L’Algérie, mecque des harkis !

« En elle-même, toute idée est neutre ou devrait l’être, hélas on passe fréquemment de la logique à l’épilepsie » (1)

L’erreur des premiers harkis est d’avoir refusé d’abandonner la nationalité française has-been. Il fallait la jeter pour mieux l’endosser bien relookée après l’Indépendance. On ne badine pas avec le bulldozer temps bien qu’avec le recul tout s’est estompé sauf l’interdit du retour à la Maison ; E.T. était un extraterrestre avant d’être un harki. La politique française a fait ministre une fille de harki obligeant le pouvoir FLN à lui dérouler le tapis rouge au lieu de l’expulser. De la poutre plein nos yeux : le copinage associatif est toujours de mise au sommet de l’Everest. Dans Les « Plats de Saison », Revel évoque un certain André Rossfelder dont le livre « Le Onzième Commandement » a été boycotté par tous les médias français. Cet ex-Algérien dérangeant ne manque pourtant pas d’intérêt : un ancien résistant et géologue ayant inspiré les premiers forages au sud algérien avant de finir dans les bras de l’OAS. Rossefelder dénonce la complicité de De Gaule qui dès 1960 s’allia au FLN contre les pieds-noirs. Revel apprend que « la police française allait jusqu’à désigner certains Français aux coups des assassins des fellaghas. Et en 1962, les pseudos accords d’Évian ont livré les Français à la vindicte du FLN sans poser la moindre condition quant à leur sécurité et à la sauvegarde de leurs biens…De Gaule, malgré sa réputation injustifiée d’habilité, n’a finalement réglé leur problème que de la façon la plus désastreuse la plus haineuse et la plus odieuse » Un demi-siècle plus tard on peut écrire qu’elle a été bien plus désastreuse plus haineuse et plus odieuse pour les indigènes au point où ils ont fini par trahir en se partageant le rêve contraire : Français en France.

Grosso-modo, un harki c’est quelqu’un qui trahit une cause sacrée méritant la mort par la main du petit juge ou du Grand Juge. Aujourd’hui qui ose ouvrir la bouche sans être traité de harki, le virus H.A.R.K.I est dans son élément dans nos gènes. Quelle que soit la cause, nous sommes tous des harkis, elle est de facto sacrée foi d’Algérien. Plus on descend l’échelle plus l’ennemi du harki c’est le harki. Et c’est là où se niche notre sulfureuse exception. L’ensemble damné regroupe une infinité de sous-ensembles. À tout seigneur tout honneur, on a en première classe le Pouvoir, ces harkisclasse rien que pour rire, pour Halloween, qui se mirent dans le miroir de la marâtre de Blanche Neige en révolutionnaires. Un simple conte. Un président, un général un ministre…ne peut être qu’un bon harki. Qui s’y frotte s’y pique, mais qui caresse happe le miel. C’est simple, l’Algérie c’est le président, le général, le ministre…des personnalités qui peuvent attraper le « harkisme » par fatalité par complot extérieur, mais qui restent néanmoins intouchables.

L’Algérie est notre Mère à tous donc ils sont nos Pères en plein régime patriarcal. Camus affirme que le ver est dans le cœur, là où les mauvaises langues le voient plutôt au cerveau le seul endroit du corps où la greffe demeure impossible. Quant aux orteils, là où aboie la race canine ; enragée ou baveuse, elle ne sait qu’aboyer. Ces derniers ont bien leur utilité. C’est quoi un dictateur sans serfs ? Les physiciens affirment qu’il n’existe pas de matière sans antimatière et d’étoiles sans trous noirs. C’est vrai, quel intérêt représenterait le Paradis si la menace de l’Enfer n’existait pas. Si nous n’irons pas tous au Paradis, les harkisclasse en connaissent le goût sur Terre tandis que les surmulots celui de l’Enfer et nos cheikhs nous rassurent : ça s’inverse dans l’au-delà. Entre le gratte-ciel et le caniveau, il y a les plus « intéressants », les «ni-ni» ; généralement intello, catégorie remuante et médiatique. Des ni-ni qui font l’Histoire ailleurs, mais en Algérie ils s’éliminent mutuellement pour défaire l’Histoire au grand bonheur des harkisclasse, les harkis rien que pour rire. Pour eux l’ennemi de mon ennemi est mon pire ennemi. Notre opposition « réfléchie » se fait hara-kiri sans la noblesse nippone. Ses membres s’accusent mutuellement de vendus à la France et à l’Europe ; à l’Amérique et Israël ; à l’Arabie Saoudite et au Qatar. Comme si ces trois familles de dinosaures planétaires n’ont trouvé à acheter que les lézards déracinés de la planète. Le marché a ses lois : on achète que l’utile avec profit. Et où se trouve l’utile et le profit du bled sinon chez les harkisclasses qui détiennent les clés de la grotte d’Ali Baba ? En plus ces dinosaures sont siamois à plusieurs. Le Qatar investit en masse pour sauver les caisses françaises et la classe dirigeante; la France, chef de file de l’Europe sauvée des griffes d’Hitler par l’Amérique qui veille jalousement, malgré le 11 septembre, sur ses deux « inventions »: Israël et l’Arabie Saoudite… C’est loin et c’est vide l’Algérie où il n’y a que de l’or noir imbibé d’« ismes » vieillots euphoriques lapidaires : capitalisme socialisme communisme trotskisme islamisme terrorisme nationalisme régionalisme despotisme sionisme impérialisme colonialisme etc. etc. L’idéologie sait effacer le crime tout en le justifiant.

En 1979, Taraki le président communiste arrivé au pouvoir à Kaboul à la suite d’un coup d’Etat proclamait : «Seulement un million d’Afghans doivent rester en vie. Nous n’avons pas besoin de groupes islamistes nous n’avons pas besoin de marchands nous n’avons pas besoin de capitalistes, nous n’avons besoin que d’un million de communistes. Les autres, nous n’en avons pas besoin, alors nous allons nous en débarrasser.» (2) Chaque nuit des centaines d’Afghans furent fusillés et c’est un proche, Amin, qui stoppa le génocide en tuant le parent psychopathe avant d’appeler à l’aide l’URSS qui s’empressa de le liquider à son tour. Les talibans sortent de leur flou diabolique et peut être qu’un jour, on pourra savoir pourquoi un Tahar Djaout devait mourir, ce drôle de harki avec sa « petite et grande famille » qui a cristallisé aussi bien la haine des islamistes du Parti et d’autres opposants démocrates. Son assassin n’a lu aucun de ses livres en supposant qu’il maitrisait la langue de Molière et n’a pas réussi à réhabiliter pour autant le FIS. Les centaines de milliers de «harkis» égorgés par les terroristes sont morts pour rien, ils n’étaient pas la vraie menace puisque rien n’a changé, tout a empiré. Djaout vivant aurait aujourd’hui plus critiqué le FLN que le FIS ; on ne tire pas sur une ambulance écrivait Françoise Giroud. Taraki est mort avant de tuer les 16 millions d’Afghans non communistes. En Afghanistan et en Algérie, de la famille, il ne subsiste ni la petite ni la grande. Si nous sommes tous des vendus alors pourquoi continuer à jouer les guignols tristes et les gigolos blasés. Il est temps de se demander si l’Algérie dont on clame l’amour haut et fort à chaque inspiration-expiration a été tuée non par le Pouvoir encore moins par la Populace, mais bien par cette haine incestueuse de son « élite » ? L’Histoire retiendra que les Algériens ont bouffé leur rente sans travailler qu’ils ont déclenché une effroyable guerre civile que grâce à l’armée et à la Concorde civile ils se sont assagis repentis et que leurs politiciens ont heureusement construit des autoroutes en faisant appel aux fourmis chinoises. Les barrages maintenus, on ne sait jamais ; notre équilibre mental n’est pas assuré. Et pourtant ceux qui avaient des armes c’est l’armée les terroristes les policiers les agents spéciaux et c’est surtout les civils désarmés qui ont été attaqués massacrés en toute impunité. Quelle était belle et glorieuse notre guerre civile ! Aux rares familles de disparus qui ont refusé l’indemnisation pécuniaire, le ministre concerné leur a reproché leur trahison à la Nation, leur complicité avec l’ennemi extérieur. En Tunisie, Merzouki clamait dans son livre sur les dictateurs son admiration pour une mère qui avait refusé cette même compensation pour «enterrer» son fils victime de la révolution du jasmin. À chacun son angle de vision. Mais l’Histoire officielle n’aime pas les «traîtres». Elle n’aime que les grands bâtisseurs et comme Ramsès II, notre président aura sa Grande Mosquée qui ne sera pas dévalisée comme la pyramide du premier par des esclaves affamés conscients du risque. Trahir son estomac ou son pharaon mène au kif-kif c’est-à-dire à la mort. N’importe quel citoyen algérien lambda peut s’en apercevoir en voyageant normalement : attention un traitre, nationalité dangereuse ! Comment le danger peut venir de quelqu’un qui a fui le danger. Notre mal est à ce point incurable que ceux qui sont censés être nos avocats accourent pour soutenir le Système Compresseur quitte à se cannibaliser du mauvais côté. Il faut attendre une relève saine, épargnée par le virus H.A.R.K.I et se souvenir que nos trahisons jalonnent notre Histoire.

