Le Matin d'Algérie

Le cancer algérien, ses métastases et ceux qui lui résistent

Pour survivre, le cancer du système de pouvoir algérien s’est appuyé sur des métastases, qu’il a développées au cours de sa cristallisation, pour l’émiettement de l’espace politique et des forces qui lui résistent.

Pour survivre, le cancer du système de pouvoir algérien s’est appuyé sur des métastases, qu’il a développées au cours de sa cristallisation, pour l’émiettement de l’espace politique et des forces qui lui résistent.

Le cancer algérien

Le cancer algérien se présente sous forme d’un système de pouvoir, qui a confisqué l’indépendance nationale par la force des armes, avant même sa proclamation officielle. Ses effets se mesurent par une immobilisation totale du corps de la nation, en bloquant tout processus de développement politique, économique, social et culturel. Les moyens par lesquels il s’est exprimé pour accomplir l’atrophie de la Nation sont le despotisme et les différentes variantes de sa perversion : autoritarisme, totalitarisme, centralisme, dictature militaire, répression, torture, violence politique. Le discours par lequel il a neutralisé l’imaginaire politique du peuple se résume au populisme patriarcal, au bigotisme islamique et la confiscation du discours de légitimation révolutionnaire, dont il s’est autoproclamé l’héritier exclusif. Son mode de fonctionnement repose principalement sur le népotisme, la clientélisation, l’allégeance, la corruption, la dilapidation et la redistribution à ses clientèles des deniers de l’État, la destruction du lien social, l’aliénation de l’identité nationale dans l’idéologie arabo-islamique importée d’Orient. Son mode d’auto- protection s’est structurée progressivement sur l’hypothèque de la souveraineté nationale, qui combine crapuleusement la dissolution de la conscience collective patriotique et la cession des richesses nationales aux puissances étrangères contre la sauvegarde de son hégémonie politique sur la société.

Ses métastases

Pour survivre, le cancer du système de pouvoir algérien s’est appuyé sur des métastases, qu’il a développées au cours de sa cristallisation, pour l’émiettement de l’espace politique et des forces qui lui résistent. Ainsi, deux forces principales extrêmes, conservatrices et racistes, s’opposent en se neutralisant pour lui garantir l’équilibre du statu quo. D’un côté l’islam politique, qui est aussi totalitaire qu’autoritaire. Son idéologie est antinomique avec un régime politique démocratique, car elle repose principalement sur l’idéologie arabo-islamique et exclut du champ de la représentation politique toute expression laïque qui se fonde sur l’aspect multiculturel de la composante identitaire algérienne. En face, le mouvement identitaire amazigh et son excroissance autonomiste kabyle. Le mouvement identitaire amazigh dominant, qui confond identité ethnique et culture, est tout aussi totalitaire et antinomique avec un régime démocratique, parce qu’il exclut toute expression politique qui ne s’inscrit pas dans le champ culturel de son identité ethnique. Sa définition de l’algérianité est raciste, parce qu’elle repose principalement sur l’identité culturelle ethnique Amazigh, qu’elle considère plus légitime en excluant toutes les autres composantes culturelles et ethniques qui composent le champ multiculturel algérien. Son excroissance, le mouvement autonomiste kabyle est anti-national et séparatiste. Il se fonde, lui aussi, sur une idéologie raciste, qui exclue toute expression non appartenant au substrat identitaire ethnique kabyle. Face à ces deux pôles extrêmes, il y a une constellation d’entités politiques sans substance, nommées abusivement partis politiques d’opposition, qui gravitent autour du centre du pouvoir pour constituer un bouclier à son hégémonie politique sur la société. Elles composent substantiellement ce que l’on qualifie habituellement par façade à l’illusion démocratique. C’est à travers elle que s’exprime institutionnellement le système de pouvoir despotique. En contrepartie, ils bénéficient d’une redistribution conséquente d’une part de la rente pour service rendu. 

