Le Matin d'Algérie

Des universitaires algériens appellent à la mobilisation contre le pouvoir

Le groupe d’universitaires qui avait organisé un rassemblement le jeudi 13 mars revient à la charge. Dans une communiqué sans concession, il dresse un tableau noir de la situation du pays et par-delà des universités algériennes. Lecture de ce deuxième appel.

Suite à l’appel adressé à l’ensemble de la famille universitaire et au pays, des enseignants universitaires se sont rassemblés le jeudi 13 mars au matin, à 10 heures, au sein de l’Université Alger 2. A l’issue de cette manifestation et après avoir pris la mesure de l’inquiétude qui ronge ces intellectuels, une réunion a permis l’échange de points de vue. L’ensemble des signataires de cet appel tient à témoigner avec détermination de l’état de notre pays.

Cet état des lieux repose sur l’observation d’un épuisement du système de gouvernance politique en place. Partant de l’état général de leur institution, l’Université algérienne, ces enseignants constatent qu’ils ne parviennent plus à organiser une reproduction des connaissances et des élites dans cet espace marqué par l’absence de l’autonomie des universités, des franchises universitaires, de l’achat de la paix sociale par une délivrance de diplômes qui est une course en avant. Or cette Université ne peut être réformée seule. D’autant que seuls les enfants des catégories les plus démunies les fréquentent aujourd’hui. La reproduction des élites se réalise ailleurs, nous délégitimant chaque jour davantage. C’est ainsi, que, comme l’ensemble des Institutions du pays, l’Université algérienne a perdu de sa légitimité et de son efficacité. Ce constat est le produit d’un système de gouvernance qui a, précisément :

C’est cette situation d’insécurité devenue structurelle, instrument de gouvernement, qui a permis à des individus sans légitimité politique et sans compétences de mettre la main sur les richesses de ce pays, distribuant quelques prébendes à une population transformée en clientèle.

Le peuple algérien a pourtant montré une grande maturité à l’occasion des évènements de 2011, convaincu que les dirigeants avaient pris acte d’un nécessaire changement. Sa maturité ne reçoit comme réponse qu’une violence matérielle, intellectuelle et symbolique.

Et, aujourd’hui, le découragement, le dégoût, la honte et la colère créés par une telle situation de représentation caricaturale de l’Etat, d’appropriation privée des institutions, des biens et du fonctionnement de notre pays ne peut que le placer à la merci de n’importe quel coup de force, d’où qu’il vienne. Dans le contexte géopolitique, actuel, dans l’état actuel du pays, sans programme économique, et sans réforme de fond des institutions, où toutes les manœuvres n’ont pour seul projet que le statut quo incarné par le maintien d’un même regroupement d’individus qui a largement montré son inefficacité, sa malhonnêteté dans les prétoires étrangers et nationaux, nous sommes tenus de protester.

Nous n’avons pas voulu rester silencieux face au danger, nous n’avons pas voulu produire d’analyse subtile mais alerter nos collègues, les étudiants et future enseignants chercheurs et l’opinion publique sur le danger que fait courir au pays l’insistance à fermer le jeu électoral par le chantage au chaos. Ceci alors même que la question du quatrième mandat n’est que la résultante de l’échec du système de gouvernance que nous subissons depuis au moins quinze ans.

Notre devoir, aujourd’hui, est d’avertir clairement toutes et tous des graves menaces qui guettent notre pays. Un sursaut est nécessaire, ce sursaut ne peut être que le départ du système de gouvernance en place. C’est pourquoi, les universitaires prennent la parole pour réaffirmer fortement que :

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