À défaut d’être des envahisseurs, nous avons laissé l’envahisseur nous contaminer pour le plaisir de contempler la souffrance du frère. Nous descendons pourtant d’une peuplade paisible d’une Kahina qui avait répliqué naïvement aux adeptes de la charia : « …si je devais couper la main à tous les voleurs de poules comment pourrais-je constituer une armée pour combattre l’ennemi ? » Le philosophe dit que l’humanité dont on se méfie est celle qu’on reconnait au fond de soi-même. Un parent aimant soucieux de l’avenir de son enfant est dans l’obligation pour le sauver de le critiquer. Dénoncer la « barbarie » de ce proche c’est la meilleure façon de bousiller l’enfant. Et malheureusement c’est souvent le but de la vierge effarouchée de l’ »après-moi, la fin du monde ». Les Américains ont été les premiers à faire des films sur la guerre du Vietnam un téléfilm sur le scandale du Watergate… même ruiné et maboul, le pays de l’Oncle Sam restera plus attrayant que la frileuse et fortunée Chine. Dans le livre Europe, la Trahison des Elites (3) on peut lire dès l’introduction : « L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait ; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas ; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on construit, c’est une Europe en trompe- l’œil. » L’Algérie n’est pas en train de construire le Maghreb qui jouit pourtant d’une unicité « héréditaire » à faire pâlir de jalousie l’UE désargentée avec son parlement où résonne plus d’une douzaine de langues et sans doute plus d’un millier d’interprètes. L’Algérie ne dit rien ne fait rien ne prend même pas la peine de tromper l’œil qui n’existe d’ailleurs que sous la burka intégrale au milieu d’aveugles manchots. Ne pas voir et ne pas palper ce qui déjà est bien dissimulé. Mais dans le noir, on est tous noirs sauf celui qui a éteint la lumière. Bienvenue à la Mecque des énergumènes qui ne peuvent végéter que dans la traitrise pour s’éliminer et rassurer leur maître.

Mimi Massiva

(1) Cioran

(2) Le Petit Livre publie en 1988 par Alexandre Bennigsen, Michael Barry, Curtis Cate et d’autres sur l’Afghanistan (Revel les Plats de Saison)

(3) Raoul Marc Jennar, docteur en science politique et chercheur sur les dossiers de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) (Europe, la trahison des élites Fayard 2004)

19 commentaires

  1. Je pense que le drame des harkis est aussi une responsabilité de notre pays et qu'il ne se pose pas seulement au gouvernement français ! Nous aussi on est des criminels de notre côté! Je me souviens des premiers jours de l'indépendance où des exactions et des crimes abjectes (dont j'ai été témoin de certains) contre les harkis .

    Au lieu de monter aux yeux du monde que l'Algérie n'avait qu'un seul objectif le recouvrement de son indépendante, de sa souveraineté et de sa dignité, et bien non la "force locale" du FLN a montré aux yeux du monde que notre pays pouvait aussi être criminels, haineux et revanchard à l'état primaire ! Au lieu que les autorités de l'époque insistent et obligent le gouvernement de de Gaulle de prendre en charge leurs supplétifs, et ben non, nous , on a préféré commencé par torturé les harkis ou les exécutés carrément !

    La question des harkis 'est un grand point noir aussi bien pour l'Algérie que pour la France qui refuse de prendre leur responsabilité ! Les algériens n’avaient pas à massacrer les harkis qui ont choisi la France, ils avaient le devoir politique d'obliger la France à les prendre en charge et à accepter leur transferts vers le pays pour lequel ils ont pris parti durant la guerre !

    La sauvagerie ne glorifie pas un pays !

  2. Voici un extrait d'une citation attribuée à l'un des héros de notre glorieuse révolution : Larbi Ben Mhidi : " « J'ai la hantise de voir se réaliser mon plus cher désir car, lorsque nous serons libres, il se passera des choses terribles. On oubliera toutes les souffrances de notre peuple pour se disputer des places; ce sera la lutte pour le pouvoir. Nous sommes en pleine guerre et certains y pensent déjà, des clans se forment. A Tunis, tout ne va pas pour le mieux; oui, j'aimerais mourir au combat avant la fin » Autrement dit , il aimerait mourir avant la fin pour ne pas avoir à renier l'idéal pour lequel il s'est sacrifié en luttant contre le système colonial, il ne peut pas se déjuger , se défausser en abandonnant son peuple à ses souffrances, celui qui l'a pourtant soutenu et donné tout ce qu'il avait de plus cher pour l'aider dans sa lutte contre le colonialisme.Il a préferé mourir au combat que de subir cet opprobre , cette honte qu'il reservait aux harkis de l'époque . Un sentiment qui fait la grandeur et l'eternité de l'idéal de l'homme.

  3. L'Algerie est en trein de rentre hommage a Mandela, lui qui s'est contente de reeduquer ses harkis. Les Harkis qui ont commis des meurtres auraient du ete juges maod personne ne devaient touches a leur bien et familles. Mais enfin treve de bavardages car les fils et filles de harkis et meme des harkis eux meme sont dans toutes les spheres de l'administration et du gouvernement algerien a commencer par les milliers de faux moudjahids et j'en connais quelque uns dans ma contree. Cette Algerie est un pays de fous

  4. Alors qu'allons-nous faire des algeriens qui ne sont pas partis, et que doivent-ils faire de nous?

    Ta reference aux routes chinoises en algerie, m'a fait penser a la geante replica de l'Air Force Monument, a Arlington en Virginie(de l'autre cote de la riviere par rapport a Washington).

    J'ai dis a un copain qui me montrait sa nouvelle collection de photos d'algerie, qu'un mas de pierres ramassees aux 4 coins de l'algerie et assemble' par des enfants, aurait mieux honore' la memoirs des martyrs, et il s'est offusque'. Alors il m'a prive' de celles de chez lui, au pays Mzab.

    Heureux les harkis qui n'ont rien vu, indeed . . .

  5. aujourdhui les harkis meurent sans voir leur bled et pourtant les plus grands harkis sont des heros des moudjahines enterres fi al alia la grande et on a porte leur deuil come Boumedienne Benbella Chadli qui ont massacré l'Algerie et son peuple quand Boutelika va mourir on va aussi chialer et porter le deuil, nous sommes tous des cons quoi, si on est tous des harkis donnez nous un visa

  6. Mimi merci pour cette clairvoyance!
    Nous n'avons pas eu la capacité suffisante du pardon ni envers nous même ni envers ceux qui pour la plupart ont ete poussé à trahir leur peuple. Cependant les pires d'entre-eux ( les dirigeants actuels et leur sous fifres le T'BABLI et le Zarnadji) se sont retrouvés à diriger ce pauvres pays et à s'attribuer toute la gloire ( à Ghardimaou ou à Oujda, ils ont pour la plupart d'entre-eux été des planqués )

  7. "les algeriens", c'est tout de meme beaucoup de monde mon pote ! Il n'y a pas besoin de te rappeler, que l'arme'e des frontiere a ete fagocite'e par les moukhabaret egyptiennes, j'espere et bien avant "le cessez le feu" (faut oublier cette notion d'independance a la fin) – Je n'ai aucun doute, que ce sont ces milices qui ont ete active'es, ou peut-etre meme le digoule lui-meme. Apres tout, ils ont bien voulu le liquider et se debarasser de la tutelle metropolitaine(Paris).

    Bref, la guerre et ses declancheurs/meneurs n'ont jamais fait la moindre declaration quand a la population etrangere ni sur la base de race, de religion ou d'origine. Je n'ai nulle part lu, des emeutes populaires sortie les couteaux a la main a la recherche des "harkis ou etrangers" –

    De la ou je suis, par harki, on veut dire "quelqu'un qui a activement supporte' l'armee francaise, en actes ou en renseignements"

  8. Quelqu'un ou plus d'un en fait, m'avaient traite's de tous les noms pour un commentaire a propos de Jamila Bouhireb – Voici donc, les nouvelles de cette auteure-franco-islamiste:

    Djamila Bouhired reçue par le chef du Hezbollah libanais – Hadjer Guenanfa

    Djamila Bouhired a été reçue, samedi à Beyrouth, par le secrétaire général du mouvement libanais Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, rapporte, ce lundi 9 décembre, le site de la télévision libanaise Al Manar, proche du parti chiite.

    « Sayed Nasrallah et Mme Bouhired ont passé en revue son passé de résistante et la volonté des peuples de contrer toute occupation. Ils ont également discuté des points communs entre la victoire d’une résistance historique et celle d’aujourd’hui qui a triomphé et poursuit sa lutte »

