Le Matin d'Algérie

Union pour la Méditerranée : A Tunis, Sarkozy sacrifie les droits de l’Homme aux droits des affaires

De Tunis, Abla Adam.

Au deuxième jour de sa visite en Tunisie, et après avoir au préalable décerné à Ben Ali un certificat de bonne conduite, au grand dam des militants des droits de l’homme qui espéraient son intervention pour modérer la répression du régime, Nicolas Sarkozy a enfourché son dada préféré : l’Union pour la Méditerranée, sujet sur lequel il est intarissable, et qui est au cœur de sa mission tunisienne. Objectif ? vendre aux Tunisiens son projet et leur faire signer un maximum de contrats qui profiteront essentiellement aux entreprises française.

Bien que déçus par le président de l’autoproclamée « patrie des droits de l’Homme », les militants tunisiens n’ont pas été dupes de la stratégie et des intentions du président français. « Il ne s’agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s’intéresse pas à la réalité de ce pays », a déclaré à l’AFP Khadija Cherif, présidente d’une ONG féministe. « Sa priorité c’est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut pas être qu’économique », a-t-elle ajouté. Pour désamorcer les critiques, M. Sarkozy qui a amené dans ses bagages sa secrétaire d’Etat alibi, Rama Yade, préposée aux droits de l’Homme a chargé celle-ci de recevoir les militants tunisiens bouleversés par tant de cynisme.

Pendant ce temps, s’exprimant devant un auditoire composé de 500 patrons français et tunisiens, M. Sarkozy a défendu son projet de nouveau partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, qui doit être officiellement lancé le 13 juillet. Le plaidoyer a déroulé de manière éclatante toutes les ambitions assignés au projet. Le dessein est à la mesure de la mégalomanie du locataire de l’Elysée. Qu’on en juge: l’Union pour la Méditerranée est appelée a devenir un « pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l’Asie ». Mieux, prédit M Sarkozy, « nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier ». Le problème admettra-t-il est que « En Asie, ils ont su entre les pays riverains s’intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l’on s’oppose et on s’exclut ». Alors, propose-t-il sous un tonnerre d’ applaudissements, il ne reste qu’à unir nos moyens : « Vous avez une main d’oeuvre qui ne demande qu’à être formée, nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation (…), ce n’est pas les uns contre les autres, c’est les uns avec les autres. C’est ça le partenariat ». A titre d’exemple, il cite… le contrat fraîchement signé par Airbus avec la compagnie nationale Tunisair qui prévoit, outre la livraison de 19 avions (10 A320, 3 A330 et 3 A350, ainsi que 2 A320 et 1 A350 en options), l’installation en Tunisie d’une usine aéronautique qui emploiera à terme, selon lui, « près de 2.000 personnes ».

Cet accord, a-t-il concédé, est « quand même une bonne nouvelle », sans préciser pour qui. Puis, craignant d’être confondu avec un VRP des entreprises françaises, il s’est empressé de démentir les mauvais esprits: « Je ne suis pas venu pour faire une petite tournée, vendre le maximum de choses », a-t-il assuré. Avant de se mettre à vanter comme un camelot les avantages de l’énergie énergie − « L’énergie nucléaire, c’est l’énergie du futur (…) −, et de la technologie française − « la France vous dit que sa technologie, qui est une des plus sûres du monde, une des meilleures du monde, elle est décidée à la mettre au service du développement de vos économies (…) −, représenter par le groupe public Areva, promis à la privatisation et dont l’ami Bouygues pourrait être l’heureux bénéficiaire. Mais de cela, le président français n’en a dit mot. Non, M. Sarkozy a seulement rejeté « des polémiques qui m’importent bien peu », salué l’accord de coopération nucléaire civile signé lundi avec les Tunisiens, le quatrième du genre après ceux conclus avec le Maroc, l’Algérie et la Libye, et rassuré ses partenaires que  » l’Europe ne connaîtra pas la stabilité si vous ne connaissez pas le développement « 

Comme ceux qui l’ont précédés, cet accord nucléaire fait lui aussi l’objet de vives critiques de la part des écologistes et de plusieurs partenaires européens de la France, unanime à dire qu’il augmente les risques de prolifération militaire.

Abla Adam

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