Blasphème : quand le principe cède à la manipulation

Charlie herbo a révélé l'intolérance et les limites de la liberté imposées par les intégristes.
Charlie herbo a révélé l'intolérance et les limites de la liberté imposées par les intégristes.

Le dernier numéro de "Charlie Hebdo" serait une provocation ? Une opération commerciale ? Une débilité, ou au mieux un humour dégénéré ?

Oui peut-être, chacune de ces choses ou toutes à la fois ! Mais, l’essentiel n’est pas là. Il est dans le droit inaliénable de Charlie Hebdo à traiter par la dérision, la satire et le sarcasme tous les sujets qu’il lui semble bon de traiter, aussi sacrés puissent-ils être.

La fonction même d’un journal satirique n’est-elle pas de s’exprimer par l’outrance et l’effronterie. A quoi bon servirait une satire qui respecterait les convenances et les règles de bienséance ?! Insipide, tel serait ce canard, le mot même de satire perdrait tout sens et tout contenu. Les journaux satiriques, dans leur outrance, ne sont pas des amuseurs publics. Leur impertinence témoigne de l’effectivité de la liberté d’expression.

Il faut être clair. La question n’est ni d’encenser, ni de critiquer ce que les dessinateurs de Charlie Hebdo ont pu croquer avec leurs crayons. La question est de leur reconnaître ou de leur dénier le droit à le faire.

Dans le contexte actuel d’une offensive en faveur de la restauration du délit de blasphème, que certains voudraient universellement porté par la "communauté internationale", le coup de gueule de Charlie Hebdo est à saluer. Il remet le débat sur de bonnes bases. Il met à nu les poltrons de tous acabits qui se précipitent pour pérorer sur les prétendus "excès" de la liberté d’expression, au lieu de faire face aux attaques orchestrées par la sainte alliance de toutes les théocraties. Charlie hebdo dévoile tous ces peureux qui font les beaux et les gentils devant les tenants des nouvelles inquisitions. Il est dans son rôle, et il s’acquitte bien de sa tâche.

Revenons à l’origine des faits. Des intégristes orchestrent une compagne "de défense du prophète de l’islam" offensé dans un navet réalisé par un obscur personnage. Des musulmans se sentent offensés et le disent. Quoi de plus normal ? C’est leur droit … à l’expression. Mais voilà que cette compagne devienne non seulement violente, mais surtout dirigée à l’encontre la liberté d’expression !

Nous y voilà donc. La question n’est pas de défendre l’image écornée du prophète de l’islam, mais de disqualifier une liberté essentielle à toutes les autres libertés. Une liberté garantie à tous, sans distinction d’origine, d’opinion ou de conscience.

L’intégrisme islamiste ne fait que confirmer son opposition fondamentale à la démocratie. Les théocrates de toutes obédiences lui emboîtent le pas pour exiger des limites à la liberté d’expression. Il se trouve aussi des politiciens opportunistes pour trouver que "par moment l’exercice de la liberté d’expression «dépasse les limites»". Mais préparez donc vos muselières mes seigneurs !!

Vous tous qui criez aux excès de la liberté d’expression, vous revenez à la charge pour restaurer vos tutelles, vos censures, et le nivèlement des pensées. Vous voulez nous faire oublier que c’est face aux théocraties et aux pouvoirs religieux que la libre expression a été arrachée. C’est en faisant reculer les limites imposées par les inquisitions et les délits de blasphème que les peuples ont pu conquérir leur droit à l’expression. C’est en mettant à bas la tutelle des sacrés que la cité s’est sécularisée et érigée en espace de liberté et de citoyenneté, où chacune et chacun a droit à la parole.

Eh bien non, "mes seigneurs" les conservateurs c’est par ses "excès" (et ces "excès") que la liberté d’expression tient. Tous républicains conséquent se doit de défendre la liberté d’expression dans son intégralité, même s’il n’en partage pas tout ce qu’elle permet de dire.

A mettre dans la balance les violences manipulées par les tenants de la théocratie, et des expressions d’un art aussi débile ou dégénéré soit-il, il est affligent de constater l’errance hypocrites des "bonnes" consciences.

Mohand Bakir

Commentaires (32) | Réagir ?

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amazigh zouvaligh

A chaque fois qu'on tire sur une corde aux USA;à Copenhague, Londres ou dans n’importe quel pays chrétien; les zombies musulmans ,fous de Dieu , tressautent dans leurs républiques archaïques; sales, dirigées d'une main de fer ;ou règne la force, l'injustice , l'impunité ,la misère;la saleté,et tous les maux de la planète! Comble des combles !Nos zombis n'ont jamais essayé de revendiquer leurs droits, la justice ,l'équité ,la transparence dans la gestion du pays!non tout cela ne les intéresse pas; eux qui vivent sous la botte de leurs bourreaux! De quelle foi veut on nous parler? Il n y a aucune foi ;c'est de l'ignorance qu'il s'agit !Dieu n'a jamais donné de procuration aux zombies afin qu'il le défendent! Il est capable de tout !par contre Dieu avec toute sa force et sa miséricorde a recommandé aux croyants de ne pas se laisser dirigé par des bandits, des gens malhonnêtes; des tyrans, des escrocs, des mégalomanes, tricheurs; des injustes, des truands, des gens qui se prennent pour des messies, alors que réellement ;si l'échelle de valeur a été respectée ;certainement ,ils seraient au bas de l'échelle!

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Nachabe Madih

Critiquer l'islam comme projet de société avec tous les risques de transpositions des archaïsmes plusieurs fois séculaire, oui bien sûr que comprise et orientée dans ce sens, la critique ne peut être que salutaire. On peut même aller jusqu'à démontrer, par arguments et preuves, qu'il n' y a point de salut possible pour les musulmans dans la pratique politique et économique de leur religion. Et pousser la critique au-delà même, pour démontrer que l'islam n'est même pas une révélation et qu'il fut une simple traduction bourrée de contradictions.

Mais montrer les fesses du "prophète" à des musulmans dont la majorité est en déphasage séculaire et appeler cela de la critique!!!! Il n'en résultera malheureusement que plus compromission et de sang pour toute l'humanité. Soyons, comme dirait l'autre, pragmatiques!

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Al Jardine 28/09/2012 01:54:02

Bonsoir Madih

C'est qu'en occident le délit de blasphème n'existe pratiquement pas. On peut porter plainte pour diffamation mais celle pour un blasphème restera dans la majorité des cas obsolète. C'est là où réside le fossé abyssale qui sépare l'occident (le monde civilisé) de la sphère arabo-musulmane (le monde arriéré). Faut-il rappeler l'assassinat en janvier 2011 du gouverneur de la province du Penjab, Salmaan Taseer, au Pakistan (par son propre garde du corps) car il s'est opposé fermement au délit du blasphème. Un délit passible de la peine de mort dans ce pays.

Bien à vous

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