  9. Refoulement

    1975, je fais la connaissance d'un Algérien qui habite Rouen comme moi, lui était marié à une Française et possédait la double nationalité.
    Il me conseille un jour d’aller travailler en Algérie pour la Sonatrach, la société nationale des travaux pétroliers en Algérie. Il me dit que le directeur est un ami à lui et que ma candidature pourrait l'intéresser. L'Algérie a besoin de gens comme toi, me dit-il. Sur son conseil, j'écris une lettre en bonne et due forme et l'envoie à la direction de la Sonatrach. Un mois plus tard, je reçois la réponse avec un avis favorable, comme chef soudeur. On me donna toutes les directives à suivre lorsque j'aurai à me présenter devant la douane algérienne pour éviter tout refoulement. Je prépare mon passeport à la préfecture de Rouen et me voilà prêt pour le départ.
    Le 8 août de cette année, plus de dix ans après mon arrivée en France, je prends l'avion pour l'Algérie avec mon contrat de travail en poche. Après avoir pris place à l'intérieur de l'appareil et au milieu de tous ces passagers dont la plupart sont des Algériens qui retournaient au pays à l'occasion des vacances.
    Bien calé dans mon siège, situé au milieu de l'appareil. Plongée totalement dans mes songes les plus prometteurs pensant à ce qui pouvait m'attendre de l'autre côté, serin, mais inquiet, pourtant mille et une questions ne cessent de se profiler dans mon esprit de tout ce que je pouvais rencontrer de l'autre côté. Après les quelques temps d'une ascension vers le ciel, l'appareil se stabilise pour son long vol. Des passagers assis à mes côtés s'exprimaient librement, parlant à haute voix, mais certaines paroles n'étaient pas anodines, car la conversation tournait autour du sort réservé aux harkis, c'est alors que quelques phrases m'ont interpellé indirectement, certaines étaient carrément violentes, évoquant notamment les enfants de harkis qui n'ont pas connu la guerre et qui devaient se désolidariser de leurs parents s'ils veulent que l'Algérie les accueille.
    Franchement ces paroles ont généré en moi de l'angoisse et n'ont fait que me tarauder une fois de plus le cœur. Je me suis alors posé la question. Pourquoi ces musulmans ont-ils choisi en toute liberté de venir vivre en France ? Ce pays, qui a pourtant colonisé pendant 132 ans l'Algérie, comment ces croyants de l'islam peuvent-ils demander à des enfants de renier leurs propres parents ? Comment peuvent-ils juger sans avoir jugé ? » Il me semble pourtant que cela est totalement contraire à toute morale dans ce monde et indigne de tout être humain. Moi qui ai vécu cette guerre durant sept ans et demi avec son lot de larmes et de sang, je découvre encore que la haine anime et passionne ceux qui n'ont pas reçu le goût de la souffrance. Toutes ces questions n'ont fait qu'ombrager mon voyage et m'ont beaucoup remué cependant sans pouvoir donner des réponses. Il est vrai que, durant cette période d'été, les actualités parlaient beaucoup du sort des harkis vivant dans les camps, comme à Bias, dans le Lot-et-Garonne, Saint-Laurent des Arbres, Rivesaltes et surtout à Saint-Maurice l'Ardoise où ça chauffait particulièrement. Les harkis se sont révoltés devant les traitements scandaleux que leur faisait subir cette France qu'ils ont défendue en versant leur larme et leur sang. J'ai même entendu parler d'une prise d'otages que des fils de harkis, aidés par leurs parents, ont organisés pour sensibiliser l'opinion publique à fin qu'on cesse toute ces brimades dont ils sont victimes.
    Je me rappelle que le président de la République lui-même, Giscard d'Estaing, est intervenu en personne pour que les harkis soient considérés comme des Français à part entière. Je n'avais pas encore bien conscience malgré toute la gravité de ces choses, bien qu'on évoqué sans cesse la situation dans laquelle vivaient ces harkis.
    Après 2 h 30 de vol, il était midi lorsque nous débarquions à l'aéroport d'Alger. Les passagers descendent de la caravelle, comme prévu je suis tranquillement le mouvement de la file qui s'était installée devant moi en me mettant en bout de queue. La chaleur était torride. C’est à ces moments que le soleil et le plus intense de la journée. Au contact de ma terre natale, j'ai ressenti une pression sanguine plus forte qu'auparavant, c'est un effet magique pour quelqu'un qui revient dans son pays après l'avoir quitté depuis plusieurs années, plein d'émotions malgré cette lourde atmosphère. Chacun son tour, les passagers sortent de l'aéroport au gré des contrôles et de leurs formalités.
    Arrive, le moment fatidique, mon passeport français et le contrat de travail dans ma main, je me présente devant le jeune douanier qui ausculte en un coup d'œil mon passeport. Il se lève et me demande de le suivre chez l'un de ses collègues. Il lui montre mes papiers et lui dit :
    — En voilà encore un autre !
    Son chef, l'homme cheveux grisonnant dans la cinquantaine passée, il me demande :
    — Tu viens de France !
    — Oui,
    — Où vas-tu ?
    — À Arris, dans les Aurès.
    Avec un geste naturel, il décroche son téléphone et fait référence au responsable principal sur ma personne. J'entendais quelques bribes de phrases échangées, entre eux : l'officier lui répète avec une voix glauque !
    — Il est Français !
    Puis, se retourne vers moi et m'interroge.
    — Tu es né en Algérie alors que tu as un passeport français ! Pourquoi ?
    Cette question exige une réponse de ma part.
    — Parce que je travaille en France. Je vis là-bas et c'est plus commode d'avoir un passeport français pour pouvoir voyager.
    Je luis réponds avec simplicité.
    — Tu ne serais pas par hasard harki ?
    Sachant que pour moi, je n'avais absolument rien à me reprocher, ni de près ni de loin de par mon passé durant la guerre, je lui ai répondu le plus honnêtement possible :
    — Oui, j'étais harki.
    Son regard changea subitement ! Et il me lança des yeux agressifs.
    — Alors tu es un traître !
    — Non, je ne suis pas un traître.
    Puis il reprend sur un ton plus menaçant :
    — Combien as-tu tué de nos frères ?
    — Je n'ai jamais tué de ma vie. Vous pouvez regarder par vous-même l'âge que j'avais. À cette époque j’étais encore un adolescent. Puisque je suis ici en Algérie, il vous sera facile de vous renseigner auprès de ces gens qui vivent dans la région où j'avais servi comme moghazni, vous ne trouverez jamais quelqu'un qui vous dira que j'ai fait du mal à une personne.
    — Ce n'est pas vrai ! Tu me prends pour un idiot. C’était donc un bâton que tu avais entre tes mains et non pas un fusil, me crie-t-il une fois de plus, tu as vendu ton pays et ta religion aux Français, maintenant tu reviens dans ce pays que tu as renié.
    Face à de telles tortures, j'ai essayé malgré tout de me justifier, en évoquant le livre sacré du Coran pour qu'il soit plus clément envers moi.
    — Je suis prêt à vous jurer sur le livre saint qui est le Coran, celui qui unit tous les musulmans au nom d'Allah. Je peux vous le jurer que je n'ai jamais fait de mal à personne.
    De son obstination, j'avais l'impression que mes paroles volaient en l'air, alors j'ai essayé de lui parler sur un autre ton, faisant référence au passé de mon père.
    Après l'avoir regardé en face, je lui dis : mon père lui a servi la révolution algérienne durant toute la guerre, j'ai évoqué ce mot magique de moudjahid pensant ainsi atténuer son arrogance.
    —Oui mon père lui était moudjahid ! Lui avais-je répété avec insistance dans un dernier espoir.
    Mais j'avais beau lui parler, rien n'y faisait. Il avait déjà pris sa décision. Là-dessus, il m'interrompt encore une fois, sur un ton plus agressif.
    — Un musulman. Toi ? J'ai l'impression que tu n'es pas un musulman. Voilà, me répond-il, le doigt pointé vers moi.
    Il prend mon passeport, l'ausculte et crache dessus. Le jeune douanier déclare alors :
    — Refoulé !
    Il m'indique ensuite une petite pièce où je devais attendre pour reprendre l'avion du retour. Je rejoins les quelques personnes qui avaient été consignées avant moi à rester dans cet enclos, probablement pour d'autres procédures.
    La chaleur de ce mois d'août en Algérie est suffocante. Après avoir pris place sur une chaise, j'ai commencé à chercher des yeux si je pouvais apercevoir un lavabo. Mon corps était inondé par la sueur, la soif m'avait desséché la gorge. Je m'adresse à un des agents de police présents dans le local, il me suggéra d'aller voir à l'autre bureau d'où je pouvais apercevoir une porte entrouverte. Après avoir traversé la pièce, je demande à l'employé pour me donner un peu d'eau, d'abord il me toisa du regard et me réclame mon passeport que je lui remets aussitôt. Une fois le document à la main il jette un rapide coup d'œil à l'intérieur et à l'extérieur, et me lance avec véhémence : tu es un harki, tu ne boiras jamais l'eau de l'Algérie ! Foudroyé, par ces mots et ces regards, j'ai dû regagner ma place et me résigner a ne plus rien demander à ces gens-là.
    Je reviens et me rassois résigné, mais tout à côté de moi Un autre Algérien avait remarqué toute la scène. Avec un regard plus agréable, il s'adresse à moi avec gentillesse, me conseille d'écrire en haut lieu pour obliger ces gens la à me laisser entrer dans mon pays.
    Sur un ton de déception, mais aussi de fierté, je lui réponds que malheureusement ma décision est prise et que je vais retourner d'où je suis venu. Tout en le remerciant pour sa sympathie je lui ai rajouté, que j’ai ma dignité, d'homme libre dont la conscience est tranquille et propre.
    Non, je ne ferai rien, car ces gens-là m'ont jugé sans justice et m'ont condamné. Je garde la tête haute malgré la souffrance et les vexations que j'ai ressenties de la part ceux qui m'ont refusé le droit d'aller revoir ma famille.
    Après quatre heures d'attente sans boire ni manger, je suis en nage par la sueur dans une pièce sans ventilation, juste une petite fenêtre servant d'évacuation d'air. Une nouvelle équipe de polices fait son apparition pour remplacer l'ancienne, je profite à ce moment de cette occasion pour demander à un jeune policier s'il pouvait me donner un peu d'eau à boire. Il a d'abord sollicité à voir mon passeport, qu'il a ensuite regardé avec attention et sans problème, et me demande avec respect de le suivre jusqu'au bar de l'aéroport. C'est en chemin qu'il me posa la question :
    — Tu as vraiment soif, me dit-il.
    — Oui, cela fait quatre heures que je n'ai rien bu. Lui ai-je répondu avec tes désolations :
    Étonné par cette réponse, il me demanda pourquoi n'ont-ils pas voulu te donner à boire, je lui explique, l'attitude et le comportement de certaines personnes avec quelques détails. Lui s’est montré navré devant ce comportement qu'il juge méprisant, me dit-il simplement. Il me propose de boire quelque chose au bar, et ajoutant avec altruisme :
    — Ce genre de choses arrive malheureusement trop souvent. Certains individus veulent faire du zèle et par la même instaurer leur propre justice c'est toujours là (hogra) dans notre pays.
    Le jeune policier me demande:
    — Que veux-tu boire ?
    — Une bière si tu me le permets. Lui ai-je répondu ?
    Il commande au barman une bière, aussitôt servi, je me colle la bouteille à la bouche et l'avale cul sec. Intrigué par cette descente rapide du liquide, il m'en propose une autre que je reprends avec plaisir. Après avoir calmé ma soif, j'ai tenu à le remercier tout en lui faisant mes excuses à propos de l'alcool. Je lui ai dit aussitôt ce que j'avais ressenti, il me semblait que l'islam m'avait quitté en cette journée du mois d'août, et que ce sont des musulmans qui m'ont empêché d'aller revoir ma famille. Pourtant ce pays est aussi le mien, c'est, celui de mes ancêtres et de mes racines. C’est là que je suis né et où j'ai grandi, jamais je ne pourrais leur pardonner cette faute devant Dieu. Si tel est leur croyance, elle ne porte que violence et désarroi ? Alors que leur cœur est aussi brûlant qu'un volcan, leur sang qui coule dans leurs veines est comme la lave de magma. Comment peut-on se revendiquer des lois de Dieu tout en se déviant de ses directives ? Parfois n'y a-t-il pas une contradiction dans tous ces faits que l'homme a inventé lui même pour ne pécher que contre lui-même ? Si je résume dans ma théorie, je pourrais conclure avec une certaine vérité, c'est l'homme qui a peur de l'homme et pour lui Dieu n'est que prétexte.
    J'ai souhaité laisser mon adresse à cet humain, que la divinité a mis sur mon chemin, des gens courageux comme lui sont rares. Je n'ai jamais oublié en particulier lorsqu'il m'a accosté avec ces mots :- toi, tu es un chaoui et moi je suis un kabyle.
    Vers dix-huit heures, je vis arriver le commissaire principal accompagné d'un douanier.
    — Allez ! me dit-il. Tu rentres chez toi en France.
    Puis, entre deux, ils m'encadrent comme un forcené et m'accompagnent jusqu'à l'avion.
    En chemin, le plus galonné des deux me lance quelques piques :
    — Tu es venu parce que l'Algérie a fleuri, me lance-t-il avec un regard tendu !
    Mais je ne réponds pas à cette remarque.
    -Je te parle, insiste-t-il, sur un ton plus brutal, irrité par mon silence.
    Je lui fais finalement cette réponse :
    — Une fleur fane, ensuite elle tombe.
    Mais cela ne lui plaît pas du tout.
    -De toute évidence, moi, je voulais juste qu'il me foute la paix.
    À cela, il me fait quelques menaces dans le but de me faire peur. Mais, je n'en tiens pas compte.
    Une fois arrivé au pied de la passerelle, je vois le Capitaine Pardon, commandant de bord qui me reconnaît. Ce nom du commandant exprime une parabole. Pardon, peut-être aussi un synonyme de paix. Tout un symbole mêlé à l'Histoire !
    C’est lui même qui avait piloté l'avion depuis Paris le matin.
    — Qu'est-ce qui vous arrive ? Me questionna-t-il ? Après m'avoir reconnu comme l'un des passagers ayant pris le vol du matin. — On ne veut pas de moi à cause de mes papiers français. Lui avais-je lancé d'un air contrarié.
    En voyant ma mine, il est gêné, car je pense qu'il a sûrement dû voir d'autres gens victime de cette discrimination. Quelques passagers, des travailleurs immigrés algériens, montent en même temps que moi dans l'Avion, eux aussi rentrent en France. Ce jour-là, il y a eu deux destins pour des exilés d'un même pays !
    ________________________________________________________

