Et si on changeait de bon peuple ?

L’image de cette petite et riche enclave au cœur de l’Europe célèbre pour sa fondue, sa raclette, son chocolat et enviée partout dans le monde pour ses stations de ski et ses lacs paisibles, miroirs où se reflètent des paysages et jardins bucoliques, serait-elle en train de changer ? Que dire de sa flore humaine? Les Suisses auraient-ils subi des mutations biologiques accélérées pour célébrer le deux centième anniversaire de Darwin et sa théorie de l’évolution ? Les Suisses, d’habitude si «pragmatiques», s’enflammeraient pour quatre minarets ? Seraient-ils tout simplement trouillards ou plutôt courageux ? Et s’ils étaient ni l’un ni l’autre? Se pourraient-ils qu’ils craignent tout simplement la montée fulgurante de l’islamisme politique partout dans le monde et en particulier en Europe ?

Une chose est sûre, les Suisses viennent de créer un précédent en assénant un coup de massue populaire à la gent politique. En effet, leur vote massif pour l’interdiction des minarets n’est pas tant une victoire de l’extrême droite qu’une défaite des politiques, incapables de recentrer le débat sur les valeurs fondamentales de la démocratie, à savoir la laïcité, l’égalité entre les hommes et les femmes et l’égalité des chances. Il est évident que ce suffrage traduit un écart de plus en plus profond entre le bon peuple et l’élite bien pensante qui avale, cette fois-ci bien difficilement, la pilule. Faut-il pour autant annuler le vote comme le réclame certains ? Et pourquoi ne pas changer de peuple ? Y a-t-on pensé ? Pourtant, tout avait été mis en place pour que l’on «vote bien». Quasiment toute la classe politique suisse, de la droite à la gauche, des écolos aux curés, des gauchos aux patrons, avait mené le bal pour appeler à voter non. On a sorti la grosse artillerie habituelle : quiconque s’affichait en faveur de l’interdiction a été accusé de xénophobe, de raciste, d’intolérant et d’islamophobe. Des alliés ont même été appelés au renfort : l’ambassadeur de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) est invité à faire campagne pour le non après avoir vertement critiqué la Suisse. Ce qui a fait dire au journaliste Vincent Pelligrini : «C’est un peu l’histoire de celui qui voit la paille dans l’œil du voisin et pas la poutre dans le sien» ! L’OCI, là où fourmillent des dictatures et des théocraties islamiques, qui mène une campagne acharnée pour faire reculer partout dans le monde - et à l’ONU en particulier - les droits des femmes et des homosexuels, qui fait tout pour réduire la liberté d’expression et de conscience au nom du respect des religions, des traditions et des cultures, est montée au créneau pour défendre la démocratie en Suisse.

Pendant la campagne, le bon peuple s’est bien gardé d’exprimer ses penchants. Motus et bouche cousue. De toute façon, à quoi bon ? Pour les bien-pensants, la problématique est si simple : en quoi l’existence de 4 minarets menacerait-elle la quiétude des Suisses ? On aurait cru entendre Jean Charest parlant des accommodements de la Société d’automobile et d’assurance du Québec (SAAQ) et de son projet de loi 16 ou encore Françoise David qui défend corps et âme le port du voile islamique dans la fonction publique québécoise ou la FFQ qui, main dans la main avec Présence musulmane, mène la même campagne. Faites un tour en Iran et vous verrez bien quelle liberté ont les femmes dans une théocratie islamique, même en Algérie qui ne ressemble franchement pas au pays des mollahs; le sort des femmes est peu enviable. Au moins pour le bon peuple, c’est clair. On ne peut réduire la démocratie à une comptabilité d’épicier. Qu’il s’agisse de la burqa en France, des quatre minarets en Suisse, des quelques cas d’accommodement à la SAAQ ou du port des signes religieux dans la fonction publique québécoise, on ne saurait réduire ses nombreuses manifestations à des «épiphénomènes, des micro-problèmes ou encore à des perceptions». Tout le monde sait que le problème est ailleurs. De nombreuses études, reportages et ouvrages démontrent que la Suisse a été infestée d’islamistes et que c’est à Genève que l’islam politique des Frères musulmans a élu domicile, parrainé par Saïd Ramadan qui n’est nul autre que le gendre du fondateur du mouvement des Frères musulmans, Hassan al-Banna et père de Tariq Ramadan. Le premier centre islamique – celui de Genève – a servi de modèle aux nombreux centres islamiques implantés depuis le début des années 1960 en Europe avec le soutien de l’Arabie saoudite. La Suisse va en effet assumer une double fonction dans la stratégie islamiste : celle de “coffre-fort” et de lieu de prédilection à leur propagande. De cela personne ne veut parler. Ni les politiques, ni la «bien-pensance», comme l’a baptisée Élisabeth Badinter. Pour le bon peuple, la beauté des minarets ne saurait cacher ni la laideur des discours qui s’y tiennent ni la lâcheté et surtout pas la complicité de la bien-pensance. Puisse seulement le bon peuple être entendu !

