L’ignoble bradage des champs pétroliers de Rhourd El Baguel

Il y a eu de nombreuses décisions aux conséquences lourdes pour l'Algérie dans le domaine pétrolier.
Il y a eu de nombreuses décisions aux conséquences lourdes pour l'Algérie dans le domaine pétrolier.

A l’issue de ce bradage en règle, la perte sèche de l’Algérie s’élève à de centaines d’emplois et à 2,5 millions de dollars US par jour.

Les centres de production de Rhourd El Baguel

Durant la guerre civile algérienne des années quatre vingt dix, soldée par plus de 200.000 morts, des milliers de disparus et de mutilés, des populations entières désertant leurs villages dans un exode rural jamais connu par le pays depuis la fin de l'horrible guerre d'Algérie, Sonatrach et la compagnie ARCO (Atlantic Richfield Company) ont signé le 15 février 1996 le premier contrat d'association (51%-49%) pour l'exploitation du gisement du pétrole de Rhourd El Baguel (situé à 100 km au sud-est de Hassi Messaoud), d'une valeur de 1,3 milliards de Dollars US, pour une durée de 25 ans, visant l'amélioration du taux de récupération des réserves de pétrole du champ de 20% à 35%, et l'incitation des investissements directs étrangers parce que le pays était au bord de l'abîme, politiquement, économiquement et socialement. Cet accord mis application le 1er juillet 1996, donna naissance a une nouvelle entité : Sonarco, chargée de la conduite des opérations pétrolières du projet de récupération assistée du pétrole, avec comme premier objectif, d’atteindre une production de 120.000 barils/jour à la 11e année, qui au départ était de 26.000 barils/jour. Il prévoyait cinq phases principales de développement. Ensuite, de grandes modifications des installations existantes et la mise en exploitation d'une nouvelle unité pour la réinjection de gaz dans le gisement, ont vue le jour durant les quatre premières phases de développement.

L’usine à gaz non réalisée : pourquoi ?

La susmentionnée phase du projet, consistant en la construction d'une usine de traitement de gaz pour la récupération de GPL (gaz de pétrole liquéfié), prévue dans le susdit contrat, a été sciemment abandonnée par Sonarco fin 2001 (BP ayant acquis les actifs d'ARCO en 2000, agissait avec la lâche complicité individuelle et collective du management de certains cadres de Sonatrach et sa tutelle.

Cette dite phase prévoyait l’installation d’une usine de traitement de gaz d'une capacité de 20 millions m3/Jour, pour la récupération du GPL et de condensats. Mais suite à un défaut de stratégie dans l'injection massive et rapide du gaz à très haute pression (450 Bars) dans la zone supérieure du gisement entre 1999 et 2001, qui s'est traduite par une rapide chute de production dans la majorité des puits producteurs de pétrole du champ, il a été décidé par la direction de Sonarco que l'usine de gaz en question ne sera pas rentable donc, à abandonner.

Déclenchement d’un lourd conflit

En avril 2004, Sonatrach voyant que son partenaire BP n'arrivait pas à la réalisation de son objectif défini selon des engagements contractuels (31.000 barils/jour de production au lieu de 82.000 Barils/Jour), décida d'arrêter le droit d'enlèvement de la part de production de BP évaluée à 30% (selon la valeur des actions de BP dans le contrat Sonarco), BP engagea vite une action d'arbitrage à l'encontre de Sonatrach. Concernant ce lourd différent, il est utile d'étalé la reproduction de la réponse en 2007 de l'ex-patron du secteur hydrocarbures si Chakib Khelil à la revue pétrole Gaz Arab – PGA. En septembre 2008, une décision en deux points de la Cour permanente d'arbitrage de Paris entre les parties a été prononcée, donnant ce qui suit :

1- BP Exploration Algérie Limited n'est pas en infraction vis-à-vis de la stratégique technique utilisée dans l'application du programme de développement du champ à travers son programme d'injection de gaz miscible pour l'augmentation de production du gisement de Rhourd El Baguel donc, l'enlèvement de sa part de production doit reprendre son cours.

