Egypte, Maroc, Cameroun, Cote-d’Ivoire, Mauritanie, Sénégal, Burkina Faso : la carte des émeute de la faim s’étend comme une tache de sang sur un corps mutilé. Les dernières prévisions de l’Union Européenne selon lesquelles l’Afrique risque d’être la région la plus touchée par le «choc alimentaire» mondial qui se profile sont en train de se réaliser.
Pour endiguer les menaces d’explosion sociale, nombre de gouvernements prennent des mesures désordonnées, jugées très insuffisantes.
Afrique, Asie, Amérique latine… La flambée des prix des denrées agricoles de base provoque des tensions sociales de plus en plus fortes, qui couvent un peu partout comme dans une gigantesque Cocotte-Minute. Le commissaire européen au Développement, Louis Michel, s’est montré franchement alarmiste. «Un choc alimentaire mondial se profile, moins visible que le choc pétrolier, mais avec l’effet potentiel d’un vrai tsunami économique et humanitaire en Afrique», a-t-il averti, à l’issue d’une rencontre avec le président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping.
En Afrique, la grogne sociale se diffuse rapidement. Les émeutes contre le coût de la vie ont fait 40 morts au Cameroun en février et généré de violents incidents en Côte d’Ivoire, en Mauritanie et au Sénégal. Au Burkina Faso, plusieurs syndicats ont lancé hier une grève générale de deux jours.
Dans un rapport publié lundi, la Banque des règlements internationaux (BRI) tirait aussi la sonnette d’alarme : « Le poids de la nourriture dans les dépenses des ménages est élevé en Afrique. Cela veut dire que la hausse des prix mondiaux peut avoir un impact majeur sur les revenus réels. »
Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques, est aussi touché de plein fouet. Des milliers de personnes ont manifesté à Port-au-Prince. En Asie, l’envol du prix du riz exaspère de plus en plus les populations, contraignant les gouvernements, paniqués par les risques de déstabilisation, à réagir dans l’urgence. Au Bangladesh, grand importateur de riz, où les familles les plus pauvres consacrent 70 % de leurs revenus à la nourriture, l’explosion des prix constitue une vraie menace pour la survie du gouvernement intérimaire.
Pour endiguer les menaces d’explosion sociale, l’armée philippine distribue du riz dans les quartiers pauvres de Manille. Le gouvernement indonésien, obsédé par l’élection présidentielle de l’an prochain, promet lui aussi de distribuer du riz et subventionne désormais l’huile de cuisson. Mais ces mesures désordonnées et de court terme paraissent très insuffisantes à de nombreux experts.
En outre, les grands pays producteurs réduisent leurs exportations pour protéger leur marché intérieur, poussant davantage encore les prix mondiaux à la hausse. La suspension annoncée des exportations de riz de l’Inde (troisième exportateur mondial), elle-même confrontée à une forte inflation, a généré une nouvelle poussée de fièvre. De la Chine à l’Union européenne en passant par les Philippines, il n’y a qu’un seul mot d’ordre désormais : stimuler la production agricole.
L.M.