  10. « Une belle occasion de perdu et un grand gâchis pour cette splendide région des Aurès et de cette grande ville de Batna ».

    -Pierre Albertini : Ancien maire de Rouen et député
    Attestation.
    -Je soussigné : Pierre Albertini, alors maire de Rouen et député de la Seine-Maritime, atteste la véracité des faits suivants :
    Le conseil municipal de Rouen, élu en 2001 désireux de s'engager dans une coopération décentralisée, a souhaité nouer des relations avec une ville d'Algérie. Les élus de Batna (où je suis né) m'ont alors approché et fait savoir leur vif intérêt pour une telle coopération pouvant déboucher ensuite sur un jumelage officiel entre nos deux villes.
    Au printemps 2005, une délégation de plusieurs élus rouennais a donc été constituée pour explorer sur place les voies et moyens d'une action commune. Devant conduire moi-même cette délégation, j'ai pris soin de la composer d'élus directement intéressés par la perspective de ce jumelage. Parmi ceux-ci, la présence de M. Brahim Sadouni, lui-même né à Arris (département. De Batna) me paraissait indispensable, en raison de sa connaissance du pays et de liens familiaux qu'il y conserve.
    Tous les élus, dont la liste avait été communiquée au consulat d'Algérie, ont obtenu sans difficulté leur visa. Seul, celui de M. Sadouni tardait à lui être délivré, alors même que nos billets d'avion avaient été retenus et notre visite soigneusement organisée par les élus de Batna. Inquiet de ce retard, j'ai eu un entretien, dans mon bureau, avec le consul d'Algérie dont la résidence est à Pontoise. Il s'est réjoui de ce projet de jumelage, mais ne m'a pas caché l'impossibilité de délivrer son visa à M. Sadouni, en raison de sa qualité d'ancien harki. Il m'a invité à me rendre sans lui en Algérie pour ne pas ruiner la possibilité d'un rapprochement entre Batna et Rouen. J'ai fait valoir alors que, à mes yeux, tous les élus rouennais avaient la même valeur et que, si l'Algérie récusait la présence de l'un d’eux, quel qu'il soit, je renoncerais à ce voyage auquel j'étais personnellement très attaché. Devant mon insistance, le consul m'a suggéré que M. Sadouni écrive une lettre exprimant ses regrets d'avoir servi la France comme harki. L'intéressé a refusé d'entreprendre une telle démarche, contraire à sa dignité, ce que j'ai immédiatement approuvé.
    Pour me prouver sa bonne volonté personnelle, le consul d'Algérie m'a alors avoué que même s'il délivrait un visa à M. Sadouni, celui-ci serait refoulé à son arrivée sur le territoire algérien.
    Il m'a précisé, en effet, qu'un fichier, établi par le ministre de l'intérieur algérien, regroupait toutes les personnes indésirables en Algérie. Parmi celles-ci figuraient les harkis même non engagés dans les opérations militaires. Seule, une décision du ministre de l'Intérieur pouvait modifier une telle liste.
    Dans l'impossibilité de surmonter cette opposition, j'ai rendu publique ma décision de ne pas me rendre en Algérie, à l'initiative de la ville de Batna, tant que l'un des élus municipaux serait ainsi l'objet d'une discrimination injustifiable, et alerter le ministre des Affaires étrangères. À ce jour la situation n'a malheureusement pas évolué, comme le montre un film récemment diffusé par la télévision française : un ancien harki, venu voir sa famille et son village, a été refoulé dès son arrivée à l'aéroport.
    Cette discrimination, pratiquée plus de 40 ans après la fin de la guerre d'Algérie, est insupportable. Outre qu'elle viole les accords d'Évian, signé en 1962, elle porte atteinte à la dignité, à la liberté d'aller et de venir et au maintien des liens familiaux d'une partie de nos compatriotes.
    Fait à Rouen, le 1er octobre 2010.
    Pierre Albertini.

  11. Pierre Albertini le 1er octobre 2010
    Ancien maire de Rouen
    et député.

    Attestation.

    Je soussigné, Pierre Albertini, à l'époque, maire de Rouen et député de la Seine-Maritime, certifie que M. Brahim Sadouni, conseiller municipal, a proposé, en séance publique, que le conseil municipal de la ville exprime sa solidarité avec le peuple algérien, à l'occasion du violent tremblement de terre ayant ravagé Alger et sa région, le 21 mai 2003.
    À l'initiative de M. Sadouni, le conseil municipal a accepté, à l'unanimité, d'allouer une aide financière aux sinistrés algériens. Cette aide a été versée à une association de maires travaillant avec un organisme humanitaire qui s'était engagée à en garantir l'acheminement aux victimes locales. L'autorité morale dont jouit M. Sadouni a certainement influé sur la décision du conseil municipal.

    Pierre Albertini.

