A force de ne pas voir assez de joie autour de moi, j’en avais conclu que je n’étais pas le seul maudit.
J’ai juste cette envie, de m’arrêter un peu sur ce qu’il me semble évident, ce sentiment de tristesse et de malheur qu’éprouve l’algérien en âge de réfléchir depuis si longtemps, au fil des générations. Bien avant même que le célèbre chanteur El Anka durant la colonisation française, n’entonna des mots que ne cessent encore de reprendre mêmes la gente d’aujourd’hui : « Mon cœur toujours triste, je cherche la cause de mon malheur et je ne rencontre que moi-même. Je n’ai ni fais fortune, ni frôlé les ruines« .
J’ai cru longtemps que seul moi, né de parents de conditions modestes, éprouvait, et éprouve encore aujourd’hui ce sentiment, alors que ma cervelle pourtant s’est éclaircie après des années d’exil et que mon cœur n’est plus en peine. Les gens de ma génération avaient toutes les raisons de la tristesse. Nous étions nés durant la guerre d’Algérie, période durant laquelle tout manquait, où l’on vivait du strict minimum. Nous étions assez marqués, un peu immunisés contre le bonheur, adultes avant que d’être. Mais dirait-on, nous n’avions pas eu de chance, d’être venus au monde durant la guerre.
A force de ne pas voir assez de joie autour de moi, j’en avais conclu que je n’étais pas le seul maudit. Et même les jeunes, d’aujourd’hui éclatent vraiment de «joie» que lorsque l’équipe nationale de football triomphe en match officiel. Sinon toujours tant de morosité dans les rues d’Algérie. « Un peuple malheureux », écrivit tant de chroniqueurs.
Il y a quelques jours, j’ai commis un article (1) court, que le journal électronique le matin dz a eu l’amabilité de publier. J’ai été ému, peiné d’un commentaire d’une internaute : « Vous êtes bien optimiste monsieur, c’est normal vous êtes dans l’autre monde, ici au bled on ne sait pas ce que c’est être heureux, on n’est pas malheureux, on ne se pose pas la question« . Je voulais lui répondre que depuis tant de temps, j’y suis au bled et que souvent je pense comme elle. Et ce n’est guère des gamineries ou le spleen des adolescents.
De Boghni, Amokrane Nordine
