« En elle-même, toute idée est neutre ou devrait l’être, hélas on passe fréquemment de la logique à l’épilepsie » (1)
L’erreur des premiers harkis est d’avoir refusé d’abandonner la nationalité française has-been. Il fallait la jeter pour mieux l’endosser bien relookée après l’Indépendance. On ne badine pas avec le bulldozer temps bien qu’avec le recul tout s’est estompé sauf l’interdit du retour à la Maison ; E.T. était un extraterrestre avant d’être un harki. La politique française a fait ministre une fille de harki obligeant le pouvoir FLN à lui dérouler le tapis rouge au lieu de l’expulser. De la poutre plein nos yeux : le copinage associatif est toujours de mise au sommet de l’Everest. Dans Les « Plats de Saison », Revel évoque un certain André Rossfelder dont le livre « Le Onzième Commandement » a été boycotté par tous les médias français. Cet ex-Algérien dérangeant ne manque pourtant pas d’intérêt : un ancien résistant et géologue ayant inspiré les premiers forages au sud algérien avant de finir dans les bras de l’OAS. Rossefelder dénonce la complicité de De Gaule qui dès 1960 s’allia au FLN contre les pieds-noirs. Revel apprend que « la police française allait jusqu’à désigner certains Français aux coups des assassins des fellaghas. Et en 1962, les pseudos accords d’Évian ont livré les Français à la vindicte du FLN sans poser la moindre condition quant à leur sécurité et à la sauvegarde de leurs biens…De Gaule, malgré sa réputation injustifiée d’habilité, n’a finalement réglé leur problème que de la façon la plus désastreuse la plus haineuse et la plus odieuse » Un demi-siècle plus tard on peut écrire qu’elle a été bien plus désastreuse plus haineuse et plus odieuse pour les indigènes au point où ils ont fini par trahir en se partageant le rêve contraire : Français en France.
Grosso-modo, un harki c’est quelqu’un qui trahit une cause sacrée méritant la mort par la main du petit juge ou du Grand Juge. Aujourd’hui qui ose ouvrir la bouche sans être traité de harki, le virus H.A.R.K.I est dans son élément dans nos gènes. Quelle que soit la cause, nous sommes tous des harkis, elle est de facto sacrée foi d’Algérien. Plus on descend l’échelle plus l’ennemi du harki c’est le harki. Et c’est là où se niche notre sulfureuse exception. L’ensemble damné regroupe une infinité de sous-ensembles. À tout seigneur tout honneur, on a en première classe le Pouvoir, ces harkisclasse rien que pour rire, pour Halloween, qui se mirent dans le miroir de la marâtre de Blanche Neige en révolutionnaires. Un simple conte. Un président, un général un ministre…ne peut être qu’un bon harki. Qui s’y frotte s’y pique, mais qui caresse happe le miel. C’est simple, l’Algérie c’est le président, le général, le ministre…des personnalités qui peuvent attraper le « harkisme » par fatalité par complot extérieur, mais qui restent néanmoins intouchables.