  12. @Mr Sadouni,

    Il n'y a pas besoin d'être Harki pour pour avoir des remarques à la Douane Algérienne. En 1980 je suis allée en Algérie pour la première fois depuis 1962, moi fille de Harki, je ne voulais pas y aller mais mon mari fils de Harki aussi m'avait rassurée. Je suis du Constantinois mais mon mari du coté de Blida, alors nous étions passés par Alger, à la Douane, on m'avait demandé de me séparer des autres de la file et de mon époux à cause de mon passeport français bien sûr. Trois fonctionnaires hommes étaient dans un grand bureau, l'un me demanda de m'assoir en attendant qu'il cherche des papiers.
    Il leva très vite les yeux de " ses tirroirs de papiers " et me dit " tu es fille de Harki ! " avec un air sérieux. Je m'étais d'abord étonnée dans mon esprit un instant, me disant que depuis Constantine en 62 on m'avait fiché à Alger comme étant fille de Harki alors que j'éétais petite fille en 1962 !
    Je lui avais répondu " oui et alors ? " Il m'avait dit " il n'a pas le droit de venir en Algérie, il ne passera pas ". Je lui avais répondu " Mon père n'est pas venu avec moi, il connaît les Algériens, jamais mon père ne reviendra en Algérie même si on l'y invite, le seul pays qu'il aime c'est la Mecque et il y a été, quant à moi, j'accompagne mon mari venu voir de la famille près d'Alger, je suis née du coté de Constantine, je ne vais pas à Constantine."
    Il m'avait dit ensuite sévèrement " pourquoi tu t'es Naturalisée Française ?"
    Je lui avais répondu" C'est simple ! Mes parents sont de Nationalité Française, je devais aller en Allemagne un jour, j'étais mineure, j'avais eu automatiquement ma première carte d'identité de la Nationalité de mes parents ! "
    Il m'avait dit (et toujours en me grondant pratiquement ) " Tu es majeure à présent pourquoi tu ne l'as pas changé et tu viens vivre ici !" ? Je lui avais répondu " Mais enfin ! ,J'ai ma vie en France avec mon mari, je ne parle pas l'Arabe juste le mot pain, eau, pomme, poire, comme j'entends ma mère les dire à table, comment voulez-vous que je fasse pour venir ici et pour y survivre ? et….sans mes parents en plus !! Enfin après un temps lassant, il me " lâcha ", j'avais pu rejoindre rejoindre mon mari dans un couloir d'attente. Nous avions pris notre voiture avec nous en allant à Blida, Zeralda Mostaganèm, nous nous faisions arrêter toujours ! Un jour c'était moi qui conduisais, les papiers m'avaient été confisqués sans que l'on me disent quoi que ce soit qui manquerait ! Nous " cuisions " au soleil une bonne demi heure puis mon mari parlant bien l'Arabe, alla demander à 200m de là à un Policier, la raison pour laquelle on nous avait confisqué les papiers, mon permis de conduire (français) carte grise, ma pièce d'identité aucun des deux Policiers ne lui répondait. Il revient bredouille à la voiture. Au bout d'une heure sous un soleil torride auquel je n'étais pas habituée, j'en suffoquais, mon mari m'avait dit " va les voir toi tu es une femme ils auront peu être un peu de toupet de ne pas laisser une femme à "rôtir" au soleil sans motif. J'étais allée les voir dans un petit batiment où ces deux Policiers étaient allés et ne sont plus revenu là où ils nous avaient arrêtés.
    Je parlais en français personne ne daignait m'entendre, j'étais restée debout devant un guichet dehors au soleil, notre voiture et mon mari à 500m de là, au soleil aussi, il n'y avait même pas une arbre pour m'y mettre à son ombre, on ne m'avait pas invitée à rentrer dans les bureaux pour ne pas rester griller au soleil et de plus sans que je sache pourquoi on m'avait confisqué mes papiers du véhicule et combien de temps allais-je attendre comme ça .
    Au bout d'une heure passée, je relance un Policier depuis le stand du guichet à l'extérieur, enfin il me réponda avec mépris sans me regarder, je n'avais pas bine compris, j'étais allée cherche rmon mari en luis disnat " vas-vite leur parler leur Arabe je ne le comprends pas, il y en un qui a enfin la qui se délie, il a certainement eu marre de me voir sans bouger debout au même endroit par un soleil brûlant autant de temps. Ce n'était que le papier d'assurance auto de l'Algérie qui me manquait et pour lequel nous avions eu une amande à payer cash et bien salée d'aileurs ! Mais nouys n'avions pas fait de remarque sur leur mépris, nous étions contents qu'on nous libère le véhicule.
    J'étais repartie en conduisant avec des coups de soleil à en pleurer le soir !
    Depuis 1980, je ne suis plus retournée en Algérie et je n'y retournerai jamais, mes enfants ne connaissent pas l'Algérie, je ne les incite pas à la visiter.
    Je trouve ignoble d'embêter des personnes qui n'ont rien à se reprocher. L'histoire des Harkis ne touche pas que les Harkis.

  13. Peut-être quelqu’un se souvient-il ?

    Je venais d’avoir dix-sept ans :

    Sauvé par le destin :

    LE PRISONIER

    "Le sang des hommes coule chaque jour dans cette countries avec la même couleur et la même souffrance, quelle que soit leur origine. Pourtant les artisans de cette tragédie semblent bien loin de cette pièce théâtrale où les acteurs deviennent des blessés et des cadavres. Hélas ! Dans de telles circonstances, ce sont toujours les victimes qui font l'histoire."

    , ce printemps de 1961 nous offre comme chaque année sa merveille et sa beauté, tandis que les jardins et les champs s'éveillent après leur longue hibernation, tapis de bourgeons et de fleurs, toutes ces couleurs apparaissent comme par magie, laissant échapper ces parfums de roses et de fleurs que la nature sait si bien faire depuis que la terre est terre. La matinée était ensoleillée avec son éclatant ciel bleu couleur d'espérance.

    Comme d'habitude, je viens voir ce matin mon officier le lieutenant Parent pour ranger et nettoyer son bureau. L'officier m'avait désigné pour cette corvée, car j'étais un des seuls qui pouvaient lire et écrire, je pouvais ainsi faire la différence entre les documents et les papiers inutiles.

    Mais ce jour-là était spécial, je venais de découvrir avec mes collègues que toute la région de Bouzina subissait un assaut militaire d'une grande envergure. De notre base on pouvait apercevoir les engins militaires avec un bruit de chenille tel que les half-tracks, leurs mitrailleuses toujours prêtes à cracher leur feu d'enfer. En mouvement constant toute l'armada se met en position sur les pics de collines ou de crêtes, se tenant prête à livrer le combat. Le ballet d'hélicoptère dans leur danse en plein ciel faisant le va-et-vient, hachant au passage avec leurs hélices l'air frais de la matinée dans un vacarme assourdissant, jouant en toute liberté aux libellules géantes dans cet espace aérien.

    Les paras en tenue de camouflage casquette vissée sur la tête, une vraie armée active qui s'était déployée sur ces flancs de montagnes, de collines, ou encore dans les oueds, à la recherche de leurs proies, comme des fauves, pistant les moindres recoins de cette vallée sauvage. On pouvait observer le spectacle avec nos puissantes jumelles et voir toutes ces petites têtes en vagues successives fouillant la terre à l'affût d'un ennemi invisible. J'étais la, devant, figé à l'entrée de notre baraquement le seul lotissement de bureau que la civilisation nous a apporté et mis à notre disposition pour le service administratif de la sas de Bouzina. Pendant que je contemplais tout ce spectacle, je vis arriver une jeep, vitesse à toute allure et vient se planter juste devant moi marquant un arrêt brutal.

    À l'intérieur trois militaire casqué et armé jusqu'aux dents, ramenant avec eux un prisonnier, aussitôt descendu du véhicule, il est bousculé avec brutalité, l'homme parait perdre son équilibre sous la violence de quelques coups dans le dos, il titube et finis dans un élan par une chute à terre. Ses mains rouges de sang sont attachées solidement dans le dos avec du fil de fer, il est traîné par un soldat le tenant par l'épaule et va lui coller les genoux à terre, face au mur. C'est la guerre, et ces choses ne sont pas faciles à supporter, notre officier s'avance et vient saluer avec respect le capitaine des paras qui lui répond avec le même geste une discipline hiérarchique. Le galonné explique aussitôt en quelques mots la situation des opérations et le but de son intrusion, avec une oreille tendue, je perçus quelques bribes de phrases qui sont débitées dans un langage militaire.

    D'après le capitaine, il y a eu des accrochages la nuit dernière et des hommes sont tombés de part et d'autre, quelques soldats ont péri dans des embuscades tendues par le FLN. L’armée venait d'essuyer des pertes dans cette région, avait expliqué rapidement l'officier. Après avoir confié le prisonnier à notre S.A.S, les militaires sont repartis daredare pour se retrouver sur leurs arrières positions, moi je n'avais pas encore la notion de bien comprendre ces stratégies militaires.

    Le lieutenant avait demandé aussitôt au prisonnier de s'asseoir normalement et tourner le dos au mur. Avec d'autres harkis, nous avons pu observer du regard l'état de cet homme dont l'âge avoisiné approximativement les 45 ans. Ma première impression fut l'image que je pouvais voir sur lui, le crâne rasé portant des traces rouges sur son cuir chevelu, sa tête dodelinée avec le sang qui lui coulait le long des tempes. Les yeux rougis, ses joues encore tremblantes il a été sévèrement torturé. Pour éviter de voir encore ces images trop pénibles, j'ai préféré retourner à mon poste de garde ou j'avais été affecté. Mais ce visage ne voulais pas se détacher de ma vision et me poursuivait, j'avais l'impression d'être aussi coupable et responsable de cette souffrance.

    Après quelque temps de répit, je pressentais une appréhension inconnue venue m'envahir me poussant à aller vers cet homme. Une conscience s'est manifestée en moi, je reviens sur mes pas et retraverse toute la cour du poste militaire jusqu'à repasser devant le prisonnier, lequel avait comme par télépathie senti que quelque chose avait bougé en moi. Dans un regard plein de tristesse et de désolation, il m'adresse la parole en ces termes :

    — Mon fils, aide-moi sinon ils vont me tuer comme les autres.

    Je lui répondis aussitôt :

    — que veux-tu que je fasse, si toi tu travailles pour le FLN je ne pouvais rien faire pour toi, malheureusement.

    Lui répondis- je d'un air navré.

    — Non ! reprit-il d'une voix brisée.

    — Je n'ai jamais travaillé avec le FLN ni avec personne d'autre d'ailleurs.

    Je lève mes mains vers le ciel et lui dit : -demande à Dieu, lui seul pourra t'aider, moi je ne suis rien du tout.

    — Mais non ! me dit-il sur un ton meurtri, rappelle-toi lors de vos patrouilles, vous passer souvent devant chez moi.

    Puis il rajoute, très sûr de lui :

    —tu sais devant le moulin, à côté du ruisseau, c'est là où vous passé souvent. Moi j'habite juste la maison qui se trouve à côté et tu vois mon fils, je suis aussi père de six enfants, que vont devenir mes enfants si jamais il m'arrivait quelque chose.

    — Crois-moi, me dit-il la voix enrouée, mais ses mots étaient des cris, je te jure devant Allah que je n'ai jamais fait de mal à personne.

    — Mais comment se fait-il alors que les militaires t'ont ramassé, lui demandais-je de nouveau, intrigué, par toutes ses paroles, aussi dures et ces mots qui venaient creuser en moi une douleur inattendue.

