Le Matin d'Algérie

Notre espérance de vie et de mort ?

On ne peut s’empêcher de se poser cette question quand on fait partie de la populace quel que soit notre état de santé et celle de nos proches. On ne peut s’empêcher de se poser cette question quand les medias nous annoncent que pour un bobo nos dirigeants autoproclamés se soignent à Genève ou à Paris jusqu’à la mort et qu’en sus c’est à nous de porter le deuil. Bien heureux qu’on ne nous enterre pas vivant avec eux à la mode pharaonique.

Après avoir « délocalisé » l’école coloniale « délocalisé » le système de santé colonial, ils se précipitent par charter de luxe avec leur smala pour les retrouver. Et après, ils nous parlent d’Islam donc de patience de mektoub, de nation, donc de révolution, de miracle, de martyrs. Et si ça ne marche pas, le foot et le complot des autres savent nous viriliser et redorer notre turban en lambeaux. Et dire qu’il fut un temps où les grands de ce monde avaient le choix entre se soigner à Genève ou à Alger et grâce à la charité chrétienne, les indigènes espéraient une petite place entre deux consultations. Pendant que nos toubibs, abrication locale, s’expatrient à Paris par nuées. Pendant qu’une poignée d’autres résistent et dénoncent la situation catastrophique de nos hôpitaux, pour un bobo le citoyen l’enfant Lambda finissent au cimetière interdit de soins algéro-algériens.

« Les cancéreux finissent souvent par mourir ; donc à quoi bon dépenser pour eux !« , avaient répondu les responsables de la CNAS, notre sécurité sociale, à un cancérologue indigné. Rien que pour ça, il leur fallait islamiser la société et nous envoyer fissa au Paradis. « Ton heure est venu mon frère. Personne n’est immortel sur terre. Il te rappelle quand Il veut. » Alors qu’eux, ils s’accrochent, ils vieillissent en rajeunissant sans une ride ni cheveu blanc jusqu’au bout jusqu’à passer par toutes les sommités médicales occidentales dans l’espoir fou de les immortaliser et pour finir il faut prier pour eux. Comme si Dieu était pressé de nous recevoir après nos prières et pas eux. Les miracles de la médecine des infidèles ce n’est pas pour nous. Alors on se demande comment nos aïeux malades se sont soignés et ont vécu jusqu’à un âge canonique quand ils échappaient aux épidémies qui sévissaient même en Europe. La nature a tout prévu et nos dirigeants ont tout prévu. Notre médecine naturelle a perdu ses guérisseurs, sorciers, talebs et d’ailleurs où peuvent germer les plantes médicinales dans ces espaces verts livrés au ciment au fil barbelé au terrorisme résiduel au feu aux déchets aux délinquants et autres calamités.

Val-de-Grace rien que son nom fait penser aux Bienheureux aux saints surtout pas aux parias. Alors rêver de soins normaux de médicaments certifiés et d’appareils sophistiqués qui font la richesse des adeptes d’Hippocrate, c’est du délire. Mais si le diable n’est pas dans les détails, il est dans cette effrayante constatation de nos rares Mère Theresa en blouse blanche : « La santé des Algériens se dégrade d’une façon anormale. » Tout Algérien est malade ou en voie de l’être. Pourquoi ? Nous ont-ils mis un poison dans l’eau, dans la farine, de la baguette, la semoule du couscous, à moins qu’il ne se trouve dans le sucre, le café, le thé, la limonade, ce qu’on avale tous les jours que Dieu fait. Non, il faudrait que le crime profite au maximum. Il y a les Rois Fainéants, ces délicats qui n’ont qu’une main à avancer pour empocher les pots-de-vin, disant les tonneaux, quitte à bousiller le projet qui aurait pu servir à tous, puis les autres, ces vampires affairistes, ceux qui bousillent notre santé en important les poubelles du monde entier. Cette pieuvre maffieuse possède des tentacules infinies ; rien ne lui échappe puisque tout est importé sauf l’humain qu’on préfère exporter. Généralement avec des gènes normaux, une bonne hygiène de vie, on peut préserver sa santé sans l’aide d’un toubi, d’une pharmacie, d’un hôpital, par contre on n’a aucune chance avec une eau malsaine, une alimentation toxique, un environnement polluée. Un exemple, alors qu’on parle de plus en plus du danger de l’aluminium sur la santé et que les spécialistes affirment qu’aucun organisme vivant sur terre n’a besoin de ce métal et voilà que nos bouchers se mettent à la mode du beau papier argenté pour enrober leur viande délaissant le papier laid gris grossier mais si inoffensif. Bien sûr, au prix où est la viande, la nocivité de son emballage ne risque pas de nous tuer vite mais il y a tout le reste hélas. Aux bébés victimes de déshydratation, on donnait des sels dans des sachets bios maintenant c’est l’aluminium qui prime avec les ajouts de l’aspartame, des colorants, aromes artificiels et vitamines de A à Z fabriqués dans des laboratoires chinois. Ce métal boudé de plus en plus dans les pays soucieux de la santé de leurs concitoyens se retrouvera de plus en plus de gré ou de force dans nos cellules.

