Le Matin d'Algérie

Le Pouvoir et la faute au destin, au pétrole et aux chômeurs

Alors que c’est le pouvoir politique qui gère la chose socioéconomique, les marcheurs de Ouargla ont scandé des slogans socioéconomiques, a rapporté la presse lors de leur manifestation de jeudi dernier. Cela pour dire que le mouvement des chômeurs du Sud n’exprime pas de revendications politiques.

Voilà une trouvaille typiquement algérienne qu’une certaine presse docile vulgarise. Le pouvoir politique est étranger à ses échecs socioéconomiques, sous entend-on. Le régime politique et son équipe gouvernementale, ont consenti des efforts  presque surhumains et ce n’est pas de leur faute si le résultat n’a pas suivi. C’est la faute au destin. C’est la faute aussi au pétrole. C’est la faute encore aux chômeurs.

Le pouvoir politique déplore alors le destin qui l’a propulsé à la tête d’un si grand pays. Pourtant c’est lui qui avait forcé la main à ce même destin pour s’emparer du pays à l’aube de sa libération. D’ailleurs, il persiste à porter le chapeau au destin sans songer un petit moment remettre les règnes. C’est seulement pour justifier l’échec qu’on se remet au « Maktoub ». Mais en dépit des revers et des déboires enregistrés, il demeure écrit que le  régime obsolète et autiste se maintienne et se perpétue, surtout quand les mouvements de protestation n’expriment plus de revendications politiques. Chut, on reste !

Puis il y a le pétrole. L’or noir qui rapporte beaucoup d’argent. Et quand il y a de l’argent à gogo, l’envie s’intensifie. Alors, c’est la faute au pétrole si des scandales impliquant des hommes du Pouvoir, éclatent. Les hydrocarbures procurent de la rente et celle là se partage entre amis. Parfois, en dépit de leur abondance, ces revenus ne suffisent pas à la gente du Pouvoir. Quand la populace réclame sa part de la manne, l’on fait sortir l’argument des réserves en déclin. La populace ne doit pas y compter et doit penser à travailler la terre que le pétrole a éloignée de cette activité antique. Elle doit s’y mettre modus et bouche cousue sans protester sur la manière opaque dont est gérée cette rente pétrolière. Les comptes qui sont une affaire hautement politique, ne peuvent être sa préoccupation ou sa revendication. Chut ! On vole !

Il y a aussi ces jeunes chômeurs qui désirent travailler. Ils sont là aux mauvais moments. En principe, ils doivent s’armer docilement de patience et attendre tranquillement leur tour, une fois qu’ils ne sont plus jeunes. Ou bien, ils auraient pu débarquer vers d’autres cieux comme le faisaient d’autres jeunes par des embarcations de fortune. Le pouvoir politique, en tuteur autoproclamé, ne comprend pas pourquoi des jeunes réclament du travail, alors qu’il a bricolé pour eux plusieurs dispositifs. Ils peuvent se caser dans le pré-emploi, se planquer dans le filet social ou se démerder avec l’ANSEJ. S’ils ne réussissent pas c’est qu’ils sont inaptes. Alors marcher sans objectif politique c’est comme ne pas marcher. Chut, on bricole !

Donc, dire qu’une revendication socioéconomique n’est pas une demande politique n’est qu’une aberration d’esprit. Les politiques économiques et sociales, font fondamentalement partie d’un programme politique d’un Pouvoir en place. L’échec ne peut être que foncièrement politique et la revendication l’est naturellement aussi. L’on peut rien désassocier. Continuer à entonner cette chanson, c’est louer hypocritement le régime autocratique qui fait dans la division. Car la seule revendication qui paraît vraisemblable, crédible, honnête et plausible sera celle qui demande clairement, franchement et directement le départ de toutes les composantes du pouvoir honni : Bouteflika, DRS et équipe gouvernementale. Ne dit-on pas que pour tuer le serpent, il faut frapper la tête.

Zoubir Zerarga

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