    — Les soldats sont rentrés chez moi, reprit-il : par ce qu’ils ont eu des morts dans une embuscade à côté de nos maisons et ils nous ont accusés d'avoir hébergé ceux qui les ont attaqués.

    — Les soldats ont déjà exécuté certains villageois, ils les ont pris pour des membres du FLN insista-t-il, le regard au bord des larmes. Mais, j'ai peur qu'ils reviennent aujourd'hui, pour m'amener avec eux et cela seul Dieu sait ce qui pourra advenir de moi, je t'en supplie mon fils, tu peux faire quelque chose pour moi, je t'ai entendu parler avec le lieutenant en français.

    Après m'avoir supplié avec toutes les paroles de supplicier, j'ai ressenti ce poids énorme que le destin a voulu poser sur moi comme témoin de cette tragédie, comment allais-je affronter l'impossible, me dis-je ?

    Pourtant dans ma vie jamais je n'avais ressenti de courage comme ce jour, quelque chose s'était hissé en moi pour accomplir un geste envers un autre humain. En ce temps-là, il n'était pas facile pour le petit harki comme moi d'aller expliquer quelque chose dont le sort pouvait se retourner contre vous. Cependant, j'avais appris ce vieux proverbe arabe qui disait ceci : (ne viendra celui qui te tuera que lorsqu'il arrivera celui qui te sauvera). Toujours est-il : je me suis armé d'un certain culot pour affronter mon officier, je savais qu'il avait toujours de la sympathie pour moi.

    Après avoir frappé à la porte du bureau, je rentre et salue avec un garde-à-vous en claquant des talons devant mon officier.

    D'un regard surpris et interrogatif

    — que veux-tu Sadouni ? Me dit-il :

    — Mon lieutenant, s'il vous plaît, je viens vous voir pour vous demander pourquoi ils ont arrêté cet homme.

    L'officier était en train de ranger une pile de papiers, s'arrêta de travailler et me lança :

    — tu le connais ! Comme poussé par je ne sais quoi, je lui réponds aussitôt, oui mon lieutenant, je connais cet homme et il prêtant que j'ai même pris le caoua chez lui, répondis-je dans un mensonge, alors que la trouille continue à me tortiller le ventre.

    Cependant, j'avais moins peur de mon officier que des autres militaires, la peur c'est d'être aussi soupçonné de magouilles avec cet homme que je ne connaissais pas a vrais dire et cela peut m'amener droit à l'interrogatoire du 2° bureau, à la torture, peut-être au poteau ?

    Interrogatif par mon insistance, le lieutenant Parent continue à me chercher de son regard, mais je sentais qu'il y avait en lui de l'humanisme et de la sensibilité et cela je le savais.

    Peut-être que mon intervention l'avait aussi touché et il me laissa le temps pour lui expliquer que s'il ne libérait pas cet homme, cela serait peut-être contraire à la politique que la France veut donner à la population. L'officier met son képi sur la tête et m'invite à le suivre, ce que je fis aussitôt. Arrivé devant le prisonnier, il prit le temps de l'ausculter de chaque côté de son visage et de la tête, le lieutenant se retourne vers moi et me propose de demander à ce Monsieur s'il a déjà côtoyé le FLN.

    Après l'avoir questionné en chaoui, l'homme nia totalement d'avoir travaillé, ni de près, ni de loin, avec ces maquisards.

    Les questions de mon officier n'étaient pas anodines, mais elles avaient un sens pour lui. Dans son dernier regard qu'il me lança droit dans les yeux, le doigt pointait sur mon estomac comme une baïonnette, me prenant à témoin, il me dit :

    — Toi Sadouni, donc, tu connais bien cet homme ?

    Tremblant de tout mon corps, je continuais à répondre, par un oui, mon lieutenant. Par instinct, je savais que je pouvais trouver en lui de l'humanisme.

    Après avoir réfléchi un court instant, le lieutenant me fait signe de la main pour le suivre à son bureau. Une fois arrivé à l'intérieur du local, il sortit un formulaire de son tiroir, un laissez-passer, il prit soin de remplir le document mentionnant dessus le nom du prisonnier, puis il apposa son cachet de la S.A.S et le signa.

    — Tiens ! Prends ça et va détacher le prisonnier pour qu'il rentre chez lui. Me dit-il avec compassion.

    Surpris par ce geste extrêmement fort venant de sa part. Une émotion s'est aussitôt emparée de moi et j'ai ressenti une chaleur, me remonter des pieds à la tête. Je remercier fraternellement ce libérateur pour m'avoir fait confiance. J’avais aussi salué chaleureusement ce français, qui avait usé de sa personne pour rétablir le bien contre le mal. Je savais que son influence était grande dans la région, et que la libération du prisonnier était pour lui un acte d'amitié envers la population de Bouzina.

    Aussitôt dehors, je me suis procuré une tenaille dans ma caisse à outils de mécanicien. J'ai rejoint l'homme pour soulager sa souffrance en coupant avec délicatesse les fils d'acier qui serraient fortement ses poignées et lui avait tailladé la peau, laissant des plaies ensanglantées. Je lui remis le papier de la liberté.

    L'homme s'est presque jeté sur moi et m'a collé contre sa poitrine, me remerciant, avec ces mots bénits que Dieu te garde et te protège mon fils, me répéta-t-il sans cesse, tous ces mots en langue Chaoui. Plein d'émotions, de ses yeux rougis par le supplice, je vis couler quelques larmes de joie. À mon tour, je suis touché par ces moments intenses devant une telle tragédie. Moi aussi j'étais heureux pour sa délivrance, heureux surtout, d'avoir été présent ce jour-là, pour sauver cet homme des griffes de la mort. D'autres, Harkis aussi émus, sont venus le saluer pour marquer cet instant de solidarité. J'ai longtemps pensé à lui et à sa famille qui vivait dans la même souffrance que la mienne.

    Brahim Sadouni

  14. Monsieur Sadoini,

    Etant moi-même Rouennais, mais simple fils d'immigré algérien (kabyle), je vais essayer, si vous le permettez, d'apporter quelques nuances à ce que vous écrivez.

    Tout d'abord, quelque chose de très frappant, pour ne pas dire autre chose, pour des personnes dont le souhait serait le tissage et le maintien de liens avec leur terre natale ou la terre natale de leurs parents; en l'occurence l'Algérie.

    En effet, je peux vous garantir qu'il existe une sorte de "code d'honneur" entre enfants de harkis, du moins ceux de Rouen, à ce qu'ils ne se mélangent surtout pas à la populace maghrébine et spécialement algérienne considérée, elle, comme française "de papiers" comparativement aux vôtres se considérant Français " de coeur".

    Dès lors, il ne vous étonnera pas d'apprendre que pas mal d'enfants de harkis normands optent pour le vote FN par exemple.

    J'ai personnellement vécu une mésaventure des plus marquantes. J'ai été responsable d'une équipe d'une dizaine de personnes au sein d'un établissement public. Sur les dix personnes, six étaient des enfants de harkis recrutés dans le cadre du quota habituel dit "réservé".
    Savez-vous qui a fini par "avoir ma tête" ? Eh bien …de fourberie en fourberie, de coups bas en coups bas, j'avais fini par jeter l'éponge pour une raison: accéder au complexe de mes "frères" (les vôtres aussi) d'être dirigés par un Français pur jus sinon rien.
    La raison était toute simple: dès mon arrivée, l'équipe avait déjà fait son enquête; celle-ci a dû révéler que je n'étais pas enfant de Harki, mais simple fils d'immigré algérien (de la baguette).
    Que ce fils d'immigré ait fait de meilleures études que des "Français de coeur", cela devait très très mal passer.

    De même, au sein des différents Conseils Municipaux de Rouen (de gauche comme de droite), la prime à l'enfant de harki n'est un secret pour personne. C'est d'autant plus vrai sous Albertini qui fut instituteur en Algérie durant la guerre.

    Mon père dont le père (mon grand-père) fut exécuté par les Français durant la guerre a, pourtant, eu comme MEILLEUR ami et confident un harki connu de la place Rouennnaise. Comme quoi la rancune n'est pas toujours du côté où on la croit.

    Pour terminer, je dirai (comme je le fais de temps en temps quand on vient me chercher), autant les harkis me font beaucoup beaucoup de peine quand je les vois parler de l'Algérie, de leur terre natale …(d'ailleurs, ils restent assez pudiques là-dessus), autant leurs enfants, pour la plupart "des Français de coeur" me donnent parfois envie d'en découdre. Il y en a même qui se découvre des filliations hasardeuses au détour d'une coucherie par-ci et une autre par-là. Nous sommes en 2014 presque, être Français a certes sa signification, mais en faire une sorte d'étendar pour signifier la "bougnoulitude" de ses semblable me parait être d'un autre âge.

    Que les Algériens (d'origine, de résidence, de coeur, …de ce que l'on veut) puissent retrouver un smic de solidarité entre eux pourquoi pas, mais de grâce, arrêtons le double discours!

