Invité au Forum du journal Liberté ce lundi 2 décembre, Idir déclare que « toute idée d’autonomie ou d’indépendance passe par un débat. On ne peut pas imposer quelque chose d’en haut. »
Voilà des déclarations mûres et réfléchies! Oui, les implications sous-jacentes à l’autonomie de la Kabylie sont si complexes qu’un débat large s’impose! Il faudrait peut-être que nos amis autonomistes sachent démarquer leur approche de celles du pouvoir et des islamistes, lesquels ont pour devise commune « qui n’est pas avec moi est contre moi ». Il faut impérativement sortir du schéma que l’on a imposé au peuple depuis 1962, à savoir ceux d’en haut décident et ceux d’en bas suivent, de gré ou de force. D’ailleurs, dans l’une de ses nombreuses déclarations, Ferhat M’henni n’avait pas hésité à justifier son approche unilatérale en se réfugiant derrière le fait accompli que les dirigeants algériens imposent aussi. Ils l’ont fait, pourquoi pas nous, semble proclamer Dda Ferhat !?
Ce n’est pas très moderne comme approche. Si l’on écarte les discours intégristes qui n’ont d’autre argument que le fameux « qalla Allah, Kalla Rassoul » pour justifier tout et son contraire, je pense qu’il est possible de sensibiliser le citoyen sur l’urgence de solutions nouvelles, à même d’instaurer un climat de dialogue serein et empêcher toute intrusion à but « cafouilleux » pour noyer de tels débat, s’ils venaient à s’instaurer. Les cafouillages ont deux origines : les suppôts du pouvoir, lesquels ont de tout temps joué la carte de la discorde et du «diviser pour régner», et les islamistes, dont l’oreille est tourmentée par toute idée d’harmonie politique en dehors du cadre Coranique!
Toutes les sociétés du monde évoluent, mais l’évolution impose un délestage rapide de tout concept rétrograde. C’est pour cela qu’en ce qui concerne l’autonome régionale, il appartient aux citoyens d’en débattre, mais les débats se doivent absolument d’écarter les deux dictatures qui étouffent le pays : A savoir l’absolutisme du pouvoir et l’autocratisme des islamistes. Ne serait-ce que parce-qu’ils sont à l’origine, et eux seuls responsables, de centaines de milliers de morts parmi les populations civiles. On n’invite pas des assassins à la table du dialogue ! Et, de toute façon, les islamiste et les militaro-FLi-N-tox ne dialoguent pas, ils veulent avoir raison tout le temps! A cet égard, il serait triste que les autonomistes convaincus partent de ce même principe aussi.
J’avoue qu’en ce qui me concerne, je ne suis pas encore convaincu de la viabilité de quelque idée séparatiste (et si oser dire cela m’expose à « onques » inimitiés, c’est que c’est déjà mal parti!), mais peut-être qu’une autonomie régionale permettrait une meilleure prise en charge du citoyen et une sorte d’assainissement locale des esprits, laquelle conduirait à terme à de meilleures interactions entre nos tribus M’zab, Kabyle, Chaoui, Arabe etc. ? Le mot tribu n’est pas à prendre dans son sens péjoratif, car dans ma petite tête, ce terme revêt une signification de tendresse et d’intimité subtiles. Oui nous sommes encore des tribus! Et alors? Le tout est de faire en sorte que nous sortions de ce tribalisme sans d’autres dégâts que ceux du passé et du présent (avec ce qui se passe en ce moment en terre M’zab notamment).
En dehors de la chose politique, Idir brûle d’envie de se produire en Algérie, ça se voit ca se sent, mais il espère un événement remarquable pour le convaincre de la portée d’un tel projet.
Je pense que seule l’officialisation de tamazight, suivie d’une charte du vivre-ensemble basée sur des préceptes universels qui font de la femme l’égale de l’homme et qui exclue la religion du domaine politique mériterait un concert géant, à même de prendre l’allure d’événement rassembleur gigantesque, et dont ce nouvel album annoncé « qui comprendra des chansons exprimées dans différents dialectes berbères » nous dit-il, jouera le rôle de catalyseur pour une ère nouvelle, faite de tolérance, de respect et d’amour entre toutes les tribus d’Algérie. Tribus, encore une fois, au sens noble du terme, bien évidemment.
La question qui me tourmente quant à ces schémas quasi-utopiques est: n’est-il pas déjà trop tard pour espérer voir s’instaurer des débats sereins et modernes entre les uns et les autres? D’autant que le pouvoir continue de camper sur les mêmes attitudes intraitables que celles des 50 années de putschs successifs et que les islamistes sont toujours aux aguets.
Kacem Madani