Djemila Benhabib

(auteure de "Ma vie à contre-Coran : une femme témoigne sur les islamistes" aux éditions VLB)

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ARISTOTE

LETTRE A M. ZERHOUNI, MINISTRE DE L'INTÉRIEUR Je suis surpris et scandalisé par votre utilisation du terme NAZISME pour décrire la position de certains intervenants européens dans le débat se déroulant aujourd’hui en Europe au sujet de la question des MINARETS et de l’identité nationale (Tousurlalgérie. 13-12-2009). Je suis certain, M. le ministre que vous connaissez la charge émotive entourant ce mot et ce qu'il a amené dans le passé:l’antisémistisme avec cinq millions de personnes gazées à Auschwitz, Buchenwald et autres camps d’extermination sinistres, l’occupation, en 1939-45, par l’Allemagne de beaucoup de pays, les bombardements massifs de londres par l’aviation allemande, une guerre déclenchée par le régime nazi qui a abouti à 50 millions de morts parmi lesquels beaucoup de nos compatriotes. Tout cela, M. le ministre est le produit du nazisme. Je suis certain que vous le savez. Je suis sûr aussi que dans tout pays, de nombreuses personnes utilisent des mots qui n’ont rien à envier au discours nazi pour stigmatiser ou rejeter les ''autres'', les étrangers, les immigrants. Ces personnes peuvent être de simples citoyens diffusant ces propos sur les sites internet ou bien dans les échanges sur des sujets paraissant dans des journaux électroniques ou tout simplement dans les bars ou cafés. Leur impact est pour ainsi dire nul. Ceux sont, en ce qui a trait aux sites internet, des anonymes se cachant souvent derrière des pseudonymes. Ces propos peuvent aussi venir de personnalités publiques. Dans les démocraties libérales, leurs paroles sont tout de suite dénoncées par les journalistes ou des officiels ou bien ils sont poursuivis en justice pour diffamation. Et pour cause, ils ne sont pas n’importe qui. Ceux sont des responsables dont l’impact sur l'harmonie et la paix sociale, peut être négatif et dramatique. Pareillement pour vous, M. le ministre, les propos dans votre bouche prennent une dimension particulière et grave. Le savez-vous? Vous êtes un responsable, ministre de la république algérienne, État membre de l'ONU, et en tant que tel les paroles sortant de votre bouche doivent être empreintes de mesure, de prudence et d’un haut sens de responsabilité. De fait, vous n’avez pas le droit, M. le ministre, de lancer des phrases ou des mots à l’emporte pièce, surtout, quand ils ont un lien avec des événements, ayant abouti à des souffrances et des tragédies humaines. Vous ne pouvez accuser les Suisses de ''Nazisme'', alors que leur décision est le produit d’un haut et exemplaire exercice de démocratie. Le référendum est une donnée fondamentale de la démocratie suisse. Vous avez le droit ne pas être d’accord avec le choix des Suisses, de le critiquer, cependant vous ne pouvez pas critiquer leur décision en utilisant le mot nazisme. Concernant le débat sur l’identité en France, vous dénoncez, aussi, certains intervenants d'avoir tenu des propos qui ne sont pas loin du nazisme. Propos venant de qui? Des citoyens? L’échange d’idées fait partie du système démocratique. Il existe différents courants de pensée, parmi lesquels des gens qui tiennent, malheureusement, un discours virulent auquel est, cependant, toujours opposé un discours pacifique, compatissant et raisonnable. En effet, la parole violente et extrêmiste finit toujours par être atténuée et neutralisée. Le sens du dialogue et de la mesure finit par reprendre le dessus et la raison par s’imposer. Ceci est l’essence même du système démocratique. Les propos de type nazi viennent-ils de responsables politiques ?Alors dans ce cas, M. le ministre, s’ils visent nos concitoyens algériens, il vous incombe de protester fermement et énergiquement contre les personnes qui en sont responsables. Avez-vous conscience M. le ministre de l’impact de vos affirmations sur les auditeurs fragiles et non-avertis? Un impact pouvant développer le rejet et la haine des gens que vous stigmatisez, une haine dont l'Algérie peut bien se passer au vu des graves problèmes économiques et sociaux qu'elle traverse et qui ne peuvent être résolus que par des relations harmonieuses avec les pays européens. Qu'on le veuille ou non. Avez-vous conscience que ces affirmations sont une insulte pour les Européens qui hébergent et donnent du travail à des millions d'Algériens. Pour finir, je tiens à vous faire remarquer, M. le minitre, que les attaques dont les Algériens ont été victimes de la part des officiels et médias égyptiens sont mille fois plus graves que ceux contre les Maghrébins en Europe. Le journal, l’expression, a cité un auteur égyptien scandalisé par les propos de type raciste de ses compatriotes, journalistes et officiels égyptiens, vis-à-vis de notre peuple. Je dis mille fois plus graves car, dans le cadre européen, les propos négatives, condamnables par ailleurs, ne dépassent pas le cadre verbal. Dans le cadre égyptien, ils ont donné lieu, selon les journalistes, à la chasse aux Algériens. Et de votre part, il n’y eût aucune réaction. N’est-il pas temps M. Zehouni, vous et les gens de votre génération de vous retirer, car vous êtes usés par le pouvoir au point ou vous avez perdu le sens de l’importance de la charge que vous occupez ainsi que la signification des mots que vous utilisez?

