Le Matin d'Algérie

Le pouvoir perd le contrôle de la société, s’affole et se sert les coudes

Rabia S. (Lematindz). Le régime algérien n’y peut rien : une grande grève nationale aura lieu les 13, 14 et 15 avril prochains et personne ne lui a demandé son avis. Le pouvoir réalise qu’il n’a plus d’influence sur le monde du travail. Alors que son syndicat fantoche, l’UGTA, est complètement discrédité et se noie dans des querelles pathétiques, les syndicats autonomes s’unifient, renforcent leur position auprès des travailleurs algériens et se permettent même de défier le pouvoir : l’intersyndicale autonome de la Fonction publique qui appelle à la grève de trois jours, entend riposter à la sourde oreille du gouvernement qui refuse toujours de donner une suite favorable à la plateforme de revendications déposée le 2 février dernier auprès des services du chef du gouvernement.

Mais l’intersyndicale autonome de la Fonction publique va plus loin : elle interpelle le gouvernement pour la reconnaissance et le respect des libertés syndicales et l’ouverture de négociations sincères et sérieuses autour des revendications des travailleurs de la Fonction publique. Mieux : l’intersyndicale se déclare mobilisée et «se réserve le droit de recourir à des actions d’envergure si le mutisme des pouvoirs publics persiste». Pour les syndicats libres, il s’agit de «peser et non faire dans l’exhibitionnisme», œuvrer à «l’unité d’action d’actions dans la clarté» et agir pour «une décantation salutaire du champ syndical» hors de toutes manipulations et visées déstabilisatrices des pouvoirs publics.

Le pouvoir s’affole

Devant ce défi, le pouvoir s’affole et se sert les coudes. « Plus question de se chamailler entre nous alors que le régime est menacé et qu’il perd le contrôle de la société » semble dire Ahmed Ouyahia. L’ennemi commun désormais, ce sont les syndicats autonomes. Le patron du RND s’est chargé de descendre en flammes les syndicats autonomes qu’il assimilera — sans donner l’impression de forcer sur les mots — à des « preneurs d’otages ». « C’est tout le peuple algérien qui est pris en otage », assène-t-il dans son speech d’ouverture. Il invitera « fraternellement » les « planificateurs » et les « commanditaires » de ces « grèves répétitives » à revenir à la raison et à faire montre d’« esprit de responsabilité ».

Puis Ouyahia prend la défense du gouvernement Belkhadem. Présidant ce week-end les travaux de la commission de préparation du congrès, Ahmed Ouyahia a surpris tout son monde en jetant des fleurs à son allié Belkhadem, à qui il a exprimé sa satisfaction quant à l’application du programme du président de la République. «Le RND exprime sa satisfaction par rapport à l’état d’avancement des projets lancés, malgré les difficultés que traverse le pays.» Il citera sur sa lancée l’exemple du programme quinquennal (2005-2009) dont l’aspect le plus complexe, a-t-il dit, reste celui de la réalisation du million de logements.

Serrons-nous les coudes !

Et dire que le divorce avec la société ne fait que commencer

Rabia S.

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