Le Matin d'Algérie

Nos Aglids en seraient-ils fiers ?

Bruisse dans ma mémoire le fracas des glaives

celui de la troupe des patriciens 

croisés contre la résistance des anciens, 

fuit la pureté de mes rêves 

quand prit fin l’errance de la raison

les sages prirent femmes pendant la trêve

et emmêla à jamais notre sang,

jaillirent dès lors ! les merveilles des cités antiques reproduites à l’identique

et se mêlèrent rigoureusement à la pierre de nos contrées pudiques

se dressa joyeuse la Soumaa du Khroub dans leur sillage

témoin de l’Aglid, père d’une Nation avide

qui s’en est allée à la rencontre du monde

les bras tendus, le cœur large et les yeux grands ouverts 

aux horizons infinis de l’Univers,

nos Aglids en seraient fiers

Vilain est le temps des hommes du ciel !

qui prirent d’assaut nos contrées vieillies

avec Jihad et science nouvelle,

Dieu et les étoiles furent portés à nos sens 

pour meubler nos imaginaires atrophiés par la nonchalance

par leurs épées tranchantes et leurs lois arrogantes,

haïs et combattus, longtemps subis, puis apprivoisés dans nos foyers  tels des amis

apprivoisées, puis appropriées, 

leur science devint notre vertu et leur Dieu notre alibi

que nous portions aux confins de l’Univers

sur les traces éléennes et d’ailleurs,

nous n’étions plus déjà les mêmes,

nos Aglids en seraient doublement fiers

Nous n’étions déjà plus nous-mêmes

lorsque le grand Nous se propagea par les Lumières

porté par les canons avec leur bruit qui vociférèrent

de leurs stridents vacarmes de malheurs

empoignant notre quiétude

ankylosée par l’oubli des vicissitudes 

dans une solitude réclusionnaire,

de ce vacarme sanguinaire, naîtra pourtant la symphonie des couleurs

promettant notre bonheur quand les canons seraient tus, 

hélas ! la trêve brisa nos rêves

et notre voyage vers l’infini sera à jamais anéanti

par ces hommes en kaki sortis de nulle part 

et mille et une voix en écho vantent leur gloire

notre mémoire à vil prix vendue

et nos horizons rétrécis

par leur bigotisme vieilli

et les voix en écho nostalgiques clamant l’autarcie,

l’errance de la raison par nos rêves anéantis

Nos Aglids en seraient-ils fiers de nos alibis

Youcef Benzatat

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