Le Matin d'Algérie

Réserves algériennes sur l’octroi à l’opposition d’un siège à la Ligue arabe

L’Algérie a émis des réserves sur l’octroi à l’opposition syrienne d’un siège à la Ligue arabe, expliquant sa position par le fait que les contours de cette opposition ne sont pas à ce jour « clairement définis ».

L’Algérie n’est pas prête à reconnaître la Coalition et le gouvernement syrien qui vient d’être désigné. Mieux encore. Dans une déclaration à la presse, dimanche à Doha, à l’issue de la séance du matin de la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères en prévision du sommet arabe, Mourad Medelci a exprimé les réserves de l’Algérie sur l’octroi à l’opposition syrienne d’un siège à la Ligue arabe, précisant que cette position « participe avant tout de la volonté de l’Algérie de respecter les lois qui sont la référence en matière d’action arabe commune », notamment la charte de la Ligue arabe.

La position algérienne est également motivée par le fait que les contours de l’opposition syrienne ne sont pas « clairement définis », a-t-il ajouté, estimant qu’il ne s’agissait pas d’une question cruciale, le plus important à l’heure actuelle étant, a-t-il dit, de rassembler les Syriens, toutes tendances confondues, autour de la table du dialogue pour qu’ils s’entendent sur les moyens à même de restaurer la paix et la sécurité en Syrie. Qualifiant la situation actuelle en Syrie d’ »inacceptable », le ministre a réaffirmé la condamnation algérienne de la violence, d’où qu’elle émane. La position qui est celle de l’Algérie fera-t-elle le poids devant les nouveaux pays influents de la Ligue arabe ? Peu sûr.

L’opposition syrienne se déchire

Alors que le chef de la Coalition syrienne, Ahmed Moaz al-Khatib annonçait sa démission, mettant en cause l’inaction de la communauté internationale, l’Armée syrienne libre (ASL) refusait de reconnaître le « Premier ministre » rebelle, Ghassan Hitto, indiquant ne pas avoir participé aux discussions pour le nommer. 

Ahmed Moaz al-Khatib, à la tête de la Coalition nationale, seule organisation reconnue comme le représentant légitime du peule syrien, depuis le mois de novembre, a tenu à justifier sa décision sur sa page Facebook. « Durant ces deux dernières années, nous avons été égorgés par un régime d’une brutalité sans précédent, alors que le monde nous observait. Toutes les destructions des infrastructures, la détention de dizaines de milliers de personnes, l’exil forcé de centaines de milliers d’autres (…) n’ont pas suffi pour que la communauté internationale prenne une décision afin de permettre au peuple de se défendre », plaide l’opposant. Ajoutant qu’une « ligne rouge avait été franchie » et qu’il pourrait œuvrer avec « liberté » qu’il n’avait pas « dans une organisation officielle ». Seul problème la Coalition nationale a annoncé quelques heures plus tard qu’elle refusait sa démission et appelait Khatib à reprendre son travail.

L’armée libre syrienne refuse le nouveau Premier ministre

Qu’elle aboutisse ou non, cette volonté de départ de Khatib aurait été faite en réponse à la nomination d’un Premier ministre, Ghassan Hitto, pour former un gouvernement en vue de gérer les provinces sous contrôle rebelle. Une désignation qui n’est décidément pas du goût de tous, puisque l’Armée syrienne libre, principale composante de la Coalition nationale, a refusé de le reconnaître. « Avec tout notre respect pour Ghassan Hitto », nous ne le reconnaissons pas comme Premier ministre car la Coalition ne l’a pas choisi par consensus », a déclaré à l’AFP, Louaï Moqdad, un responsable de l’ASL. Ghassan Hitto, qui a tout de même effectué une visite officielle dimanche dans la ville d’Alep, a été désigné le 18 mars par 35 voix sur 49 lors d’une conférence à huit-clos réunissant les différents chef de l’opposition syrienne à Istanbul en Turquie.

Plus largement, ces deux rebondissements démontrent la rivalité entre les « parrains » des rebelles, le Qatar et l’Arabie Saoudite qui tentent d’étendre leur influence en cas de prise du pouvoir de la Syrie par l’opposition. Hitto est considéré comme le candidat du Qatar, qui s’appuie sur les Frères musulmans, « qui est opposé à tout compromis avec le régime », explique un politologue syrien, souhaitant garder l’anonymat. Ajoutant que de l’autre côté « l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis souhaitent une solution pour mettre fin à la guerre ». Une vision plus proche de celle de Ahmed Moaz al-Khatib, considéré comme un islamiste modéré, qui déclarait ne pouvoir « accepter que ceux qui parlent de négociations soient accusés de trahison ».

Sur le terrain, l’avancée des rebelles est plus significative. En effet, de larges pans du territoire syriens échappent au président Bachar Al-Assad. Les rebelles syriens ont récemment pris le contrôle dans le sud du pays d’une bande de 25 kilomètres entre la localité de Mouzayrib, à la frontière jordanienne, et Aabdyne, à la lisière du Golan et de la ligne de cessez-le feu avec Israël sur le plateau du Golan, affirme l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Samedi, des combattants de la « brigade des Martyrs de Yarmouk », des djihadistes du Front Al-Nosra et d’autres groupes s’étaient emparés d’une position de l’armée régulière à l’est de la localité de Sahm Al-Golan, dans la province de Deraa, après le retrait des forces du régime, selon cette ONG basée en Grande-Bretagne. Les violences ont fait samedi 108 morts à travers le pays, dont 28 civils, 48 rebelles et 32 soldats, selon l’OSDH).

L.M/APS/AFP

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