Le Matin d'Algérie

Algérie-Reportage : Rencontre avec les harragas qui ont réussi à « passer » (4ème et dernière Partie)

Un reportage en quatre parties de Fayçal Anseur (Le Matin)

Suite de la troisième partie.

Ultime solution ? Le mariage. Le dispositif de la première loi de Sarkozy sur l’immigration ne permet à un étranger d’obtenir ses papiers que s’il appartient à ces catégories de personnes : conjoint(e) d’un français(e), naissance d’un enfant sur le sol français ou il doit prouver avoir résidé en France depuis dix ans au moins – ce qui n’est pas le cas de beaucoup de sans-papiers. L’ex ministre de l’intérieur et actuel président de la République avait d’ailleurs récidivé avec une nouvelle proposition de loi sur l’immigration qui anéantit tout espoir de régularisation pour la dernière catégorie- ayant fait du thème de l’immigration son cheval de bataille pour les présidentielles de 2007. Joignant l‘acte à la parole, M Sarkozy a créé le Ministère de l’immigration et de l’identité nationale et du écodéveloppement- dirigé, par son ami, Brice Hortefeux, complètement dévolu à cette mission. L’une des actions phare du ministre est la « chasse » aux sans-papiers. Il voudrait- – politique du chiffre oblige- multiplier le nombre des expulsions, pour atteindre l’objectif des 25 000 reconduites à la frontière par an.

Eclaircies

Après trois ans de clandestinité, Fouad est arrivé à sortir de l’anonymat. Il travaillait comme cafetier – à l’aide de sa doublette – avant de rencontrer sa femme une française d’origine algérienne. « Je me sens renaître. Pendant tout ce temps je n’étais pas bien. Je gagnais de l’argent, mais je n’étais pas libre. Maintenant, je peux aller voir mes parents et ma famille et revoir Oran, ma ville. Tout me manque de mon pays. » Exprime-t-il avec émotion. Il a été régularisé. La préfecture lui a délivré une carte de séjour d’un an en attendant de bénéficier de l’intégration totale avec la nationalité, octroyée après 4 ans de vie commune et une sérieuse enquête autour du couple. En plus d’une nouvelle batterie de conditions : la maîtrise des rudiments de la langue et de l’histoire de France, montrer des capacité d’adaptation et d’intégration à la société française…

Du coup, les femmes sont devenues symbole de liberté ; le mariage aussi utile qu’agréable pour ceux qui ont trouvé la bonne moitié

Pour les autres, il reste une alternative informelle : le mariage blanc. Moyennant de forts coûts -entre 8000 et 14 000 euros -certains clandestins investissent toutes leurs économies pour avoir le livret de famille. Les risques sont énormes comparés aux chances de réussir son coup, car la préfecture de police est à cheval en ce qui concerne le mariage mixte, qui fut un sujet de débat houleux et thème à relents populistes de la majorité, UMP, au parlement Français avant et après les présidentielles.

Au final, l’intégration est devenue un véritable parcours du combattant : beaucoup de candidats au départ, mais peu arrivent à destination

La France vue de l’Algérie représente toujours un beau rêve à réaliser. Peu importent d’ailleurs les moyens d’y parvenir. Dès lors que même la houle de la haute mer ne dissuade guère des milliers de jeunes désoeuvrés qui au risque de leur vie se lancent tête baissées dans des traversés périlleuses se heurtant souvent à l’écueil du naufrage et de la mort.

En revanche, la France vue par les algériens de France reste un pays aimé ou source de frustrations, cela dépend de ce que tout un chacun a réussi à bâtir.

Reportage réalisé par Fayçal Anseur (Le Matin)

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