Le Matin d'Algérie

Candidats unissez-vous : c’est la médiocrité notre nouveau colonisateur

L’élection présidentielle approche et voilà que plusieurs candidatures sont annoncées, mais tous les prétendants à cette fonction avancent en ordres dispersés. Chacun en cheminant à l’aveuglette, prétend apporter la prospérité maintenant et durablement à notre pays. Quelle ironie, pour celui qui sait jouer à la musique, la bonne musique.

Dans un de mes articles intitulé «la fin du management dinosaurien, perspective et enjeux», il a été mentionné et en voici un extrait : «Etant chercheur et expert dans l’amélioration des capacités compétitives des organisations, d’une part et porteur d’un autre paradigme, d’autres part, je me permets, d’affirmer – les faits le prouvent au quotidien –que les dirigeants actuels n’ont pas les capacités compétitives, c’est-à-dire, les compétences requises pour diriger les organisations sociales (les institutions étatiques, les entreprises publiques, les partis politiques, etc.) afin d’assurer la prospérité des gens, qu’ils dirigent et du peuple, maintenant et durablement. La problématique qui se pose à notre pays relève du changement de paradigme. Il ne s’agit pas de prôner le changement sans en avoir au préalable déterminé vers quel changement et comment faire passer le changement. Ce qui est le plus préoccupant est la forte probabilité de récupération, et de prédation sous couvert de toute sorte d’association, de ce souffle de changement par des gens qui sont imprégnés des mêmes vieux paradigmes néfastes, quelque soit la couleur politique qu’ils affichent, surtout ceux qui sont dans le système, c’est-à-dire ceux qui participent à cette mascarade démocratique, en tant que gouvernants ou en tant qu’opposants.» Eh bien, les dernières nouvelles relatives aux différentes candidatures à la plus haute fonction institutionnelle confirment mes dires.

En effet, nous avons eu une guerre de libération pour nous libérer du colonisateur, et cela a été fait aux prix de lourds sacrifices. Mais l’élément essentiel qui a joué dans la libération de notre pays était le consensus, qui est aussi un sacrifice, entre les diverses franges politiques d’alors et ces gens là n’était pas des schtroumfs, je laisse cela aux historiens. C’est le consensus de travailler ensemble des diverses parties prenante vers cet idéal de liberté qui a fait en sorte de nous libérer de la colonisation. Si on est arrivé là aujourd’hui, c’est que les principes relatifs à ce consensus n’ont pas été respectés, car, ce qui a prédominé c’est l’intérêt personnel et le conflit de leadership. Ainsi, le colonisateur est parti, mais au fil du temps, il a été remplacé par la médiocrité. Oui, notre nouvel colonisateur s’appelle médiocrité.

Tous les candidats veulent le changement et parlent de changement. Quand on parle de changement, il faut comprendre un changement de paradigme. Passer de la culture de la médiocrité à la culture de l’excellence constitue un changement de paradigme. C’est ce qu’on appelle le retour au point zéro. Lorsqu’un paradigme change tous retournent au point zéro. Le nouveau paradigme fera repartir les gens à zéro. Les succès du passé ne garantissent rien du tout. Si on n’est pas vigilant, les réussites du passé peuvent bloquer votre vision du futur. C’est pourquoi, il faut vous ouvrir l’esprit aux nouvelles idées et explorer d’autres nouvelles façons de faire. Car, ce n’est que la largesse d’esprit qui vous permettra de garder une porte ouverte sur le futur.

Les vielles mentalité affectent les prises de décision et le jugement de façon dramatique en influençant vos perceptions. Si vous voulez prendre de bonnes décisions pour le futur ou anticiper le futur avec succès, vous devez être capables de reconnaître vos paradigmes actuels et être prêts à regarder au-delà de ses paradigmes. Lorsque l’on est fermé à toute nouvelle idée, on fait face alors à une maladie appelée la paralysie paradigmatique. C’est une maladie mortelle causée par la certitude, elle est très contagieuse – un management dinosaurien ne peut enfanter que des dinosaures – et enfoncera encore notre pays dans l’ère néo païenne (aahd el djahiliya). Donc, ceux qui croient qu’on ne peut pas faire une chose devraient céder la place à ceux qui sont entrains de la faire. Ceux qui créent de nouveaux paradigmes sont en général des étrangers au système relatif au vieux paradigme. Ils ne font pas partie d’un groupe ayant un paradigme bien enraciné. Ils sont parfois jeunes, parfois vieux, l’âge n’a absolument rien à voir. Mais, une chose est sûre, ils n’ont rien investit dans le vieux paradigme et ils n’ont strictement rien à perdre en créant le nouveau paradigme. Les nouveaux paradigmes sont à l’extérieur du centre, ils sont à la périphérie, car la plupart du temps les nouvelles règles se forment à l’extérieur du système. Les praticiens du vieux paradigme qui choisissent de changer à un nouveau paradigme au premier stade de son développement sont des pionniers du paradigme, ils doivent avoir bien du courage. Une décision de ce genre ne peut se prendre que dans la conviction. Les traits marquants d’un vrai pionnier d’un paradigme sont d’un grand courage et une confiance en son jugement.

Tous les candidats pensent menez une guerre de libération contre la médiocrité seul ? Quels mauvais élèves ! Vous pensez libérer le pays de cette médiocrité en une ou deux mandatures ? Vous vous trompez. Reconstruire le capital humain et le capital social demande beaucoup, beaucoup plus de temps que vous ne pouvez imaginer. Reconstruire et repenser la dimension humaine d’une organisation n’est pas la même chose que de changer un moteur à une vielle voiture, elle restera toujours une vielle voiture. Ce qui est troublant, on vient me chanter des noms de gens dépassés par le temps, sans remettre en cause leurs bonnes volontés ni leurs compétences passées, mais ils sont tous imprégnés de vieux paradigmes qui on conduit notre pays à cette état de fait. Faire appel à eux c’est comme si on fait appel à Lalmas de venir jouer dans l’équipe nationale de football d’aujourd’hui pour une compétition mondiale. Cela est-il rationnel de votre point de vue? Lalmas peut être, éventuellement, utile de par son expérience et son talent passé, mais en aucun cas pour jouer. Dans le monde de la compétitivité mondiale, on ne dirige pas, on joue.

Dans cette guerre de libération contre la médiocrité le miracle sera que tous ces candidats jeunes ou moins jeunes, l’âge n’a pas d’importance, s’unissent à travers un consensus duquel découlera une carte de route sur les 25 ans à venir. Oui, il faut vingt cinq ans (toute une génération) pour changer la normalité d’un système. Ainsi, la compétition sera saine et les prédateurs comme les dinosaures finiront par disparaître par eux mêmes. 

La différence entre ce qui semble être impossible et possible est dans la mesure de la volonté de l’homme.

Ammar Hadj-Messaoud, Ing.; M.Sc.A

PDG/Expert Principal

SCIQUOM CONSEIL

Ammar Hadj-Messaoud est Ingénieur et maître en sciences appliquées. Il dirige les opérations de Sciquom Conseil, firme spécialisée dans l’amélioration des capacités compétitives des entreprises et des institutions. Il dispose d’une longue et riche expérience en gestion des opérations. Il a occupé les plus hauts postes de gestion au sein de plusieurs entreprises multinationales au Canada. Ses principales responsabilités consistent à diriger les orientations et les stratégies en gestion des opérations et à fournir le soutien pour l’application des politiques et directives de gestion des différentes fonctions opérationnelles. Il est consultant auprès de plusieurs entreprises dans l’implantation de processus d’amélioration continue.

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