Le Matin d'Algérie

Le calice, la lie et les hâbleurs

La machine à gagner du pouvoir est en marche, nous explique-t-on depuis quelques jours. S’entend la machine à manipuler, à brouiller les pistes de 2014.

Les petits arrangements en haut lieu et les grandes manœuvres sont de saison donc. Le FLN s’est mis au roulement de tambours qui lui est cher. L’objectif ? Faire réélire Abdelaziz Bouteflika. Doit-on donc assister à une campagne in abstentia du candidat ? Possible puisque le clan au pouvoir n’est plus à une avanie près. Il est cependant vrai que le président n’a pour le moment rien dit. On le sait hardi à l’art de la dissimulation. Malade, en convalescence depuis sa rentrée de son séjour hospitalier à Paris, il réserve soigneusement ses sorties. Autant dire très rares. Et souvent c’est un homme au teint hâve, au geste lent et au regard presque éteint que la télé unique nous sert. Avec en prime, un son inaudible. Qu’importe ! Toute une faune de courtisans s’emploie déjà à préparer de le réélire. Déjà, contre toute raison, le premier ministre lui prête une posture de sauveur. N’a-t-il pas déclaré que si les institutions du pays sont stables c’est grâce à Bouteflika ? Pourquoi ? Comment ? Mystère, il n’y a que Sellal et les hâbleurs qui le relaient qui sont dans le secret.

Pourtant, – pardi ! – le bilan de 14 ans de règne est bien maigre. Economiquement parlant d’abord. Plusieurs étages de l’économie nationale sont outrageusement soutenus par la rente pétrolière. Tout le pays repose sur la seule Sonatrach et ses puits de pétrole. Qu’importe pour les thuriféraires, le bilan, les affaires de corruption, la paralysie politique et économique, pourvu que le statu quo continue. Qu’ils gardent leur poste et leurs privilèges. Le peuple, les menaces de récession, les libertés bridées, la jeunesse privée d’avenir, tout ça est bien anecdotique pour eux. Pour eux, le calice se boit jusqu’à la lie. Après, hein bien, demain n’existe pas. C’est aujourd’hui.

La vie politique sous le règne de Bouteflika ? Que dire que les Algériens ignorent ? Hormis les partis croupion du pouvoir, aucune formation politique n’est libre de ses activités. Le parlement est une bien creuse caisse de résonnance. Aucun député ou groupe parlementaire n’a été capable de poser le scalpel sur les affaires qui ont éclaboussé le pays. Le débat politique est tchernobilisé. Stérilisé. Vidé de sa vitalité, si tant est qu’un jour il l’a eue. Toutes les voix discordante sont réduits au silence.

Ebranlé par les révoltes tunisienne et libyenne, le président avait promis l’ouverture, on a eu la fermeture, la répression des mouvements de protestation, l’interdiction d’un journal, des menaces sur les autres.

A quelques heures de Novembre, ce mois de la résurrection nationale, on a commis l’irréparable au Sila. La manipulation est allée trop loin pour la laisser sous silence. Au moment où le premier ministre parle du soutien aux éditeurs pour l’exportation des livres, un éditeur est poussé à renoncer à ce salon du livre.

Koukou éditions que dirige un homme à la probité intellectuelle reconnue vient de subir les frais d’une manipulation de bas étage (*). Il a décidé de boycotter l’événement pour ne pas renoncer à sa ligne de conduite. C’est le prix qu’il consent à payer pour demeurer libre. Et digne.

Yacine K.

Lire plus bas le communiqué de l’éditeur : KOUKOU éditions boycotte le SILA 2013

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