L’Algérie est notre Mère à tous donc ils sont nos Pères en plein régime patriarcal. Camus affirme que le ver est dans le cœur, là où les mauvaises langues le voient plutôt au cerveau le seul endroit du corps où la greffe demeure impossible. Quant aux orteils, là où aboie la race canine ; enragée ou baveuse, elle ne sait qu’aboyer. Ces derniers ont bien leur utilité. C’est quoi un dictateur sans serfs ? Les physiciens affirment qu’il n’existe pas de matière sans antimatière et d’étoiles sans trous noirs. C’est vrai, quel intérêt représenterait le Paradis si la menace de l’Enfer n’existait pas. Si nous n’irons pas tous au Paradis, les harkisclasse en connaissent le goût sur Terre tandis que les surmulots celui de l’Enfer et nos cheikhs nous rassurent : ça s’inverse dans l’au-delà. Entre le gratte-ciel et le caniveau, il y a les plus « intéressants », les «ni-ni» ; généralement intello, catégorie remuante et médiatique. Des ni-ni qui font l’Histoire ailleurs, mais en Algérie ils s’éliminent mutuellement pour défaire l’Histoire au grand bonheur des harkisclasse, les harkis rien que pour rire. Pour eux l’ennemi de mon ennemi est mon pire ennemi. Notre opposition « réfléchie » se fait hara-kiri sans la noblesse nippone. Ses membres s’accusent mutuellement de vendus à la France et à l’Europe ; à l’Amérique et Israël ; à l’Arabie Saoudite et au Qatar. Comme si ces trois familles de dinosaures planétaires n’ont trouvé à acheter que les lézards déracinés de la planète. Le marché a ses lois : on achète que l’utile avec profit. Et où se trouve l’utile et le profit du bled sinon chez les harkisclasses qui détiennent les clés de la grotte d’Ali Baba ? En plus ces dinosaures sont siamois à plusieurs. Le Qatar investit en masse pour sauver les caisses françaises et la classe dirigeante; la France, chef de file de l’Europe sauvée des griffes d’Hitler par l’Amérique qui veille jalousement, malgré le 11 septembre, sur ses deux « inventions »: Israël et l’Arabie Saoudite… C’est loin et c’est vide l’Algérie où il n’y a que de l’or noir imbibé d’« ismes » vieillots euphoriques lapidaires : capitalisme socialisme communisme trotskisme islamisme terrorisme nationalisme régionalisme despotisme sionisme impérialisme colonialisme etc. etc. L’idéologie sait effacer le crime tout en le justifiant.
En 1979, Taraki le président communiste arrivé au pouvoir à Kaboul à la suite d’un coup d’Etat proclamait : «Seulement un million d’Afghans doivent rester en vie. Nous n’avons pas besoin de groupes islamistes nous n’avons pas besoin de marchands nous n’avons pas besoin de capitalistes, nous n’avons besoin que d’un million de communistes. Les autres, nous n’en avons pas besoin, alors nous allons nous en débarrasser.» (2) Chaque nuit des centaines d’Afghans furent fusillés et c’est un proche, Amin, qui stoppa le génocide en tuant le parent psychopathe avant d’appeler à l’aide l’URSS qui s’empressa de le liquider à son tour. Les talibans sortent de leur flou diabolique et peut être qu’un jour, on pourra savoir pourquoi un Tahar Djaout devait mourir, ce drôle de harki avec sa « petite et grande famille » qui a cristallisé aussi bien la haine des islamistes du Parti et d’autres opposants démocrates. Son assassin n’a lu aucun de ses livres en supposant qu’il maitrisait la langue de Molière et n’a pas réussi à réhabiliter pour autant le FIS. Les centaines de milliers de «harkis» égorgés par les terroristes sont morts pour rien, ils n’étaient pas la vraie menace puisque rien n’a changé, tout a empiré. Djaout vivant aurait aujourd’hui plus critiqué le FLN que le FIS ; on ne tire pas sur une ambulance écrivait Françoise Giroud. Taraki est mort avant de tuer les 16 millions d’Afghans non communistes. En Afghanistan et en Algérie, de la famille, il ne subsiste ni la petite ni la grande. Si nous sommes tous des vendus alors pourquoi continuer à jouer les guignols tristes et les gigolos blasés. Il est temps de se demander si l’Algérie dont on clame l’amour haut et fort à chaque inspiration-expiration a été tuée non par le Pouvoir encore moins par la Populace, mais bien par cette haine incestueuse de son « élite » ? L’Histoire retiendra