Ceux qui résistent

Ceux qui résistent au cancer algérien et à ses métastases, sont généralement disposés à la refondation de l’État sous un régime véritablement démocratique en définissant la citoyenneté algérienne, pragmatiquement, en tenant compte de toute la diversité ethnique, culturelle et religieuse nationale. De ce fait, leur conception de l’algérianité repose principalement sur une redéfinition transculturelle de l’identité nationale. Ils se distinguent principalement par leur rupture radicale avec le système de pouvoir. Leur action politique permanente se caractérise par une critique sans concessions du système de pouvoir, des effets négatifs de sa gouvernance sur la société et se concluent le plus souvent par un appel à la mobilisation citoyenne pour demander le changement. Cependant, ce sont généralement des appels en rang dispersés, car ils représentent à leur tour une myriade d’associations politiques émiettées et sans lien structurel entre elles, parfois mêmes antagoniques. Outre cette caractéristique de défaillance structurelle, leur appel à la mobilisation est, lui aussi une coquille vide, qui ne propose aucune alternative organisée et fondée sur un programme pouvant prendre en charge le processus de changement sur le long terme et constituer une véritable force de mobilisation citoyenne. Par son inefficacité, cette situation accentue l’indifférence de la société devant l’impératif de l’engagement pour le changement du système de pouvoir. 

Il faut ajouter à cela un nombre de plus en plus croissant d’appels insidieux au changement, sous forme de coquilles vides, elles aussi, qui n’ont pour effet que le parasitage de l’espace du débat et le brouillage des échanges sur les réseaux sociaux, dont les conséquences se mesurent à la neutralisation du potentiel de mobilisation de la conscience collective. De sorte, que même lorsqu’il y a un appel à la mobilisation citoyenne doté d’un véritable projet de changement, il demeure inaudible et ne produit aucun effet de mobilisation en conséquence. Il suffit de parcourir les réseaux sociaux pour mesurer l’état de démobilisation dans lequel se trouve la société algérienne. Le fatalisme et la méfiance demeurent le lot commun des échanges sur ces réseaux sociaux, et parfois, ce sont les effets des idéologies racistes qui s’expriment dans le fracas de l’intolérance et la division extrême.

Le cas d’Ahmed Benbitour en est la parfaite illustration. Son appel à la mobilisation citoyenne pour le changement radical du système du pouvoir, qui se fonde sur un authentique plan de transition démocratique, vers une société de paix, de justice et de prospérité et reposant sur une conception de l’algérianité, où tout un chacun se retrouve représenté dans sa singularité, est tout simplement ignoré. Quoique ce dernier ne cesse de marteler, que l’Algérie est en train de dériver vers la déliquescence, preuves chiffrées à l’appui, et que si l’on ne change pas le système de gouvernance dans l’immédiat, nous nous dirigeons droit vers notre perte. Même dans les cas où son message a été perçu, le plus souvent cette indifférence à son initiative s’exprime par une attitude de rejet, qui est faussement motivée, soit par un reproche excessif dû à la méfiance qui découle de ses liens antérieurs avec le système de pouvoir, soit elle est directement liée aux conséquences néfastes de l’influence des idéologies racistes sur leur imaginaire politique. 

La condition du changement

On ne peut que déplorer l’état du patriotisme de l’Algérien qui tombe visiblement de plus en plus en désuétude. L’Algérien semble s’accommoder indifféremment et fatalement de sa condition de précarité extrême et à ne manifester aucun signe d’indignation avec une force évidente. Se contentant de palabrer à longueur de journées dans des joutes stériles, chacun dans ses convictions et son ancrage domestique. Au point de se demander si les Algériens veulent-ils vraiment le changement. Pourtant, il le faut, car nous nous dirigeons droit vers notre perte, si la reconduction du système de pouvoir en exercice survivra à la succession de Bouteflika agonisant, du moins politiquement. Et il ne peut être autrement, si ceux qui résistent au système de pouvoir continuent à se tourner le dos et refuser de réfléchir ensemble à une alternative consensuelle commune, pour renverser le despotisme et instaurer ensemble un régime démocratique. C’est manquer à son devoir patriotique, que de refuser de rejoindre le projet de changement du système de pouvoir, initié par Ahmed Benbitour. Par ce que ce dernier a su construire un projet de transition démocratique sur cinq ans, en mettant de côté tout ce qui divise la société algérienne, pour ne se focaliser que sur la refondation de l’État républicain sur la base d’un état de droit et de l’alternance démocratique. Laissant le soin aux générations nées après l’indépendance, de débattre librement dans le cadre d’un régime démocratique, du choix de société et de la Loi fondamentale qui leur convient pendant les dix années qui suivront cette première phase cruciale.

Youcef Benzatat

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