L’historien Stora avait averti : « Ça me paraît difficile de mettre de côté la question mémorielle pour construire cette Union méditerranéenne »(El-Watan, 20 août 2007)
Mais Nicolas Sarkozy n’écoutait pas. Dès son discours d’investiture, le 14 janvier 2007, en tant que candidat de l’Union de la majorité présidentielle (UMP), il avait annoncé la couleur : il sera l’homme de la réhabilitation morale du système colonial. Pour la première fois, il parle en termes hostiles de la repentance et s’en prend à ses partisans : « Au bout du chemin de la repentance et de la détestation de soi il y a, ne nous y trompons pas, le communautarisme et la loi des tribus. »
Le message était clair : les nouvelles relations franco-algériennes se feront aux conditions de la France.
Bouteflika, qui, sous Chirac, avait fait de la repentance un préalable à la ratification du traité d’amitié, est mis en demeure de se rebeller ou de se taire. Il va se taire, marchandant le soutien de l’Elysée contre son silence. Le 21 novembre, Bouteflika renouvelle publiquement son offre à Sarkozy : il renonce officiellement à la repentance de la France en échange d’un appui de l’Elysée pour un troisième mandat. Le chef de la diplomatie algérienne Mourad Medelci, chargé de la besogne, annonce ainsi à Paris, lors d’une conférence de presse, que les excuses de la France, pour ses crimes de guerre, n’étaient plus une priorité pour le pouvoir algérien : « Je pense que le plus sage est de laisser le temps agir en espérant que cette question trouvera une réponse un jour… Il faut savoir garder la porte ouverte à nos deux sociétés et à l’intelligence de nos deux peuples qui sont capables de suivre le bon chemin ».
Le troc était conclu, mais…
Mais, au-delà de Sarkozy et de Bouteflika, il y avait la mémoire…
Et Sarkozy ne voulait pas entendre les voix autorisées qui le lui rappelaient. Celle de Benjamin Stora, toujours : « Il est difficile, de mon point de vue, de concevoir une Union méditerranéenne indépendamment de la mémoire des peuples. Ce sera difficile de vouloir créer une sorte d’union politique indépendamment du rapport à l’histoire, à la mémoire et la blessure des peuples. On ne peut pas fonder cette union politique exclusivement sur des rapports économiques. C’est une illusion. De toute manière, les rapports économiques sont bons et on peut toujours les améliorer. Mais ce dont ont besoin les peuples des deux côtés de la Méditerranée, c’est un examen de conscience lucide du passé commun qui est forgé par le temps colonial. On ne peut pas dire que le passé commun, ce sont tout simplement les échanges économiques et commerciaux. »
Traduit par le secrétaire général de l’Organisation des Moudjahiddines qui s’était dit « étonné » des déclarations de Medelci , cela avait donné ceci : « Tant que la France ne reconnaît pas les crimes qu’elle a commis en Algérie, les relations ne dépasseront pas le cadre des échanges commerciaux. »
Autour de la défense de la mémoire, s’était reconstitué un bloc rival au couple Sarkozy-Bouteflika… Un bloc hétérogène, parfois conservateur et anti-sémite, mais qui a regagné du terrain politique.
Bouteflika, en manipulant la mémoire, s’était isolé.Et quand l’ambassadeur Barjolet fit le mea-culpa français sur les massacres du 8 mai 45, il était trop tard…Kouchner allait se heurtait sur le refus algérien.
Et Sarkozy prenait connaissance de la facture du mépris et de l’arrogance…
Md B.
