Le Matin d'Algérie

Un président vu par un médecin en grève

D’abord une moustache autoritaire, qui blanchit comme un discours en papier exposé au soleil, et des sourcils toujours froncés, tel un panneau de signalisation qui indique où se trouve le commissariat central.

La bouche affaissée sur les côtés, celle d’un enfant asocial qui n’aime pas communiquer, et le regard clair, bien qu’insondable pour le commun des mortels. Ensuite, il a des poches, sous les yeux comme toutes les personnes qui ne dorment pas bien, mais aussi de vraies poches à la profondeur infinie. Dans l’une d’elle, 23 milliards de dollars, la rallonge budgétaire qu’il vient de donner au pays pour financer les hausses de salaires et acheter un peu de paix sociale au marché de gros. Dans les autres poches, plusieurs cartes, à jouer, à masquer ou à exhiber comme le font les prestigiditateurs, ou à faire valoir de menace ou de coup de poker de dernière minute. Dans la poche intérieure, un derrick de pétrole, une bouteille de gaz et un carnet d’adresse régional.

Il a deux bras, l’un d’eux, celui où est marqué « agiter avant l’emploi », sert à saluer la foule pour lui faire croire qu’il l’aime. L’autre bras est plus utile, il sert à activer les réseaux, à tabasser les étudiants, chômeurs ou médecins, à nommer dénommer et à se faire obéir, comme par Khalida Toumi qui vient de mettre fin à une polémique en autorisant finalement le livre de Benchicou. Vu en coupe, un président a aussi un cœur, qu’il utilise peu pour ne pas le fatiguer, et un estomac, dont l’intérieur est codé dans un document secret du Val-De-Grâce. Et un cerveau, dont aucun électroencéphalogremme n’a réussi à identifier les intentions. Que veut-il pour son pays ? On ne le saura pas, la médecine est malade, rendant impossible tout diagnostic. Les résidents sont en grève et le scanner de l’hôpital central est toujours en panne. La faute à Ould Abbès, qui a oublié les pièces de rechange dans son garage.

Chawki Amari/El Watan

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