Le Matin d'Algérie

Du haut de la guérite

Depuis son arrivée, le personnage ne m’inspirait pas confiance. Je décelais, à chaque fois que mes yeux tombaient sur son portrait ou son image de la mauvaise foi et de la tromperie.

Il nous regarde avec mépris du haut de la fonction qu’il occupe par truchement depuis 1999. Il était ramené pour prendre sa revanche, ni plus ni moins. Et il l’a eue en paralysant toutes les énergies. Du haut de son palais érigé en guérite, il contemple, comme une chef d’œuvre, la déchéance totale, le déclin intégral et la décadence générale dont il est l’unique responsable. Il se réjouit macabrement en observant un silence méprisant. La scène désolante, explosive, décourageante pour nous, et peut devenir à tout moment incontrôlable pour tout le monde, le distrait avec quiétude et calme. A l’abri bien après une tempête éphémère, il renie abjectement des engagements pris sous la menace de l’orage régional.

Pourtant, présenté par ses parrains de galonnés comme l’homme providentiel, il échoue sur toute la ligne. La providence n’est qu’un mot creux pour nous. Mais le secours et la protection sont significatifs pour le clan auquel il appartient. 14 ans durant, bien que le club de la famille et des amis soit impliqué dans des affaires de corruption à grande échelle, dans un népotisme injuste, dans un favoritisme raciste et des passe- droits flagrants, le moins mauvais qu’on nous a imposé, assurait appui et soutien aux siens, soumis et obéissants, et se défonçait sur les voix discordantes qu’il juge diffamantes, manipulées, à la merci des forces occultes et qui entravent son action.

Certains naïfs, d’autres en bons calculateurs, ont cru en l’homme et dans le système qu’il incarne. Les naïfs ont suivi comme des agneaux pour finir en victimes déshonorées et discréditées. Les calculateurs, en parfaits valets ont construit des fortunes colossales au frais de la princesse. Ceux, rares qui ont affiché frontalement leur opposition, sont dénigrés, calomniés, décriés et dans des cas jetés fallacieusement en prison.

Le système que le maître a bien huilé avec la bénédiction des garants, fonctionne ainsi. Il protége les puissants et broie les faibles. Il enrichit les voleurs et appauvrit les bosseurs. Il récompense les médiocres et chasse les compétents. Mais toujours lui, en scrutateur du haut de son mirador, apprécie le désastre, résultat du plan machiavélique mis en place par ses soins. C’est malsain, mais le rôle d’assistant vicieux, pervers et démoniaque lui sied parfaitement bien. Il est à l’abri au haut de sa guérite.

En fonction « muet »après un premier mandat en option « haut parleur », le personnage demeure arrogant, calculateur et surtout capricieux. Après un record en va et vient à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, durant le premier quinquennat, il se renferme maintenant dans son moucharabieh en lançant des regards furtifs à travers des ouvertures jonchères pour porter son dévolu son un éventuel successeur qu’il aurait à transmettre à ses parrains. Probablement l’ultime caprice pour chuter du haute de la guérite. Mais, un souhait: que la chute soit brutale pour empoter tout le système !

Zoubir Zerarga

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