Jeudi matin, encore une fois, la police du général Hamel est entrée en action pour étouffer la respiration de dizaines d’Algériens venus crier, pacifiquement, leur opposition au régime. Une cinquantaine de manifestants ont été violemment arrêtés puis emmenés dans des commissariats de la capitale.
Alger était disait-on la mecque des révolutionnaires, aujourd’hui, elle est devenue la tombe des libertés. Mercredi, Ramtane Lamamra donnait avec aplomb des leçons de démocratie et de respect des droits de l’homme dans sa réponse au rapport sans concession et lourd publié par le département d’Etat américain sur le respect des libertés en Algérie. Les rédacteurs américains de ce rapport pointent l’impossibilité pour les citoyens « de changer leur gouvernement », « l’usage excessif de la force par la police ainsi que les mauvaises conditions de détention ». Pire encore, ce que toute la presse dénonce depuis des années. Autrement dit «une corruption généralisée qui empêche la transparence gouvernementale ». Mais pour couper court à toute critique, Lamamra, en donneur de leçons, avance son argument : « Nous considérons que nous sommes plus à même de juger la situation des droits de l’homme dans notre pays que quiconque », en marge de la 25e session du Conseil des droits de l’homme (CDH). L’Algérie est membre du conseil des droits de l’Homme de l’Onu depuis janvier. Sommet du cynisme : « Nous allons projeter au sein du Conseil nos propres valeurs, nos propres convictions et objectifs. Nous allons faire jonction avec les pays qui partagent avec nous ce patrimoine de défense et de protection des droits de l’homme », se targuait le ministre des Affaires étrangères dans une déclaration à l’APS. Quid de toutes les enquêtes sur les scandales de Sonatrach ? L’autoroute Est-Ouest ?
On attendait de ce fin diplomate plus de courage politique, on a entendu et vu de la couardise.
Pendant que Sellal, tance et menace « les semeurs de fitna », Farouk Ksentini, l’autre thuriféraire patenté de Bouteflika, a avalé sa langue. Le silence complice de Farouk Ksentini devant la répression policière à Alger renseigne sur le degré de renoncement et de compromission des clients du pouvoir. Désigné par Bouteflika à la tête d’une commission de défense des droits de l’homme au nom imprononçable, Farouk Ksentini semble avoir perdu sa langue devant les opérations de répression du mouvement Barakat. Mais l’a-t-on entendu un jour élever la voix sur les privations de liberté ou de réunions instituées depuis de nombreuses années par le pouvoir ? Non.
Tous et à n’importe quel prix pour la réélection de Bouteflika, c’est un peu la devise du premier ministre qui ne rate pas une occasion de lancer des vannes et des déclarations louangeuses à son employeur, le président. Malgré la gravité de la situation, ses rodomontades font beaucoup rire dans les réseaux sociaux. L’homme assure le service avec zèle et sans état d’âme.
Ces derniers jours tout ce que compte de courtisans du président se pâment de trouver une place dans la pseudo-campagne électorale. Mais à la moindre difficulté, la panique gagne le sommet du pouvoir. Entre silence et rodomontades, un jeu de mensonges et d’ombres chinoises s’allongent au grand désespoir des Algériens.
Mais enfin, s’attendre à quelque sursaut de rupture ou une oraison funèbre du pouvoir de la part de ces carriéristes de la politique est une erreur. Le double discours, l’esbroufe, le mensonge, la manipulation, la dissimulation des réalités ne sont-ils pas les éléments constitutifs des réponses qu’apportent ces hommes et ce qu’ils représentent aux questions fondamentales que pose la société ? L’espoir, tout l’espoir des Algériens sourd de ces femmes et hommes qui crient leur colère devant le hold-up politique de l’avenir de l’Algérie.
Hamid Arab
