Le Matin d'Algérie

Algériens : qu'est l'honneur devenu ?

L’Algérien est un être délirant. Il est fier. Très fier. Même s’il creuse lorsqu’il est à terre, au lieu de remonter, comme le disait si bien Fellag dans un de ses sketchs, il rendra toujours grâce à Dieu. Il dira « tout va bien », une expression bien de chez nous.

Ainsi, lorsque je crapahutais, à l’occasion de mes reportages, à travers le pays, je débarquais, quelquefois dans des cahutes où s’entassaient des ribambelles d’enfants miséreux. Je commençais toujours, alors, par jeter un coup d’œil au garde-manger des familles qui végétaient là. Bien entendu, il n’y avait jamais dans ces baraques offertes à tous les aléas climatiques, d’appareils électroménagers. Pas de frigo, donc. Il n’était pas rare que je remarque sur une étagère, une tomate flétrie, la moitié d’un oignon, une once de semoule et… des épluchures de pommes de terre appelées à devenir des frites ! Un ordinaire à faire frissonner un biafrais !

Questionnés sur leurs conditions de vie, les parents dont le seul revenu était, souvent, le filet social (une sorte de RSA) – environ 3000 DA -, répondaient avec un aplomb désarmant: « El hamdou lilah ». Les Algériens, ces descendants des Amazighs, les Hommes libres, ont capitulé depuis longtemps. Qu’est devenue cette fierté qui a mû leurs ancêtres et qui leur a permis de résister, pendant des millénaires, aux différents envahisseurs, qui ont tenté de les soumettre ? Qu’est devenu ce sens de l’honneur, cette propension à s’indigner et à se révolter que l’Algérien a manifestée tout au long de son histoire ? Qu’est devenu ce refus de l’avilissement, du joug, qui a, un jour, amené des jeunes, à peine sortis de l’adolescence, à déclencher une guerre victorieuse contre le colonisateur français ?

Où a été se noyer ce sens aigu de la solidarité, cette fraternité qui a cimenté, pendant de longs siècles, le peuple, la nation ?

L’exil est propice au questionnement. L’immigration est un champ d’observation qui ne ment pas. Même si nous vivons dans un pays qui n’admet pas le communautarisme, les communautés existent bel et bien. Les Chinois, les Pakistanais, les Sri-Lankais, les Maliens, les Turcs, les Iraniens, tous les groupes humains qui ont convergé vers la France, ces trente dernières années, ont reconstitué des bouts de leurs pays respectifs, ici. Fidèles à leurs traditions et us, ils entretiennent et multiplient les actes d’entre-aide et de solidarité. Ils se tendent les mains et avancent comme un seul Homme vers la prospérité. Ils ne laissent jamais un des leurs sur le carreau.

Les Algériens dont les premières vagues d’immigrants sont arrivées au tout début du siècle dernier, voire même à la fin du 19ème restent cloués sur la ligne de départ de la longue piste qui mène vers la réussite. Trop individualistes, trop sectaires lorsqu’ils se regroupent par villages, trop voraces, trop jaloux, trop médisants, trop violents…

Lorsqu’un des leurs chutent, ils le piétinent au lieu de le relever. Ceci est une réalité que l’on dit rarement très haut. Ce n’est pas un lieu commun. Pas du tout un cliché.

Pire, les Algériens établis en France ne s’intéressent même pas à leur destin. Combien d’aventuriers ont tenté de fonder, ici, des journaux communautaires avant de se casser les dents face à la réticence des leurs à s’informer sur le tumulte algérien. Ils préfèrent réserver leur pauvre pécule à Heineken, la Française des jeux ou le Pmu. « Acheter un journal algérien ? Tous des menteurs… » La messe est dite !

Les autres communautés ont toutes des journaux, une multitude d’organes. Et ils sont achetés et lus ! Par curiosité, soif d’information et solidarité avec les exilés qui les éditent.

A l’Homme l’Algérien préfère l’euro dont il ne sait , d’ailleurs, quoi faire, puisqu’au lieu d’investir, il thésaurise. Il dort dessus. Déprimant !

« El hamdou lilah »…

Meziane Ourad

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