Le Matin d'Algérie

Amar Saadani/Toufik Mediene : fin de partie ?

Pour moins que ça, Saad Bouakba s’est fait recadrer et Djamel Ghanem condamné à 18 mois de prison.

Par Hassane Zerrouky

A qui s’adresse la mise en garde du Premier ministre Abdelmalek Sellal qui a évoqué samedi à Mila qu’il y a des « lignes rouges à ne pas franchir » ? A Amar Saadani ou aux opposants au quatrième mandat, aux médias ? Le moins qu’on puisse dire à propos des déclarations de Sellal est que le mal a été fait. Après la charge d’Amar Saadani, la crédibilité de l’armée – le DRS en fait partie – en a pris un sérieux coup aux yeux des voisins et des partenaires de l’Algérie. Et le patron du FLN, qui a réuni dimanche les mouhafedh pour calmer le jeu, ne semblait nullement inquiet par cette affaire. Après avoir salué « le rôle avant-gardiste » de l’armée, il s’est même permis d’adresser (brrr !) un avertissement aux « parties qui tentent d’exploiter le débat politique » pour porter atteinte « à la stabilité du pays » et de faire sortir « le sujet de son contexte et ses objectifs dans le but de la campagne électorale » ! Que conclure de tout cela ? Eh bien, Amar Saadani est encore dans le jeu jusqu’à nouvel ordre !

Avec Saad Bouakba, le chroniqueur d’El Khabar – c’était le 19 octobre 2013 – qui avait commis une chronique ayant fortement déplu, le ministre de la Défense (MDN) n’était pas allé avec le dos de la cuillère. Il considérait alors que cette chronique laissait « transparaître un acharnement clair et une attaque manifeste contre l’institution militaire, assortis de diffamation et de provocation à l’endroit des cadres de l’Armée nationale populaire (ANP), d’une manière totalement étrangère à la déontologie du métier de journaliste … ». Dans cette chronique, Saad Bouakba évoquait avec quelque sarcasme l’audience accordée par le président Bouteflika au vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP, le général Gaid Salah, à son retour du Vietnam où il avait représenté l’Algérie aux obsèques du général Giap. Le MDN précisait dans son communiqué qu’il se réservait « le droit de poursuites judiciaires ». Je ne sais pas s’il l’a fait mais l’avertissement était clairement adressé à l’ensemble de la presse.

Poursuivons : récemment, pour une caricature sur le chef de l’Etat qui n’a jamais été publié, Djamel Ghanem, caricaturiste à La Voix de l’Oranie, a été condamné en première instance à 18 mois de prison ferme ! C’est dire ! Mais alors qu’en est-il de Saadani ? Pas de réaction du MDN à ma connaissance ! Des journaux ont certes rapporté que le DRS, et non le MDN dont il dépend, aurait porté plainte contre le chef du FLN, mais cela n’a pas été confirmé publiquement !

Qu’est-ce à dire ? Quelle conclusion faut-il tirer des exemples cités ci-dessus ? Ceci : les cercles dirigeants au pouvoir ont le droit de s’entredéchirer publiquement. La presse a le droit (théorique) d’en faire part aux lecteurs. Mais dès lors que le chef de l’Etat a sifflé la fin de la partie, il faut obtempérer et imposer le silence dans les rangs. Sinon, à l’instar de Djamel Ghanem, les journalistes, qui n’ont ni le statut ni la fonction d’Amar Saadani, sont avertis par avance ce à quoi ils doivent s’attendre. Après ça, quoi de surprenant que l’Algérie soit classée 121e par Reporters sans frontières en 2014 !

H. Z.

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