Le Matin d'Algérie

Les otages et la faillite de Bouteflika

Après le quadruple meurtre de touristes français en Mauritanie par des terroristes entraînés en Algérie, l’affaire des deux otages autrichiens, relance le constat : si al Qaeda peut frapper aujourd’hui à une heure de l’Europe, c’est parce qu’elle a pu s’installer en Algérie Elle a choisi l’État le plus faible. Un pouvoir corrompu, usé, vieilli, coupé de la société, obsédé par sa seule survie, incapable de faire face non seulement aux défis de l’époque – les Algériens en payent le prix en décadences continues, en suicides et en harragas – mais aussi aux périls du moment, à leur tête, le terrorisme. C’est le pouvoir qui redonne, régulièrement, son second souffle au terrorisme. en dépit de son impuissance et pour rester au pouvoir, il ne cesse de tendre la main à la seule force qui le menace, les groupes armés islamistes, affichant une vulnérabilité et une aptitude constante à l’abdication dont se nourrit al Qaeda.

Le constat n’a du reste jamais échappé aux services secrets européens. Cette fragilité dramatique d’un État voisin fut soulevée en son temps, par le directeur général de la police nationale française, Frédéric Péchenard, qui se préoccupait déjà en septembre dernier de la « fragilité algérienne » dans un entretien au Journal du dimanche. Voilà que les services secrets allemands s’inquiètent du phénomène « qui est en train de se développer dans la région, qui comporte de nouvelles caractéristiques et apporte le djihad jusque devant notre porte. »

Nous aimerions tant le démentir. Mais le sordide constat est là : l’organisation terroriste est solidement installée à une heure de Paris, suffisamment structurée pour pouvoir honorer les menaces d’un de ses chefs, Ayman Al Zawahiri : s’en prendre aux Occidentaux au Maghreb. Il faut croire que les dirigeants politiques français ne partagent pas le diagnostic de leurs policiers. Ou, plutôt le partagent-ils mais pour, croyaient-ils, en tirer profit en monnayant leur soutien à un régime usé. L’affaire des otages autrichiens vient nous rappeler qu’onne peut à la fois se prémunir du terrorisme et aider les régimes archaïques qui lui servent de gisements nourriciers. La question renvoie à une autre : maintenant qu’on sait que la contrepartie au maintien du régime algérien ne se mesure plus seulement en deuils algériens mais aussi en larmes françaises, au prix de combien de vies encore l’Europe va-t-elle soutenir le régime d’Alger et l’aider à se reconduire illégalement, par un viol de la Constitution, pour un troisième mandat pour Abdelaziz Bouteflika ?

L.M.

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