2- BP Exploration Algérie Limited doit réaliser obligatoirement le projet de l'usine à gaz de production de GPL et condensats à Rhourd El Baguel (Décision de la Cour non soumise à recours) dont le coût s'élève à présent à prés d'un Milliard de Dollars US.

De même, la Cour permanente d'arbitrage de Paris somme BP et Sonatrach à collaborer et négocier de nouveau, pour la réalisation de leur objectif contractuel. Suite à cela, BP Exploration El Djazair Limited domiciliée aux Iles Bahamas, et BP Exploration Operating Limited domiciliée à United King dom (deux filiales de la société mère BP qui gèrent ensemble le contrat de Sonarco), agissant vite en janvier 2009 à l'encontre de Sonatrach, ont recouru à l'arbitrage une seconde fois auprès d'un expert indépendant désigné par la dite Cour, afin qu'il fasse une recommandation pour les parties au sujet de la révision du profil de production remis en cause par BP en référence aux dispositions de l'article °42 dudit contrat. L'affaire a été enregistrée à sous le n° AA224.

Après la première décision rendue par ladite cour en 2OO8, le semblant d’initiation des études d'engineering pour la réalisation du projet de l'usine à gaz a été décidé le 15/07/2009 par le conseil de gestion de Sonarco. Les fonds nécessaires pour les frais d'études ont été débloqués par les deux co-DG du groupement le 14 octobre 2009 soit deux millions de dollars.

Réunions en série sans lendemain

Les managers de BP, connus pour leur flegme froid dans l'art de la négociation, ne cherchaient plus qu'à gagner du temps par des réunions sans fin, pour se retirer de l'association aux moindres frais. Une réunion ou étaient présents les représentants mandatés par les deux parties (Sonatrach & BP) a eu lieu à Alger les 29 & 30 Juin 2009, attestée par un PV, ou le représentant de BP a présenté une vue d'ensemble faite par sa direction le 09/06/2009 sur le projet de GPL à réaliser à Rhourd El Baguel, équipé de deux trains comme stipulé par la décision de la Cour permanente d'arbitrage en 2008. Le représentant de BP s'est engagé à collecter le maxi d'informations et d'éléments de base qui permettront d'établir l'étendue des travaux pour le plan de préparation desdites études, à confier au bureau d'études anglais Petrofac (un fidèle contractuel en gré à gré avec Sonarco dans des prestation de services d'engineering depuis 2005), reconnaissant qu'il a été transmis à ce dernier un dossier d'une étude complète faite en 1995 par l'italien Snam Progetti sur le projet de réalisation d'une usine de GPL Rhourd El-Baguel (coût de l'étude initiale : 300.000,00 dollars US, et le coût de réalisation de la dite usine en EPC s'élevé à 400 millions de dollars US à l'époque.

Au 31 décembre 2010, Les coûts engagés pour les études d'ingénierie Petrofac pour la réalisation de l'usine de GPL sont revenus à 1,8 millions de dollars US environ (126.000.000,00 de DA), la situation n'était plus qu'en attente de lancement de l'appel d'offres par Sonarco pour la réalisation de l'usine de production de GPL.

Un imprévu gagnant prémédité par BP

Au cours d'une des stériles réunions entre les parties, un irrationnel désaccord prémédité par BP a vu le jour dans un but inavoué, celui de se désengager de l'association à moindres frais. BP dit accepter de construire l'usine en lançant les études sur la base d’un système de production à un seul train sur la configuration technique des futures installations de l'unité

GPL en révisant au préalable le profil de production pour le reste de la période contractuelle s'étalant entre 2009 et 2021 par voie d'arbitrage; alors que Sonatrach veut que soit appliquée la décision de la Cour permanente d'arbitrage de Septembre 2008 et de celle datée 30 août 2009, et que soi lancé les études pour la construction de l'usine de GPL sur la base d'un système à deux trains. Devant ce stratégique litige artificiel de blocage créé par BP durant le premier trimestre 2011, pour faire durer les négociations dans la stérilité au détriment de l'entreprise nationale, Sonatrach a été contrainte de soumettre ledit litige à la Cour d'arbitrage encore une fois.

