Bruisse dans ma mémoire le fracas des glaives
celui de la troupe des patriciens
croisés contre la résistance des anciens,
fuit la pureté de mes rêves
quand prit fin l’errance de la raison
les sages prirent femmes pendant la trêve
et emmêla à jamais notre sang,
jaillirent dès lors ! les merveilles des cités antiques reproduites à l’identique
et se mêlèrent rigoureusement à la pierre de nos contrées pudiques
se dressa joyeuse la Soumaa du Khroub dans leur sillage
témoin de l’Aglid, père d’une Nation avide
qui s’en est allée à la rencontre du monde
les bras tendus, le cœur large et les yeux grands ouverts
aux horizons infinis de l’Univers,
nos Aglids en seraient fiers
Vilain est le temps des hommes du ciel !
qui prirent d’assaut nos contrées vieillies
avec Jihad et science nouvelle,
Dieu et les étoiles furent portés à nos sens
pour meubler nos imaginaires atrophiés par la nonchalance
par leurs épées tranchantes et leurs lois arrogantes,
haïs et combattus, longtemps subis, puis apprivoisés dans nos foyers tels des amis
apprivoisées, puis appropriées,
leur science devint notre vertu et leur Dieu notre alibi
que nous portions aux confins de l’Univers
sur les traces éléennes et d’ailleurs,
nous n’étions plus déjà les mêmes,
nos Aglids en seraient doublement fiers
Nous n’étions déjà plus nous-mêmes
lorsque le grand Nous se propagea par les Lumières
porté par les canons avec leur bruit qui vociférèrent
de leurs stridents vacarmes de malheurs
empoignant notre quiétude
ankylosée par l’oubli des vicissitudes
dans une solitude réclusionnaire,
de ce vacarme sanguinaire, naîtra pourtant la symphonie des couleurs
promettant notre bonheur quand les canons seraient tus,
hélas ! la trêve brisa nos rêves
et notre voyage vers l’infini sera à jamais anéanti
par ces hommes en kaki sortis de nulle part
et mille et une voix en écho vantent leur gloire
notre mémoire à vil prix vendue
et nos horizons rétrécis
par leur bigotisme vieilli
et les voix en écho nostalgiques clamant l’autarcie,
l’errance de la raison par nos rêves anéantis
Nos Aglids en seraient-ils fiers de nos alibis
Youcef Benzatat
