Le Matin d'Algérie

Yennayer : la fête identitaire

Ixf u sugwas, ras elaam, est fêté chaque année à travers pratiquement l’ensemble du territoire algérien. Le 12 janvier du calendrier grégorien correspond au premier « amanzu » de yennayer du calendrier amazigh. Il est fêté pour marquer une ère berbère différente de l’ère chrétienne et de l’ère islamique.

Le temps 0 de ce calendrier correspond à l’an 950 avant J-C qui renvoie aux premières manifestations de la civilisation amazigh au temps de l’Egypte antique, lorsque le roi numide Chechonq Ier (cacnaq) fondateur de la 22ieme dynastie égyptienne prit le trône et y devint pharaon.

Amanzu n yennayer est une date historique qui annonce un nouvel an amazigh. Mais cette journée  renvoie aussi une date qui détermine la fin des laboures et qui marque le début des périodes humides. Elle annonce alors un nouvel an agraire utilisé traditionnellement pour régler les travaux agricoles saisonniers. Qui n’est pas souvenance d’un père évoquant « udan, lyali», 40 jours de froid glacial. Qui ne se rappelle pas d’un grand-père  parlant de « ssmaym« , 40 jours de canicule. Qui ne se remémore pas d’une mère évoquant le début de la maturité des figues, de la récolte des fèves ou de la fin des labours…pour se souvenir des dates de naissance de ses enfants. Qui ne se souvient pas qu’une grand-mère évoquant le jour de la chèvre « amerdil » qui marque la journée la plus froide de l’année. Qui n’a pas encore souvenance des ses sorties vers les prairies pour accueillir amanzu n tafsut, le premier jour du printemps. Qui n’a pas entendu évoquer ses pluies bénéfiques marquant nissan

Les saisons sont ainsi évoquées. 13 furar (28 février) indique le début de tafsut (le printemps), 17 mayu (30 mai) c’est le commencement de anebdu (l’été), 17 ?uct (30 août) marque le premier jour de amwal (l’automne) et enfin le 16 number (30 novembre) annonce l’entame de tagrest (l’hiver). L’année amazighe possède donc ses quatre saisons, et elle est marquée par des dates fêtées et  célébrées par les populations depuis la nuit du temps.

Tabburt u sgwas, la tradition millénaire est fêtée dans la convivialité familiale. A la veille de ce jour béni, dans ma région, un repas traditionnel, «abissar» est préparé. Généralement c’est un berkukes, boulettes de semoule roulées, avec de la viande de volaille, un coq, ou un dindon sacrifié (asfel) et des fèves sèches. Le lendemain, la matinée de yannayer, l’on sert lesfenj (beignets) ou ti?rifine (crêpes). L’on mange à satiété. La tradition et les rites sont  ainsi perpétués maintenant une occasion ancienne de souhaiter des vœux  de prospérité.

Amanzu n sgwas est célébré, certes différemment et suivant les régions du pays, mais il est fêté quand même. Le nouvel an berbère est marqué par un festin populaire bien que les autorités officielles du pays ignorent cette date. Il est là et revient chaque année, pour rappeler l’identité amazighe du peuple algérien à un pouvoir renégat qui s’accommode d’une fausse identité, tout à fait importée. L’on ne pourrait pas imposer éternellement à un peuple qui tire racine de ses traditions millénaires les fondements de son appartenance identitaire. Tamazight vaincra et vivement asgwas ameggaz à tous.

Zoubir Zerarga

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