que les Algériens ont bouffé leur rente sans travailler qu’ils ont déclenché une effroyable guerre civile que grâce à l’armée et à la Concorde civile ils se sont assagis repentis et que leurs politiciens ont heureusement construit des autoroutes en faisant appel aux fourmis chinoises. Les barrages maintenus, on ne sait jamais ; notre équilibre mental n’est pas assuré. Et pourtant ceux qui avaient des armes c’est l’armée les terroristes les policiers les agents spéciaux et c’est surtout les civils désarmés qui ont été attaqués massacrés en toute impunité. Quelle était belle et glorieuse notre guerre civile ! Aux rares familles de disparus qui ont refusé l’indemnisation pécuniaire, le ministre concerné leur a reproché leur trahison à la Nation, leur complicité avec l’ennemi extérieur. En Tunisie, Merzouki clamait dans son livre sur les dictateurs son admiration pour une mère qui avait refusé cette même compensation pour «enterrer» son fils victime de la révolution du jasmin. À chacun son angle de vision. Mais l’Histoire officielle n’aime pas les «traîtres». Elle n’aime que les grands bâtisseurs et comme Ramsès II, notre président aura sa Grande Mosquée qui ne sera pas dévalisée comme la pyramide du premier par des esclaves affamés conscients du risque. Trahir son estomac ou son pharaon mène au kif-kif c’est-à-dire à la mort. N’importe quel citoyen algérien lambda peut s’en apercevoir en voyageant normalement : attention un traitre, nationalité dangereuse ! Comment le danger peut venir de quelqu’un qui a fui le danger. Notre mal est à ce point incurable que ceux qui sont censés être nos avocats accourent pour soutenir le Système Compresseur quitte à se cannibaliser du mauvais côté. Il faut attendre une relève saine, épargnée par le virus H.A.R.K.I et se souvenir que nos trahisons jalonnent notre Histoire.
À défaut d’être des envahisseurs, nous avons laissé l’envahisseur nous contaminer pour le plaisir de contempler la souffrance du frère. Nous descendons pourtant d’une peuplade paisible d’une Kahina qui avait répliqué naïvement aux adeptes de la charia : « …si je devais couper la main à tous les voleurs de poules comment pourrais-je constituer une armée pour combattre l’ennemi ? » Le philosophe dit que l’humanité dont on se méfie est celle qu’on reconnait au fond de soi-même. Un parent aimant soucieux de l’avenir de son enfant est dans l’obligation pour le sauver de le critiquer. Dénoncer la « barbarie » de ce proche c’est la meilleure façon de bousiller l’enfant. Et malheureusement c’est souvent le but de la vierge effarouchée de l’ »après-moi, la fin du monde ». Les Américains ont été les premiers à faire des films sur la guerre du Vietnam un téléfilm sur le scandale du Watergate… même ruiné et maboul, le pays de l’Oncle Sam restera plus attrayant que la frileuse et fortunée Chine. Dans le livre Europe, la Trahison des Elites (3) on peut lire dès l’introduction : « L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait ; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas ; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on construit, c’est une Europe en trompe- l’œil. » L’Algérie n’est pas en train de construire le Maghreb qui jouit pourtant d’une unicité « héréditaire » à faire pâlir de jalousie l’UE désargentée avec son parlement où résonne plus d’une douzaine de langues et sans doute plus d’un millier d’interprètes. L’Algérie ne dit rien ne fait rien ne prend même pas la peine de tromper l’œil qui n’existe d’ailleurs que sous la burka intégrale au milieu d’aveugles manchots. Ne pas voir et ne pas palper ce qui déjà est bien dissimulé. Mais dans le noir, on est tous noirs sauf celui qui a éteint la lumière. Bienvenue à la Mecque des énergumènes qui ne peuvent végéter que dans la traitrise pour s’éliminer et rassurer leur maître.
Mimi Massiva
(1) Cioran
(2) Le Petit Livre publie en 1988 par Alexandre Bennigsen, Michael Barry, Curtis Cate et d’autres sur l’Afghanistan (Revel les Plats de Saison)
(3) Raoul Marc Jennar, docteur en science politique et chercheur sur les dossiers de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) (Europe, la trahison des élites Fayard 2004)
