes. Une période de tensions qui n’est pas sans rappeler la guerre froide qui a débuté en 1947 et durer jusqu’en 1989. L’écrivain anglais Georges Orwell l’avait déjà vu venir et lui avait donné son nom en 1945. L’attitude des belligérants dans l’actuel conflit en Ukraine pourrait bien être le commencement d’une période similaire de l’histoire. On voit déjà depuis des semaines la propagande se baser sur des faits non vérifiés ou grossièrement falsifiés. L’émotion prend le dessus sur l’information dans les reportages. Les nouvelles sont remplies de gens pleurant où qui crie leur colère. Les allégations infondées sont devenues la norme officielle. Les renseignements donnés par l’armée et les agences des pays sont mis en ondes sans filtre. Comme dans la guerre froide, les antagonistes se battent dans d’autres pays. Cela n’a pourtant aucun sens que les États-Unis luttent pour l’unité de l’Ukraine. Ce pays est un assemblage de territoires créé par Staline et non une nation. On se rappellera que dans la Deuxième Guerre mondiale, pendant que les armées du Reich étaient reçues en libérateurs dans l’ouest du pays, elles ont rencontré une forte résistance à l’Est.

Un autre indice de cette situation est le manque de vraie information que véhiculent les médias du monde entier. Ils tendent actuellement à répéter servilement la position des politiciens de leur pays respectif avec un minimum d’analyse critique. Les belligérants sont dessinés à grands traits sans nuance. Vladimir Poutine a pour sa part tiré habilement profit du conflit ukrainien qui lui a permis d’augmenter de 25% son taux d’appréciation. Si cette situation est assez fréquente, dans des pays comme la Russie, il y a longtemps qu’il n’y a pas eu une telle unanimité du côté des médias plus libres des États-Unis sur une position idéologique si faible. La nouvelle guerre froide sera une version 2.0 de la première.

C’est le retour de l’ordre bipolaire de l’ancienne guerre froide obligé par une paix impossible et une guerre improbable entre deux grands blocs politiques. Il revient avec quelques variantes. Le monde libre ne combat plus le communiste. Les pays développés se liguent actuellement contre ceux en voie de prendre leur place. Si ce n’est pas encore pleinement explicité, les BRICS ont remplacé l’URSS comme ennemi à abattre. La volonté des BRICS est de remettre en question l’hégémonie de l’Occident. La création d’une banque de développement qui disposera d’un capital initial de 50 milliards de dollars dont le siège sera installé à Shanghai et d’un fonds commun de devises doté de 100 milliards de dollars de réserves le montre. Cela concurrence directement le FMI et la Banque mondiale. La nouvelle structure vise à briser le monopole du dollar comme monnaie internationale. Cela révèle la vraie nature du problème mondial. Contrairement à ce qui était prévu, l’universalisation du capitalisme n’a pas tout résolu. La main invisible du libre marché n’a pas empêché et même plutôt aidé le réchauffement de la planète.

Les jeunes économies qui ont des parts grandissantes dans la structure mondiale prennent lentement la place de l’Amérique et de l’Europe occidentale. La Russie est donc actuellement la cible des pays développés bien que son économie soit passée du communisme à une forme très américaine de capitalisme de copinage. Ce sera prochainement la Chine. Forte de trente ans de croissance, elle montre sa puissance avec l’objectif de prendre le pas sur les États-Unis. Le monde centré sur les vieilles règles s’effrite. Les révolutions du monde arabe musulman se sont traduites par la défaite systématique des réformateurs libéraux. Le Proche et le Moyen-Orient s’enfoncent dans une logique de guerre religieuse, civile et inter étatiques. Le retour des autocraties militaires et de dictatures religieuses ouvre de vastes espaces aux groupes terroristes.

La Russie qui a légitimement invoqué le droit international pour dénoncer les violations perpétrées par les États-Unis et l’OTAN en Syrie, au Kosovo, en Irak et en Libye a décidé d’utiliser la même logique en Ukraine. C’est un euphémisme de dire que les risques géopolitiques sont de retour.

Michel Gourd

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