Vu la nature de la complexe tâche assignée à l'expert indépendant, regroupant de multiples activités. L'expert chef de projet a eu recours à la composition d'une équipe pluridisciplinaire composée de dix docteurs PHD dans différentes spécialités pétrolières et de droit, pour traiter les aspects liés à la révision du profil de production contractuel contesté par BP quand on lui a demandé de réaliser l'usine de gaz.

Recommandation finale selon le rapport d’expertise du 30 août 2009

La décision finale a été en faveur de Sonatrach. La proposition a été faite par l'équipe d'expertise en référence à la période de production du champ s'étalant du 1er juillet 2009 au 30 juin 2021, incluant la production du pétrole brut, des condensats et du GPL :

- Le souhait de BP transmis à l'expert : 57,5 millions de barils en 12 ans

- Le souhait de Sonatrach transmis à l'expert : 58,9 millions de barils en 12 ans

- La décision de l'expert est : 57,8 millions de barils en 12 ans

Décision arrêtée pour le démarrage de l’usine de gaz de production de GPL et de condensat

- le souhait de BP transmis à l'expert est le 1er juillet 2014

- le souhait de Sonatrach transmis à l'expert est le 1er janvier 2013

- La décision de l'expert pour démarrage GPL est pour le 1er juillet 2014

Suite à cela, la partie BP demande à Sonatrach l'organisation d'une réunion de travail préalable pour approuver ensemble le profil de production révisé par l'équipe d'experts, en suggérant que Sonarco organise la réunion le plus tôt en Algérie. Sonatrach accepte …! Une atroce situation de laxisme du management de l'entreprise Sonatrach vient s'ajouter à celles s'étalant déjà de 1996 à 2011, confirmant par là que l'entrée en lice de la production de l'usine du GPL prévue au départ pour 2007, reportée à 2011, et encore reportée à 2014 par décision de justice, ne verra pas le jour.

L’astuce du flegme management participatif de BP

En fin de parcours, BP étonna Sonatrach en lui présentant l'étude finale faite par Petrofac avec un seul train ! Alors qu'il était convenu à maintes reprises entre les parties avant et après expertise, que l'usine de GPL sera réalisée avec deux trains de traitement comme l'a si bien confirmé l'expert indépendant, et non pas un seul train de traitement comme l'insinue BP pour faire durer le flegmatique feuilleton. Sonatrach se sentant blousée, déposa encore une fois une plainte auprès de la Cour permanente d'arbitrage à l'encontre de BP pour non application de la dite décision d'arbitrage rendue en sa faveur dans le conflit qui l'oppose à son partenaire.

Se voyant perdante sur toute la ligne, BP engagea des tractations formelles et informelles en hauts lieux, pour la résolution de son litigieux cas, tout en s'évitant de perdre cette bataille comme elle a laissé des plumes en Louisiane, condamnée à l'indemnisation de 25 Milliards de $ US pour pollution marine en 2010.

Secret du blocage

Une première séance d'audience entre les parties a été programmée au début d’avril 2011. Les représentants de Sonatrach devant assister à la dite séance d'arbitrage à Paris pour cet incroyable cas de filouterie managériale, ont été informés à la, dernière minute au siège de la direction générale de Sonatrach, que leur déplacement à Paris a été annulé, et la décision est venue de haut lieu qu'eux-mêmes ne savent rien sur le sujet, et ne font que transmettre un ordre verbal venu d'ailleurs ..!

En finalité

BP a quitté le champ de Rhourd El Baguel en douceur après l'avoir endommagé, en payant une indemnisation de pacotille à Sonatrach, un montant dérisoire s'élevant à 100.000 dollars US (700 millions de centimes) et ce, pour ne pas construire l'usine de production de GPL à Rhourd El Baguel dont le coût total actuel en réalisation EPC s'élève à un milliard de dollars US, une grande lâcheté méritant de lourdes sanctions aux irresponsables algériens de Sonatrach et d'autres secteurs et organes qui ont permit la concrétisation de ce désastre commis au détriments des intérêts du pays..