Au Rwanda, un ministre écolo a interdit les sachets en plastique ; pourtant ce pays africain n’est pas vraiment une référence où il fait bon vivre. Quel ministre chez nous osera bannir le plastique ? Est-ce qu’il y a quelqu’un dans le sérail qui se soucie de l’invasion de ces sachets en plastique qui défigurent nos paysages et laminent notre santé et celle de nos ascendants pendant les siècles à venir ? Tout ce qui est déclassé dangereux banni à l’étranger, notre maffia le récupère pour inonder souks et bazars avec et pour cause, le bénéfice ne sera que plus faramineux. A chaque fois qu’on annonce à la télé parabolée le danger d’un aliment d’un médicament d’un objet d’un jouet…, on ne peut s’empêcher de paniquer en se demandant : « Quand et sous quel faux nom, quel aspect vont-ils nous le refiler ? » L’exemple du chocolat de marque Cadbury’s retiré d’Europe pour cause d’un poison (une forme de salmonelle causant la typhoïde) refusé par la Tunisie le Maroc mais acheté par nos autorités à un prix dérisoire etc. On estime en France à environ 140 000 personnes atterrissant chaque année à l’hôpital à cause d’un mauvais diagnostic, d’une mauvaise médication, combien sont-ils chez nous ? Le problème ce n’est pas pourquoi notre président va se soigner au Val-de-Grace mais pourquoi laisse-t-il la mafia détruire la santé de son peuple. Qu’est-ce qui est pire pour nous, leur enrichissement via les pots-de-vin ou leur enrichissement via la malbouffe, via les médicaments frelatés et autres arnaques du genre qui mettent notre espérance de vie au niveau de celle du papillon étouffé dans son cocon ? Obama et Hollande, deux présidents de gauche dans des pays qui ont inventé les Droits de l’Homme, sont millionnaires malgré la crise qui fait basculer dans la pauvreté tous les jours des Américains et des Français censés être préservés.

L’homme civilisé a accepté depuis belle lurette que le politicien d’aujourd’hui et le prince d’hier c’est kif-kif : le palais reste pour le dominant et le gourbi pour le dominé. Aux temps des Turcs, la piraterie ne suffisait pas au dey, sa richesse venait surtout de l’exportation des produits fabriqués par les indigènes. Bien sûr, il fallait préserver la vache à lait, donc il achetait à petit prix au producteur local pour revendre à des prix multipliés par 10, 20, 30… Dans le livre Alger au XIII siècle (1), on peut lire qu’on exportait le cuir, l’huile, le blé, de l’orge la cire des légumes des fruits des ceintures en soie des bonnets du vermillon, les plumes d’autruche, la laine, la cochenille etc. On produisait même du riz à Miliana et Relizane, de l’eau de vie des figues et même des armes. Dans le port d’Alger, les bâtiments venaient se fournir de partout, de Turquie, d’Alexandrie, de Marseille, d’Espagne, d’Allemagne… A part le sucre, le café, nos ancêtres ne dépendaient de personne pour survivre produisant de A à Z leurs habits leur pain leurs ustensiles la cire de l’éclairage, leur eau puisée au puits ou à une source naturelle. Ils restaient pauvres certes mais ils avaient besoin du beylik comme l’organisme a besoin du cancer. Ce dernier importait du marbre, de l’or pour construire des mosquées des palais pour ses raïs et ses janissaires.

Ils finissent par mourir nous aussi, sans gloire nous aussi, parce que finalement on ne se révolte qu’en leur ressemblant : augmentez notre salaire donnez nous les miettes qui tombent de la table que vous avez accaparée. De l’argent toujours de l’argent comme si le manque de dinar, cette monnaie dont la valeur n’arrête pas de chuter au-dessous de son papier, est notre seul problème. L’écrivain romain Pétrone se demandait en l’an 66 : « Que peuvent les lois, là où ne règne que l’argent ? » En l’an 2013 en Algérie on peut dire qu’il n’existe de loi que produite par l’argent. Dépouillé de tout le savoir-faire de ses ancêtres, de la baraka de ses saints, dépouillé de ses droits élémentaires, l’Algérien a peur. Tel l’enfant handicapé corrompu traumatisé par l’éventualité de la disparition du père qui prie : « Pourvu qu’il ne me laisse pas seul… »

Mimi Massiva

(1) Alger au XIII siècle, Jean-Michel Venture De Paradis (éditions : Grand Alger Livres)

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