Le Matin d'Algérie

Coup d’Etat !

Depuis la déclaration de la maladie du Président de la République, l’Algérie glisse insensiblement vers un état de chaos et de désordre.

Par Soufiane Djilali (*)

C’est par touches successives que le pouvoir met en place des mécanismes de pérennisation du système et du clan en profitant de la passivité irresponsable de la classe politique et de la population mise à l’écart de ses propres affaires.

L’épisode de l’humiliation du Conseil d’Etat a sonné le glas définitif du moindre formalisme. Quant à lui, le premier ministre vient d’annoncer la fin du peu d’Etat de droit qui régissait encore la société.

Depuis plusieurs mois, le Premier ministre est entré en campagne avec l’argent du contribuable. D’une wilaya à une autre, d’un partenaire social à une clientèle patentée, le premier ministre s’est arrogé le droit de dépenser l’argent de la nation, sans compter, sans retenue. Quelques dizaines de milliards par-ci, quelques centaines d’autres par-là, M. Sellal se veut aussi généreux qu’il est désormais en situation de hors la loi.

En l’absence d’une loi de finances complémentaire, et considérant le peu de prérogative que la constitution lui attribue, comment peut-il justifier cette prodigalité et sa légalité ? M. Sellal vient de nous expliquer que le Conseil des Ministres était actuellement inutile, et que les dispositions de la LFC 2013 seront inscrites dans la LF 2014. Cela signifie donc que les dépenses réalisées en 2013 seront couvertes a posteriori par une loi prévue pour 2014.

Nous sommes face à un cas unique au monde : la LF devient désormais rétroactive et n’est plus faite pour budgétiser des dépenses à venir mais juste pour donner une couverture juridique à des dépenses déjà engagées. 

Le Président de la République étant à l’évidence incapable de tenir ne serait-ce qu’un simulacre de conseil ministériel, il s’avère que la conduite des affaires publiques, se fait donc outrageusement dans l’opacité et l’illégalité. La réalité, la triste réalité, est que le blocage institutionnel est devenu patent. La maladie du Président pèse de tout son poids sur le pays.

Monsieur Bouteflika ayant concentré l’ensemble des pouvoirs, ceux-ci sont désormais annihilés par son lourd handicap. Un homme responsable, un Chef d’Etat pensant au bien de son pays et de son peuple, aurait vite fait de déclarer son incapacité en démissionnant humblement et en libérant le pays.

Malheureusement, le clan de la prédation, nourri et entretenu depuis plusieurs années, ne l’entend pas ainsi.

Manipulant jusqu’au bout l’addiction au pouvoir du Président, son entourage et son clan ont entamé la mise à sac du semblant d’Etat de droit, menant ainsi le pays vers d’autres gravissimes dérapages. Il est clair, aujourd’hui qu’un coup d’Etat rampant est mis à l’oeuvre.

En maîtrisant en totalité une assemblée préfabriquée et béni oui-oui, en instrumentant les partis du pouvoir et de la pseudo-opposition, en ayant fait main basse sur l’ensemble des institutions par le népotisme et le clientélisme, le système Bouteflikien s’est engagé dans une opération de pérennisation en faisant fi de la volonté populaire et des intérêts de la nation.

A l’évidence, aujourd’hui la nation est en péril. Un insensé 4ème mandat, une prolongation de mandat par un autre viol constitutionnel ou par la création du chaos dans le pays… pour le clan, peu importe la manière, pourvu qu’ils restent les maîtres.

L’Algérie est face à elle-même. Elle doit relever la tête, refuser l’iniquité et se remettre en marche.

 Ses enfants, ceux qui portent encore en eux le sens de l’honneur, n’assisteront pas impuissants à la fin d’un rêve qu’auront porté avant eux les Benmhidi, Benboulaïd, Abane et tant d’autres (paix à leur âme). Ô hommes de la génération de Novembre, vous les vivants, les anciens compagnons, les braves, allons-nous enfin honorer dignement l’héritage des martyrs de l’Algérie !

Nous ne les laisserons pas faire !

Président de Jil Jadid

Alger, le 02 Septembre 2013

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