Après une coupure estivale de deux mois, le club de la presse de berbère télévision est de retour.
Pour cette émission de rentrée, le rendez-vous hebdomadaire de la chaîne berbère des «deux rives» s’est saisi de «la question» qui retient tous les regards, celle des possibles frappe «punitives» à l’endroit de la Syrie après l’usage, le 21 août passé, de gaz meurtriers dans la banlieue de Damas.
Fidèle à la traditionnelle liberté de ton qui est désormais sa marque de fabrique, le panel médiatique de Berbère-télévision a tenté d’apporter des éclairages intéressants sur les motivations profondes des protagonistes de cette veillée d’armes et soulevé des interrogations sur la réalité du système des relations internationales. «Système anachronique et qui ne promet d’évoluer qu’en pire».
Au-delà des pronostics sur les «frappes» envisagées par les USA and Co, c’est d’abord la double question de la légitimité en droit de la démarche punitive impériale et du «blocage» du système onusien qui a surgi des échanges. Le régime de Béchar Al Assad n’a trouvé aucune grâce aux yeux des débatteurs. Même si pour Ali Nait Djoudi (chroniqueur et journaliste dans la presse arabophone), «la Syrie, a la peau bien plus coriace que la fragile Libye, et la règle est de ne jamais vendre la peau de la bête avant de l’avoir tué », de son côté Mokrane Gacem (ancien journaliste du quotidien Le Matin) voit que « les peurs des minorités sont l’élément essentiel qui expliquent le semblant de maintien du régime de Bachar Al Assad ». Les enjeux énergétiques ont constitué le fil d’Ariane de l’analyse développée par Arezki Mammart (ancien journaliste de la radio nationale). Entre les gisements gaziers escomptés dans la méditerranée orientale, les velléités d’ouverture de voies de commercialisation directe du gaz qatari vers l’Europe, l’influence russe pour assurer sa position dominante dans l’approvisionnement gazier de l’Europe, et la tentation de réduire l’importance géostratégique du détroit d’Ormuz en rapport avec le dossier du nucléaire Iranien, la clef n’est pas sans intérêt.
Le régime de Bachar al Assad a-t-il encore une légitimité ? Non, répond Mohand Bakir, «depuis qu’Al Assad a objectivement convergé avec l’internationale islamiste pour pousser à la militarisation de la confrontation en Syrie, le régime ne peut plus prétendre qu’au statut de belligérant dans cette horreur qui remonte bien plus loin que le 21 août 2013», le chroniquer de berbère TV et collaborateur dans des titre de la presse nationale, essaie d’aller dans une lecture géostratégique plus globale. «C’est l’endiguement de la Russie qui est encore au cœur des plans US. La peur des Américains reste de voir l’Europe et la Russie parvenir à construire une forte coopération super-continentale ».
Kamal Tarwiht, l’animateur vedette de la chaine met sur la table les arguments qui sont sur toutes les ondes : «droits de l’homme», la condamnation des «horreurs de la guerre», les «souffrances des populations», le respect «du droit international». Ses invités sont unanimes à balayer ces «arguments médiatiques». Ali Temouche, même s’il souligne la pertinence de ces préoccupations, rejoint l’avis de ses confrères sur le plateau : «Les décisions ne sont pas corrélées à ces motivations généreuses. Les vrais arbitrages vont se faire dans les coulisses sur des préoccupations bien plus triviales, sur des intérêts bien plus palpables et plus tangibles».
Le débat mené sur un ton convivial et ouvert parfois même avec des échanges incisifs, indifféremment en kabyle ou en français, taille à l’émission une belle place dans le paysage médiatique –franco – algérien en pleine mutation. C’est un rendez-vous hebdomadaire qui mérite d’être suivi …
Ahmed Ath Oumeziane
