Triste est ce temps d’incertitude qui n’arrête point son cours. Les guéguerres et autres invectives que se livrent les tenants du pouvoir et leurs relais n’augurent, en définitive, rien de bon pour ce grand pays qu’est l’Algérie. Et, par ricochet, poussent bon nombre de citoyens à appréhender l’après-Bouteflika avec beaucoup de scepticisme sinon d’inquiétudes.
De quoi seront faits leurs lendemains ? Qui redressera la barre du bateau Algérie, tanguant, depuis une quinzaine d’années et pour raison de paix sociale, au gré des courants de tous bords ? Qui redorera le blason de nos institutions ? Qui réhabilitera la République et l’exercice de ses lois ? Qui fera preuve d’oblativité envers ce grand peuple en détresse, avec ses sans-le sou, ses sans-logis, ses sans-boulots, ses sans-voix et ses malades mentaux ?
Face à la confusion, à la férocité du sort et au bouleversement de fait de l’état de santé du président de la république, la chasse aux sorcières fut actionnée des salons feutrés et capitonnés de Paris. D’ailleurs, un maccarthysme, bizarrement, jette son dévolu sur la colonne vertébrale du pays et de son armée. Ainsi, donc, le DRS a été décapité d’une pléthore de ses cadres actifs, mis à la retraite d’office et dépouillé de sa police judiciaire et de ses encombrants dossiers criminels.
Manœuvre, du reste, couverte d’un voile pudique de légalité… de la restructuration des services, mais cache mal, en définitive, les desseins inavoués de son entreprise et de son timing. Serait-ce une injonction de Paris ou de Washington de «casser» un service qui leur donne du fil à retordre – l’affaire Tiguentourine n’est pas loin – et par la même occasion faire main basse sur l’aspect sécuritaire de tout un pays pour protéger leurs intérêts ? Cherche-t-on à laver plus blanc que neige la compromission, la corruption et la rapine, justement, en cours d’instruction dans nos palais de justice ? Cette même justice que le drebki de service, et néanmoins chef de la désormais pétaudière F.L.N, a souillée l’image, l’accusant d’être aux ordres du général-major Toufik, et qu’un cinglant démenti de l’ex-garde des sceaux mettant en exergue l’impertinence du « parvenu » Saadani, « Si Amar, vous m’avez proposé « amicalement » d’extirper Chakib Khelil de l’affaire Sonatrach 2. »
C’est dire que les scénarios de fuir le cours de la justice d’ici-bas sont savamment mis en branle par le clan d’Oujda, ses courtisans et les puissances d’argent mal acquis, quitte à se travestir l’espace d’un temps, l’espace d’une duperie en bon tribun moralisateur, forcément, tout flatteur vit au dépens de celui qui l’écoute. Tiens ! Tiens ! «L’après-moi, c’est le déluge» semble être le crédo d’une campagne électorale avant l’heure, très pernicieuse, nous suggérant l’apocalypse, si demain, l’actuel président n’est pas reconduit pour un 4e mandat.
En définitive, il ne faut pas être grand clerc pour deviner que tout ce remue-ménage vise beaucoup plus ces messieurs à garder leurs acquis et privilèges, et qu’ils refusent d’admettre que chaque chose a un temps, seul le temps est infini, qu’il est temps pour eux de vider les lieux.
Le lendemain d’un après-Bouteflika s’annoncera, sans nul doute, tous tohu-bohu, et le peuple impuissant subira les affres des luttes intestines qui se dessinent à l’horizon. Il va sans dire que pour le nouveau promu un changement de poste, de personne aux postes, de décisions s’en suivra, provoquant déjà la panique dans les rangs des partisans du sérail présidentiel, des puissances d’argent mal acquis, dont plusieurs, sitôt l’heure de rendre des comptes aura sonnée, se sont déjà préparé à quitter le navire Algérie, quitte à le faire en boat-people. Pas si étonnant, hier encore, ils ont bien vendus leurs âmes au diable pour une place bien en vue dans les loges princières.
Brahim Ferhat
