Le débat sur la privatisation du CPA n’aura pas eu lieu. La banque va être vendue à un repreneur étranger, sur décision personnelle du président Bouteflika et du clan présidentiel, sans que l’on sache l’intérêt que l’Algérie va tirer de cette opération. Et sans que l’on réponde à la question principale : qu’apportent véritablement les banques étrangères à l’Algérie ?
Deux cadres financiers algériens nous éclairent. Le premier, Bilal Nejm, écrit pour Le Matin cette contribution saisissante : les banques étrangères ne sont d’aucun apport (lire 1ère partie) . Le second, Safou Djamel, s’exprime dans Liberté où il réplique indirectement à Benachenhou.
Safou Djamel : « C’est le flou total… »
Maintenant que la privatisation du CPA, la première banque publique va aboutir grâce, exclusivement, à la volonté affirmée du premier magistrat du pays et à la détermination des responsables récents du secteur, on peut s’interroger sur les conséquences de cette privatisation en termes d’amélioration de l’offre de services bancaires et de couverture des besoins dans l’environnement économique et concurrentiel actuel.
Est-ce que la présence des banques privées étrangères a été utile à certains d’entre nous ? Est-ce que ces banques ont contribué à développer des activités économiques et industrielles pour certains d’entre nous ? Si les montants des prêts par dossiers de crédit n’ont pas atteint les niveaux record enregistrés par nos banques publiques, grand bien nous fasse, et certainement que les conditions de prêt n’étaient pas toujours remplies par nos industriels en herbe et peut être aussi que les banques étrangères ont été très timides et pas assez chiches, beaucoup d’activités ont pu être financées et promues… Il faut reconnaître que notre environnement économique, légal et social n’invite pas aux folies ; il fallait être courageux pour venir et investir.
Maintenant que ces banques étrangères privées se sont bien installées, avec des nombreuses agences supérieures à 20 unités, soit des taux de progression de plus de 40% par an, des investissements en ressources humaines importants, des seuils de rentabilité et de solvabilité faisant rougir n’importe laquelle de nos banques publiques, est-ce que c’est la consolidation et l’extension de leurs activités par l’augmentation importante du nombre d’agences (en incorporant celles du CPA) ou l’apparition d’un nouvel entrant n’ayant aucune expérience du terrain et du marché et devant reprendre la gestion de tout le réseau CPA qui va améliorer l’offre de services bancaires et concrétiser enfin cette réforme du secteur ?
De la théorie à la pratique
On a pu lire ici et là depuis quelques jours que les grands penseurs économiques de notre pays favorisent l’option du nouvel entrant ou tout juste nouvel entrant. Pourquoi ? Quel est l’argument retenu ? Pas clair dans le fond.
On ne peut pas attendre d’un nouvel entrant une vision aussi exacte et vraie du potentiel et des contraintes du marché algérien que celle émanant des banques exerçant depuis plus de 5 années, mais alors comment faire pour savoir qui est le meilleur ? Uniquement sur la base du chèque présenté ? L’État actionnaire a dû se prémunir d’une telle situation en demandant à chacun des candidats à la reprise du CPA de présenter leur vision de ce que devrait être le futur du CPA en termes d’investissement, de développement de certains secteurs d’activité, de politique d’expansion, et là, tout théoricien que vous êtes, si vous n’êtes pas banquier, et même banquier local, vous ne saurez pas de quoi vous parlez.
Le cadre, la transparence et le processus
Maintenant que la fameuse circulaire est levée (rien n’est sûr), que la compétition s’organise dans des conditions transparentes, que tous les candidats seraient soumis aux mêmes conditions de reprise de l’activité du CPA selon leurs statuts actuels, il ne reste plus qu’a attendre l’analyse des offres techniques pour connaître qui des six banques étrangères sera autorisée à présenter une offre financière et participer aux enchères.
Safou Djamel