  15. Bonjour Monsieur Charles Baudelaire,

    Je viens de lire avec attention votre commentaire en réponse à ce que j'avais posté sur le journal le MATIN.DZ.
    Cependant je suis très étonné sur votre position concernant les enfants de harkis, peut-être aviez-vous eu quelques différends avec ces personnes que vous citiez, mais je ne pense pas qu'une certaine généralité soit le thème de votre commentaire.
    Si vous êtes de Rouen, donc vous connaissez parfaitement la municipalité rouennaise où j'ai eu le privilège d'avoir été élu comme conseiller municipal durant 13 années.
    C'est vous dire que je connais parfaitement la politique menée par cette ville qu'elle soit de droite ou de gauche et à ceux-là je vous confirme que je n'ai jamais remarqué une quelconque préférence parmi les personnes que vous citiez, qu'ils soient enfants de harkis ou enfants d'immigrés, je suis désolé de vous contredire sur ce sujet. Je vis à Rouen depuis 1972 contrairement à vous moi, je n'ai jamais revu mon pays depuis 19 64, et pour cause, le consulat d'Algérie m'a toujours refusé le visa pour aller revoir ma famille. Mon père décédé en 1985, je n'ai pas pu me rendre à son enterrement, pourtant il avait servi toute la révolution algérienne comme moudjahid. Mon frère Abdelhamid que j'avais laissé à l'âge de 11 ans, décédé à 61 ans, il y a tout juste un an, je me suis vu également refuser le droit d'aller le voir même pour son enterrement.
    Aussi j'ai des frères et sœurs plus jeunes que moi et que je n'ai jamais vu de ma vie. Donc cela fait bientôt 50 années que je n'ai pas pu revoir ni mon pays ni ma famille. Seulement, je vous demande en tant qu'être humain de me dire, quel pays au monde peut-il faire autant faire souffrir quelqu'un sans l'avoir jugé, et qui n'a jamais fait de mal à personne bien au contraire, je fus victime à la fois des systèmes politiques et idéologiques.
    À l'époque, la France voulait gonfler ses troupes en Algérie, avait trouvé en nous une proie facile, l'armée française enrôle à tour de bras des jeunes adolescents pour aller servir comme chair à canon. Âgé, à l'époque de 17 ans, encore mineur, je me suis retrouvé malgré moi dans les harkis et à l'indépendance je n'avais que 19 ans, je fus ensuite abandonné à la souffrance d'une injustice la plus terrible qu'elle soit et cela jusqu'à ce jour. Mais tout de même, je vous remercie pour avoir pris la peine d'écrire ce que vous avez à dire sur votre situation.
    Pour votre information, je vous apporte un petit correctif sur Monsieur Albertini, vous écrivez qu'il avait été instituteur en Algérie. Hélas, Monsieur Albertini est né en novembre 1944 et avait quitté l'Algérie très jeune, car il suivait de hautes études en France, il n'est jamais retourné depuis en Algérie et il n'a jamais été instituteur là bas. Aujourd'hui, malheureusement, mon père doit se retourner dans sa tombe, voir que nous ses propres enfants subissent toujours la Hogra !
    Je veux profiter de cette opportunité pour remercier vivement le journal le MATIN. DZ, pour m'avoir permis de m'exprimer dans ces colonnes.

  16. A moins d'être convaincue de crimes contre l'humanité et auquel cas elle devra être impérativement présentée à une justice qui lui garantisse ses droits à un procès équitable, toute personne qui à l'issue d'un conflit armé et pour sa participation dans un camp ou dans l'autre de ce même conflit se voit contrainte de déposer les Armes puis de prendre femme et enfants pour s'en aller à la recherche d'une terre plus clémente qui la mettrait avec sa famille à l'abri de représailles, devient une personne VULNERABLE et à ce titre, mérite aide et compassion!
    Art 273 – Préambule du statut général des réfugiés- Convention de Genève sur les Réfugiés.
    ===========================================
    Mon avis: Interdire l'accès du territoire Algérien aux Harkis est un crime contre l'humanité!

  17. Le déracinement,
    Je me réveillais très tôt en ce mois de février 1963, un froid glacial s’était emparé de notre région des Aurès.
    Ce jour-là, j’avais rendez-vous avec Salah, qui m’attendait sur la place où stationner tous les véhicules de transport reliant Aris à Batna. Désormais, ma vie ici n’est plus qu’un cauchemar,
    je ne pouvais plus vivre comme avant dans mon propre pays.
    Les bouleversements de la guerre ont accentué ce genre de circonstances et que mon destin allait changer d’horizon. Je descendis de ma décherra, situé sur le haut plateau pour la dernière fois dans un froid vif, crucifiant nos visages. J’étais à l’heure pour sept heures tapantes. Mon nouvel ami était là sur la place, où se garait déjà un bon nombre de camions et de voitures, faisant ronronner à tout-va les moteurs de leurs véhicules. Ils étaient tous devant ce grand arbre majestueux, le plus grand du village Arris. Un vieux noyer, plusieurs fois centenaire.
    Témoin à la fois de notre histoire, mais aussi d’une partie de tous ces bouleversements endémiques. Après nos salutations fraternelles, Salah ancien harki, la quarantaine environ. Il m’avait promis du travail avec son fils comme mécanicien dans la grande ville de Batna (capital des Aurès) où il possédait un garage racheté pour une bouchée de pain à un pied-noir, après un exode précipité. Mon aîné me remet d’abord en main propre mon laissez-passer pour pouvoir circuler librement entre Arris et Batna, désormais depuis l’indépendance, tous harkis ne pouvaient plus voyager sans ce sésame, un laissez-passer, c’était la nouvelle directive administrative du nouveau pouvoir fraîchement installé.
    Après une bonne demi-heure d’attente toujours dans ce froid pénible, nous avions fini par négocier le prix de notre trajet, cela faisait partie de la règle du business malgré tout. Comme convenu, nous sommes montés à l'arrière d’un camion rejoignant ainsi d’autres personnes ayant déjà pris place pour un voyage de 60 km sur les routes cahoteuses. Moi et Salah nous avions réussi malgré tout à nous caler dans un coin de la benne du camion pour mieux supporter le froid et les secousses provoquées par des nids de poules. Seul moyen pour payer le moins cher possible.
    Le véhicule démarra vers huit heures environ, avec une dizaine de personnes à son bord. Je connaissais la route pour l’avoir déjà fait plusieurs fois pendant la guerre, mais cette fois-ci ce long voyage était le dernier, un aller sans retour. J’avais senti que la vie m’avait tourné le dos à l’âge de mes 20 ans. Soulagé et mélancolique à la fois, partir pour moi était la seule solution, je ne pouvais plus continuer à vivre ainsi, trop de mépris, trop d’injustice, cela devenaient un vrai calvaire, je n’avais plus rien où m’accrocher. La vie foutait le camp, le monde devenait trop cruel, plus d’espoir, j’avais remis mon destin à Dieu.
    Le camion roulait lentement dans un bruit de moteur assourdissant, accompagnant ma tristesse, je laissais derrière moi mon village où j’avais grandi, les yeux peinés et le cœur lourd, je ressentais ce profond déchirement. Tandis que la route commençait à défiler doucement devant moi, je réfléchissais à ce qui pouvait m'attendre dans ce Nouveau Monde, devenu inconnu.
    Je quittais ces montagnes belles et grandioses qui m'ont vu naître et qui semblaient maintenant me rejeter injustement, même, le soleil commençait à se lever timidement, timide à cause de l’hiver, sa lumière chancelante et blafarde recouvrait doucement les cimes des montagnes de la vallée d’Arris. J’avais la sensation de le voir lui aussi pour la dernière fois, je croyais que lui pouvait tout voir de là-haut.
    Guidé par une immense vague de nostalgie, je quittais pour toujours mon beau paysage austère celui de mes ancêtres que mes yeux n’ont jamais perdu ni de sa beauté, ni de son décor. Mais les secousses du véhicule me refont aussitôt rappeler mes déplacements antérieurs de Bouzina à Arris, une période sombre d’une salle guerre.
    De temps à autre, je fixais longuement Salah, lui aimait parler avec les autres voyageurs, contrairement à moi, son gai visage semblait bien plus relax que le mien. Je savais qu’il avait beaucoup d’amis parmi les gens du FLN avec lesquels il avait coopéré en tant que harki. Un homme de grande taille, un doux sourire, embellit par toutes ses dents blanches, arborant sa longue gandoura à la manière des chaouis. Salah parlait fort avec un vieux monsieur, la face hâlée et couverte d’une barbe grise.
    À mi-parcours, un barrage de la nouvelle armée algérienne nous ordonna de nous arrêter. Environ une dizaine de soldats, très bien armés, contrôlant la circulation. Devant notre camion, l’un d’eux sortit du groupe le fusil à la main, et demanda au chauffeur de s'arrêter.
    Aussitôt, il nous fait signe de descendre pour procéder à la fouille du véhicule et effectuer un contrôle. Par un geste rapide de la main, il nous invita à aller vers un petit parking caillouteux où nous devions nous asseoir. « Contrôles d'identité, simple formalité », nous avait-il dit avec autorité. Tout prêt de là, à une vingtaine de mètres plus loin, je voyais un homme se tenant à genoux, gémissant de tout son corps, les mains attachées derrière le dos, la peau de son visage lacérée par des traces de coups, les joues ensanglantaient, un long filet de bave et de sang descendait de sa bouche béante. Juste à ses côtés, quatre petits enfants, effrayés, traumatisés, pleurants comme des nouveau-nés, se blottissant de tout leur mini-corps autour de leur mère, comme de petits chatons.
    Ils avaient l’air tétanisé par la peur, leurs petites joues humidifiées par des larmes, le plus jeune des gamins s'agrippant avec ses petites mains à la gandoura de sa mère. L’un des djoundis, continuait à agité sa mitraillette, harcelant la femme par un flot d’injures.
    — N'as-tu pas honte ? D'avoir épousé un traître, ce chien ? Vendre votre culture et votre religion ne vous dérange pas le moins du monde. Hier, ton mari était fier de nous mépriser, aujourd'hui il nous implore à genoux.
    — Vous cherchiez à vous enfuir à Telaghema pour rejoindre la France et prendre la nationalité française et devenir des mécréants.
    — Non, il n'y a pas de pitié pour les salauds ! Criant avec toute sa rage.
    Voyant cela, le dégoût m’avait gagné, je sentais une sève pleine de colère qui me remonter dans tout le corps, j’avais envie de hurler de tout mon corps devant ces brutes, qui s’acharnaient comme des fous sur un homme à genoux, leur dire que trop de sang avait coulé dans ce pays, seule la justice pouvait reconstruire une société plus humaine, je voulais criais pour que cesse la haine pour toujours. Sans détourner mon regard, je continuais à observer l'aîné des bambins.
    Le garçonnet avait une douzaine d’années, il me lança un regard accusateur, pour me prendre à témoin. Il se tenait droit devant sa mère comme pour la protéger de son petit corps, serrant très fort ses poings, mais il ne pouvait retenir en même temps ses larmes qui ruisselaient abondamment sur ses joues. Il semblait chercher à comprendre les raisons pour lesquelles son père subissait toutes ces humiliations. Quel crime avait-il commis ?
    Je comprenais et compatissais à son malheur, une boule me serra subitement la gorge, j’ai senti tout à coup le liquide chaud remplir doucement mes yeux malgré un froid d’hiver. Moi aussi, j’avais eu douze ans avant l'attaque de ce car reliant Arris à Biskra, et cela avait contribué au bouleversement de tout mon univers. Son père est frappé devant lui et tout geste de secours lui était interdit. J’aurais tant aimé lui dire qu’à son âge, que j’ai vécu des scènes aussi dramatiques de cette mauvaise guerre. Mon père nous avait quittés pour aller travailler en France, lui qui était mon protecteur m’avait légué ce rôle du fils ainé, celui de chef de famille, une tradition millénaire chez les chaouis. Avec mes frères et ma mère, nous avions vécu seuls, nous luttions contre toute la misère du monde, face à une peur qui nous hantait chaque jour.
    Le djoundi, venait de me rappeler tout à coup à la réalité, et me demanda mon laissez-passer. Me fixant droit dans les yeux avec un regard dur, qui imposait la soumission :
    — toi aussi tu es un traître, me lança-t-il froidement : j’espère que toi non plus tu ne vas pas t’enfuir.
    Étrangement, je revoyais en lui, le même comportement d'un soldat français qui s’était adressé à moi, un jour de la fouille de notre maison. Lui aussi avait un regard insupportable. Il était plein de haine. Je n'ai pas voulu lui répondre, car il savait ce que je pensais vraiment de son attitude.
    Certains humains ressemblent étrangement à des animaux. Dans ce monde, il y a le prédateur et la proie. Le prédateur saisit sa proie et la violente jusqu’à ce que mort s’ensuive.
    J'ai vu d'autres scènes similaires, durant cette longue guerre où certains hommes aiment faire souffrir leurs semblables. Le plaisir qu'ils éprouvaient s’est figé complètement dans leur sang et leurs gènes.
    Malheureusement, pour cet homme mis à genoux, la guerre n'est pas encore finie, il devra payer pour les autres. Pour tous ceux qui sont venus d'ailleurs et l'ont enrôlé et faire la besogne à leur place. Et puis, ils sont repartis sans aucune conscience, l’abandonnant pour qu'il soit humilié devant ses enfants. Comment ces hommes civilisés pouvaient-ils faire de telles choses avec autant de lâcheté ? Le djoundi avait fini le contrôle, et il me laisse enfin repartir.
    Je respirais ma semi-liberté, il ne s'intéressait donc plus à moi.
    Je remontais dans le camion avec mes compagnons de route, reprenant ma place, laissant derrière moi cette famille dans leur désarroi total, hélas ! Je ne pouvais rien faire pour eux. Moi aussi, j’avais mal, mal de voir un tel spectacle. La femme continuant de supplier, les enfants hurlant sans rien comprendre. Cette horrible scène restera encore longtemps dans ma mémoire d’adolescent, je venais de ressentir une colère mélangée à de la haine qui montait en moi. Mais que puis-je faire ?
    Malheureusement, rien ! Et rien ne peut aider ces pauvres malheureux. La seule chose que je pouvais faire, adressais mes prières à Dieu des musulmans, des chrétiens et des juifs et que s’il m’entende alors qu'il vient en aide à cette famille. Pourtant, dans ma tête, il n'y avait pas si longtemps que des serments ont été faits par tous ces hommes de bonne foi au nom de Dieu le clément et son prophète Mahomet dans les mosquées de toute l’Algérie ainsi que sur des places publiques, pour un pardon mutuel entre tous les musulmans.
    Mes parents m’avaient toujours éduqué dans un islam de tolérance et de clémence. Pour moi, ces paroles divines semblent aujourd’hui bafouées par ces comportements individuels. Que sont devenues toutes ces garanties que certains Hommes dont la grandeur semblait incontournable nous assuraient que personne, ne serait ni inquiété ni arrêté ni même jugé pour son passé ?
    Mais tout cela n’était que mensonges, il y avait aussi la visite de Ben-Bella venu à Arris, jetant de l’huile sur le feu, avec son discours de haine et d’intolérance, j’étais là devant lui lorsqu’il haranguait la population appelant à la vengeance.
    Demain, les hommes et les femmes écriront sur la guerre d'Algérie en galvaudant peut-être l’histoire, ceux-là, manqueront de courage pour dire toute la vérité. Je pense à toutes ces âmes qui ont peur de l’enfer des hommes. Le devoir de mémoire doit se faire avec la plus grande sérénité et servir de repère pour une justice plus équitable. Sans cela ses acteurs ne seront plus que des potiches au service des pouvoirs gangrené par le profit. La vraie histoire se fait avec ses témoins et ses humbles, eux seuls peuvent écrire et décrire la réalité sans la falsifier.
    Quant à ceux qui ont vu de leurs propres yeux, ils ne pourront jamais oublier.
    Pourquoi la France m’avait-elle expédié au casse-pipe, au lieu de m'envoyer à l'école ? Mes petits camarades français eux avaient plus de chance que moi.
    Pendant qu’ils se faisaient choyer dans les universités pour devenir des cadres, des ingénieurs, voire de hautes personnalités. Oui, tous mes petits camarades français qui avaient mon âge se rendaient dans ces grandes écoles. Tandis que moi, j’allais faire du baroud contre mes propres frères pour qu'ils deviennent plus tard mes ennemis de demain.
    C'est cela qu'il faudra retenir et écrire et c'est cela qu’il faudra dire, sinon, pourquoi avoir fait couler autant de sang de tous ces innocents. Salah me tapote sur la cuisse pour me tirer de mes songes. Je reviens aussitôt à moi, j’aperçois dans son regard que lui aussi avait capté ces images qui semblent l’avoir affecté.
    Notre camion redémarre lentement avançant sur une route sinueuse et étroite, elle est en mauvais état, la guerre est passée par là et a laissé ses stigmates. Des pentes vertigineuses, des accidents sont courants, une fausse manœuvre et tout le monde se retrouvent au fond du ravin.

