Le Matin d'Algérie

L’erreur stratégique des shebabs

L’attaque sanglante d’un centre commercial de Nairobi par les shebabs somaliens est une importante erreur stratégique. L’occident est maintenant un peu mieux placé pour défendre l’Afrique et à court terme le Mali qui est une des prochaines cibles des terroristes.

En faisant cette attaque meurtrière du centre commercial Westgate de Nairobi au Kenya le 21 septembre, les insurgés islamistes somaliens ont fait beaucoup plus que de massacrer 70 personnes. Ils ont montré au monde qu’ils sont un problème important qu’il faut régler rapidement. L’élection en septembre 2012 d’un président somalien modéré, Hassan Cheikh Mohamoud, prend tout d’un coup une nouvelle signification.

Ces shebabs sont la faction extrémiste de l’Union des tribunaux islamiques qui ont été au pouvoir en Somalie avant d’en être chassé par des soldats éthiopiens et la Force de l’Union africaine en décembre 2006. L’Amisom les connaît bien pour les avoir chassés de Mogadiscio en août 2011, aidés par les troupes somaliennes. Ces terroristes se sont attaqués à un tribunal, au principal complexe de l’ONU et ont même essayé d’assassiner le président somalien. S’ils restent la menace principale à la survie du nouveau gouvernement, ils ne sont pas de vrais soldats, mais de jeunes désœuvrés rejetés par leurs sociétés respectives. Les shebabs tentent actuellement de montrer aux vrais terroristes qu’ils méritent leur attention. Ils voudraient bien être financés par Al Qaida, le ISI du Pakistan et en sous-main par le Qatar. Cette attaque d’un centre commercial international n’est pas en représailles contre le Kenya pour qu’il retire ses troupes de Kismaayo, mais une manière de montrer comment la région peut être déstabilisée. Elle est le résultat d’un trop grand laxisme face à la menace terroriste. Les centaines de milliers de Somaliens qui vivent au Kenya ont permis au service secret d’Ahmed Abdi Godane d’infiltrer facilement le pays. Malheureusement pour les shebabs, ils sont aussi une bonne manière de les débusquer. 

En faisant ce coup d’éclat, Ahmed Abdi Godane a montré que c’est sa faction djihadiste qui a gagné. Il n’y a plus beaucoup de nationalistes somaliens qui vont être prêts à donner leur vie pour lui. Ahmed Abdi Godane s’est aussi fait beaucoup d’ennemis avec la violente purge menée contre plusieurs commandants qui contestaient son autorité. Parlez-en à Moktar Robow, du Sud-Bakool ! En fait, les Chabab ont perdu des centaines d’hommes dans de récents combats et ne sont plus qu’une fraction des 5000 qu’ils étaient il y a quelques mois. La Somalie n’est pas non plus l’un des pires pays de la planète. Le succès de l’opération militaire française au Mali montre que le continent africain peut résister efficacement à des actions pour diffuser la terreur. Les couloirs empruntés en toute liberté par les véhicules des Chabab entre Somaliland et Puntland jusqu’à la côte nord, pour aller y chercher des armes, peuvent très bien être patrouillés par des drones armés. Parce que les shebabs voulaient frapper la prospérité kényane, le printemps somalien pourrait finalement arriver en 2014.

Michel Gourd

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