Le Matin d'Algérie

Débat Yannayer : l'avis du docteur Boudarène

Cette avocate, «arabo-berbère» et dont les enfants sont « judéo-arabo-zénètes », qui vilipende Arezki Metref – pour avoir rapporté les festivités de Yennayer 2963 qui se sont déroulées en Lybie -, oublie une dimension fondamentale que partagent tous les berbères d’Afrique du Nord. Celle d’assumer une identité amazigh sans composition et sans ajout. Je veux dire que cette appartenance identitaire n’est, pour eux, l’otage d’aucun concubinage qui soit. Ni arabe, ni zénètes, ni judéo… que sais-je encore ? Nous sommes des imazighen, point final. Nous le revendiquons clairement et sans complexe aucun.

Cette dame sait parfaitement que de politique et d’idéologie, il en est question dans le courrier qu’elle a adressé au journaliste. Et elle en fait de manière étroite et intolérante, comme le bourgeois gentilhomme, ce personnage de Molière, qui fait de la prose sans le savoir. Car elle sait bien que depuis l’émergence de cette juste revendication identitaire, les pouvoirs (tous) qui ont présidé au destin de la Numidie antique, ont tenté de contenir – faute de pouvoir l’étouffer – l’identité amazigh dans un métissage improbable avec l’identité arabe. « Nous sommes tous des imazighen arabisés par l’Islam » avait déclaré le président Bendjedid au lendemain du printemps berbère d’avril 1980.

Et voici que l’avocate ajoute un qualificatif (ou un attribut ?), «judéo…» – une dimension religieuse qui a été violemment combattue et chassée de notre pays, au lendemain de l’indépendance – pour tenter de noyer (ou de dépouiller de son authenticité) cette identité originelle et millénaire de cette partie du monde, qu’est l’amazighité. Faut-il rappeler à cette dame, si elle l’a oublié, que le judaïsme a été la première religion de l’Afrique du nord ? Pourquoi elle s’approprie maintenant cette religion ? Est-ce parce qu’elle est la descendante de la reine Dyhia et du prince Koceila ? A moins que, par un effet de mode, elle ne recherche une filiation avec les juifs descendus, à la suite de leur persécution, de l’Andalousie. Cela fait, sans doute, bien dans le pédigrée de descendre de ce peuple érudit qui a contribué au rayonnement du califat de Cordoue. Quand aux zénètes, elle s’en affilie parce qu’une grande partie s’est, dans le désir de s’anoblir, identifiée aux arabes. Une assimilation qui les a rapidement fait disparaître. Le vœu que cette dame formule certainement pour tous les berbères d’Afrique du nord ?

Non, cette avocate – dont je peux, au demeurant, comprendre le sens de la démarche – ne se sent pas berbère pour un sou. Comme tous ceux qui se disent arabo-berbères, elle s’est accommodée de l’amputation, par l’Etat algérien, d’une partie de son identité. La langue amazigh n’est toujours pas officielle dans son pays. Je lui accorderais le bénéfice du doute si elle commettait – et si elle venait à convaincre tous les «arabo-berbères», comme elle, de commettre – un autre courrier dans la presse nationale pour revendiquer, cette fois-ci, l’officialisation de tamazight, son autre langue. Chiche, une nouvelle constitution est en préparation…

Docteur Mahmoud Boudarène

Psychiatre

LE DEBAT :

Lire la chronique d’Arezki Metref

Lire la réponse de Madame Mahi

lire le point de vue de Hend Sadi

Lire l’avis d’Arezki Nait Abdellah

Lire le point de vue de Rabah Ait messaoud

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