Si l'usine de GPL et condensats avait été réalisée, l'Algérie aurait gagné 2,5 millions de dollars US par jour, et ladite usine sera amortie en une année de production selon la récente étude de Petrofac datée du 31 août 2010 estimant son coût global à plus de 700 millions de dollars US.

Alerte lancée auprès de qui de droit, pour rétablir l’Algérie dans ses droits …… !

Mohamed Lefhel, un cadre indigné

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Commentaires (6) | Réagir ?

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Idir yahiaoui482

Ca fait des annees que nous crions frort d arreter le bradage des ressources naturelles du par le ministere de l energie et le gouverment Boutefika. Les Hydrocarbures, les mines, la siderrugie, les telecommunications entre les mains des etrangers.... une honte pour le pays... alors que des ingenieurset experts algeriens sont obliges de s exiler a l etranger pour trouver du travail a leur niveau et competences... Le baratin du President Boutefika qui soit disant nous devons developper les relations economiques Sud Sud... ? Alors que le Bresi a offert ses avions Embraer Boutefika prefere acheter des avions Bombardier Canadien... Pnesez vous que les Bresiliens prennent au serieux le President Boutefika... ? faut etre naif quand meme pour le croire lorsqu il deverse ses discours a droite et a gauche ne sachant quelle direction prendre et n ayany aucune vision a long terme de l Algerie

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Amar Ath Tsouathi

Le débat sur ce sujet doit prendre en compte deux constantes majeures :

1- La particularité géologique des gisements,

2- L'encadrement dirigeant (et supérieur qui est en est en rapport).

Dans ce sens, si un gisement devrait être mis en partenariat il faut que l'optimisation de sa production soit hors portée de Sonatrach. C'est logique et il ne faut pas être expert pour en convenir. Or, particulièrement, Rhourde El Baguel est situé entre deux failles importantes (dont celle de Ramade) et la largeur du horst (pour les inités) n'est pas grande. Ce qui veut dire que le réservoir (Quartzites et grès durs) devraient être fortement fissurés. D'ailleurs c'est le cas. Cela voudrait aussi dire que nous avons affaire à un réservoir aux propriétés pétrophysiques élevées et donc avec une bonne perméabilité. La récupération primaire ne pose aucun problème. Maintenant si on arrive à d'autres niveaux de récupérations (Je suis à Sonatrach mais pas à la production!), cela demande d'autres technologies. La Sonatrach a cumulé une expérience même à ce niveau. Le champs de Hassi Messaoud est naturellement plus compliqué et Sonatrach s'est occupé des récupérations secondaires.

Cette brève introduction peut expliquer, si besoin est, la raison qui a amené au contrat en question : Le facteur humain. A Sonatrach, les systèmes d'évaluations sont si mauvais qu'ils frisent le ridicule. Les promotions ne se font nullement selon des normes et le management des Ressources Humaines est une catastrophe qui a donné lieu à une pléiade de cadres mal placés. Certains sont même incapables de réfléchir et se contente de plagier les bonnes idées, de faire la tournée des salons et de s'adonner aux pires dérapages économiques (Corruptions, ignominies de tous genres). Les étrangers ont compris cette situation et s'adonnent à coeur joie. Ils interviennent même pour débouter certains rares et bons cadres. Le dernier en date est Mr Cherouati dont la naivité est si grande qu'elle l'a mené vers la sortie avec une vitesse V! Pour le reste, on en est pas à la première et la dernière est bien loin devant. Bp qui a perdu beaucoup d'argent dans son éruption en mer des Cariabes sait qu'elle peut beaucoup récupérer en Algérie : elle est au centre de ce présent problème. Le reste est entendu.

Dernièrement un débat au cours d'un séminaire dont on est organisateur m'a donné des nausées quand certains cadres ne se gènent pas à étaler leur médiocrité.

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