Bouteflika n’est pas suicidaire. Si vous souhaitez suivre les ballons de sonde que lancent occasionnellement la famille Bouteflika et les réponses du DRS, lisez attentivement quatre quotidiens (l’Expression, le Soir, Ech-Chourouk et Ennahar). Parce que nos journalistes travaillent rarement avec la documentation, ils écrivent une chose et son contraire en jurant que de toute façon le lecteur a la mémoire courte. Dans le dossier de la révision de la Constitution il y a une seule certitude. Le reste n’est que spéculation. La certitude est que Bouteflika a annoncé officiellement le 4 juillet 2006 du siège du MDN son intention d’amender la constitution par voie référendaire et souhaité qu’elle se fasse avant la fin de l’année (2006). Depuis ce jour il n’a pas jugé utile d’expliquer aux « citoyens » pourquoi son souhait ne s’est pas réalisé. Si on avait un Parlement solide et crédible (les députés du RCD n’en sont pas exempt du reproche), une presse responsable et libre, une vraie opposition, le président de la République aurait été contraint, depuis longtemps, à s’expliquer publiquement et sans détours sur son silence sur le sujet. Quant aux spéculations, ce sont surtout des questionnements légitimes : que veut Bouteflika ? Quelles est sa vision, en dehors de ce qu’il a déjà lâché dans son discours de juillet 2006, de l’Etat algérien ? Le manque de communication entre les différentes institutions du pays fait que les chefs ne communiquent qu’à travers de rumeurs, d’intermédiaires peu fiables ou d’attaques médiatiques. A mon avis ce que redoute le plus Bouteflika c’est de sortir par la petite porte : voire son projet de révision de la Constitution repoussé par le peuple. Car en s’enfermant dans l’exigence référendaire, rappelée en novembre 2007 à travers une interview accordée à l’agence de presse italienne ANSA -interrogé sur l’après 2009 il a répondu : (…) souligne, tout de même, mon attachement au respect, en toutes circonstances, de la souveraineté du peuple algérien et des modalités démocratiques par lesquelles elle doit s’exprimer)-, Bouteflika doute de celui qui a le pouvoir de contrôler une partie de l’Administration et donc des chiffres. Zerhouni dont le manque d’activité est légion, ne peut contrôler tous les walis et tous les chefs de dairas. Comment dans ce cas s’engager dans une voie qui risque de vous condamner aux yeux de l’opinion internationale (la seule que Bouteflika respecte) lors d’une année où Bouteflika rêve de décrocher le Nobel de la paix ? Tant que Bouteflika n’a pas trouvé une réponse à «la menace» du DRS et son double jeu, il s’abstiendra de se jeter dans la bataille. Le changement radical de la position de la marionnette attitrée du DRS, Ouyahia, sur le changement de la Constitution et le 3e mandat, n’a pas dissipé les doutes de Bouteflika, bien au contraire. Il se pourrait que l’équation se résume à ceci : le DRS avait évoqué avec Bouteflika au début de son premier mandat la constitution de 1999. Chaque partie avait sa propre conception de ce qui doit être perfectible. Bouteflika veut mourir président, les chefs du DRS voulaient mettre en place un mécanisme qui permettrait d’imposer un président sans subir de chantage. Ils appellent ça de la «stabilité». Il est clair que la demande d’introduction du poste de vice-président émane du DRS dont le chef est le dernier haut gradé en poste ayant participé au coup de force de janvier 1992 contre Chadli. Et Bouteflika n’a pas caché ses sentiments sur ce qui s’est passé en 1992, en admettant que c’était une première violence, justifiant implicitement la réaction des «militaires» du FIS. L’incompréhension est demeuré en l’état depuis presque 10 ans entre les deux partie. Bouteflika veut demeurer à son poste, le DRS veut introduire le poste de vice-président. Ce mach nul qui nécessite des prolongations pourrait se terminer par l’abandon de l’une des deux parties, ou par un compromis sous forme de changement de la durée du mandat et non le nombre. Dans ce cas Bouteflika serait maintenu en poste jusqu’à 2011, le temps que le DRS puisse préparer un remplaçant. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir une troisième voie, on ne connait pas à Bouteflika le courage politique que les grands de ce monde usent et abusent pour imposer leur vision.
Fabrice Lind
