Le Matin d'Algérie

L’anarchie en fanfare !

Enfin sur le podium, pas celui d’une compétition sportive internationale, l’Algérie figure désormais, en pole position mondiale des accidents mortels de la route. Le seul démenti à cette info serait de corriger le tir et dire que notre pays ne fait malheureusement pas partie de ce monde civilisé, qui soit dit en passant, enregistre lui aussi des accidents mais de moindre gravités corporelles.

La circulation automobile dans notre pays n’obéit à aucune loi, aucun code de la route et encore moins à aucune éducation. On a beau tracer des lignes jaunes, placarder des panneaux de stop et de sens interdit, installer des feux rouges et lancer des campagnes de sensibilisation. Rien n’y fait !

La conduite automobile se fait au pif et avec l’âme d’un dégourdi pour pouvoir se frayer un chemin, quitte pour cela, à griller les interdictions, à escalader des trottoirs, à doubler à droite et enfin se faire cascadeur aux commandes, non d’une voiture mais d’un puissant char d’assaut pour effectuer un dépassement dangereux, mettant la vie des autres occupants de voiture, venant en sens inverse en danger. « C’est la loi de la jungle !!! La jungle dites-vous ? Cette dernière a ses lois, et les animaux ne s’entre-dévorent pas aussi facilement. »

Cette anarchie est encore exacerbée par l’état de nos routes, notre parc automobile assez vétuste, des voitures, des bus et des camions de plus de 20 ans, souvent rapiécés avec du fil de fer, sans feux, et ne répondant même pas aux plus élémentaires des conditions de sécurité passent, sans accroc le contrôle technique. Lequel est devenu une formalité monnayable semble-t-il. Faire le trajet sur la R.N 1, entre les deux check-points de la gendarmerie (El Hamdania-Chiffa) par exemple est synonyme d’aventures, d’explosion de colères, de complexes et autres rancœurs mal contenues se soldant souvent par des drames irréparables. Ce no-man’s land est le théâtre de bien d’accident mortels pour cause d’absence de l’Etat. Il est vrai, des campagnes de retrait de permis de conduire sont de temps en temps lancées par nos gendarmes et nos policiers pour dissuader les chauffards, mais au final, c’est le fiasco… La complaisance, le laisser-aller, et parfois la corruption de la commission de recours ne sont pas pour aider le citoyen à le mettre à l’abri de ces cascadeurs, et finissent par décourager les forces de l’ordre.

Dans cette optique, la mise sur pied d’un tribunal spécialisé dans les contraventions de la circulation routière, et la criminalisation de certains comportements de la conduite automobile décourageront plus d’un d’avoir affaire à la justice, et payer pour les conséquences induites de leurs actes. C’est au juge de prononcer la durée de retrait de permis de conduire.

La dernière sortie du gouvernement quant à l’instauration de permis à point est vouée à l’échec tant que le permis de conduire n’est pas numérisé, permettant à la voiture de patrouille de vérifier sur le champs et à travers le pays, «le casier judiciaire routier», du contrevenant, de procéder et de faire ce que de droit.

Pour raisons de « paix sociale » l’on continuera, encore un temps, de subir et de broyer du noir, en voyant nos rues, nos ruelles et nos routes bloquées, se laissant envahir par cette anarchie en fanfare, de cortèges nuptiaux, des voitures conduites par des enfants gâtés et crachant le feu pour vous forcer à improviser des prouesses pour les éviter. 

L’hécatombe routière est bien là pour nous rappeler les devoirs de l’Etat quant aux certificats de conformité et de sécurité des voitures importées et du péril en la demeure, trêve de palabres, il est grand temps de sévir, de toucher au porte-monnaie de l’Algérien, seule alternative pour pouvoir l’éduquer. 

Beaucoup reste à faire, que cela soit de la part des automobilistes ou bien des autorités chargées de la sécurité routière.

Brahim Ferhat

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