  18. Récit très boulversant !
    Je reviens sur mon précédent commentaire pour dire que mon propos visait surtout celles et ceux des enfants de harkis né(e)s certainement longtemps après vous; notamment celles et ceux né(e)s ici en France.

    Votre histoire à vous est une autre "affaire". En guise de consolation, sachez, cher monsieur, que les VRAIS "traîtres" ne sont pas forcément ceux à qui l'on pense presque machinalement.

    Les VARIS traîtres sont aux commandes d'une ALgérie agenouillée (pour reprendre l'image que vous avez utilisée). Les VRAIS traîtres s'en sont pris à des symboles de ce qui est communément appelé "Révolution algérienne". Ces VRAIS traîtres ont d'abord liquidé ABBANE Ramdane avant de s'en prendre à d'autres comme Khider, Krim, Boudiaf … Les VRAIS traîtres ont laissé croupir et moisir les corps de SI L'Houess et de Amirouche dans les sous-sols de la direction générale de la gendarmerie algérienne à Alger.

    Qu'un sentiment d'injustice vous mine, cela est tout à fait normal et humain. Les VRAIS traîtres de l'Algérie détournent des fonds pendant que la population meurt de faim. Les VRAIS traîtres ont fait des deux régions ayant payé le plus lourd tribu lors de la guerre ( les Aurès et la Kabylie), ils en ont fait des zones délaissées et "évitées" par le progrès. Il suffit de les comparer à l'Oranais (allant jusqu'à Tlémcène).

    Une fois ceci-dit, je ne peux m'empêcher de revenir vers nos "frères et soeurs" fils et filles de harkis né(e)s après la guerre. Au risque de passer pour un têtu, je persiste à penser qu'il y a beaucoup de progrès à attendre de leur part, notamment sur ce sentiment d'appartenance et d'ouverture vers les autres.

  19. Qu'en est-il de la phobie algérienne de la prétendue omniprésence des harkis dans les rouages de l'Etat ?

    Il s'agit là d'un très vieux fantasme qui ne repose sur aucune réalité. Aucune des personnes qui colportent cette rumeur n'a jamais donné le moindre nom ni la moindre preuve. Dans mon livre, j'ai esquissé la généalogie de cette phobie du harki comme l'" ennemi intérieur ". Elle est apparue dès le début de l'Algérie algérienne, dans la bouche de Ben Bella en 1964, qui accusa les maquis insurrectionnels de Kabylie (dirigés par deux héros de la Révolution, Hocine Aït Ahmed et le colonel Mohand Oulhadj) d'être composés de harkis rémunérés par la France.
    Puis il y a eu l'accusation du président Liamine Zeroual qui, dans une interview à El Watan en novembre 1995, a déclaré à propos des terroristes islamistes : " La plupart des criminels et des mercenaires sont des harkis ou des fils de harkis, soutenus et financés par des puissances étrangères et qui ont choisi la destruction de leur pays. " Jamais aucune preuve n'a été apportée pour asseoir une telle assertion, mais beaucoup de gens continuent à croire à ces affabulations.
    Finalement, si l'accusation de " harki " est tellement utilisée en Algérie, c'est qu'elle permet, par ricochet, de se valoriser soi-même. Si je traite l'autre de " harki ", ça veut dire que moi, je suis un " vrai Algérien ", que j'aime mon pays, etc. Un peu comme les " marsiens " qui, en 1962, se construisaient à bas prix une figure de héros.

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