ARISTOTE enseignant

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Génération 50

Les propos d'Ismael et en partie, repris par Ghanima font une bonne conclusion de l'article publié par Djemila Benhabib. Il est vrai, quant à moi, vivant au Québec, que, malheureusement, certaines personnes se proclamant musulmanes - mais pas à mon oeil - profitant de la démocratie et de la charte des droits de la personne, vont jusqu'à exiger, je cite à titre d'exemple:

1- Certaines femmes ne veulent se faire osculter par un médecin homme... Question: imaginez une urgence ou un accident grave et qu'il n'y ait pas de medecin femme aux urgences...

2- Certains étudiants musulmans ne font pas les examens le Vendredi, sous pretexte que c'est une journée de prière... Question: ne doit-on pas se cultiver ou "chercher la science" la journée de Vendredi.

3- Certains groupes islamistes vont jusqu'à interdir certaines pratiques religieuses de confession chrétienne des établissements publiques, scolaires ou universitaires... On n'affiche plus "Un Joyeux Noel" mais plutot "Joyeuses Fêtes"!...

-4, et j'en passe sur le nombre d'accomodements raisonnables que ces sociétés qui nous accueillent doivent ériger comme des barrières pour que tout le monde qui y vit trouve son compte... Franchement, cela me fait rire quand on me parle de ça... Au fait, c'est à nous musulmans de s'intégrer à leur mode de vie (je ne dis pas ici à leur culture) tout en gardant nos principes de l'Islam... Le 2 Janvier de cette année, avec un 5-10 cm de neige au sol, j'ai fait le tour de mes voisins et leur ai distribué une datte deglet Nour fraichement arrivée d'Algérie, la veille... Le geste a été fort apprécié d'autant plus qu'aucun des voisins québecois habitant le quartier n'avait vu de tel geste avant.. Alors c'est là où l'un de mes voisins m'avait demandé mes origines... Il était très honoré de vivre une telle expérience avec un musulman et il était très content d'apprendre que les musulmans sont capables de vie en société et de s'affirmer au sein de la société qui les accueille... C'est à nous de leur faire partager les vraies valeurs de l'Islam afin qu'ils prennent acte ne serait-ce juste de leur donner matière à reflexion. Alors, imaginez-vous si j'exige avant tout l'implantation d'une mosquée dans une communauté où on est à peine visible? Et de là à exiger un minaret... C'est fort!... Certaines personnes pour ne pas dire musulmans veulent chier toujours plus haut que leurs c... ! Et même au pays des chrétiens qui les nourrit, qui les abreuve et qui les loge decemment... Alors, sans changer de bon peuple, il faut juste s'accomoder au bon peuple... Le "reformater" pour qu'on puisse s'y retrouver sans aucune gêne, ni gêner, ni être gêné. Ainsi, le respect demeurera mutuel et les cultures s'en sortiront que grandies.

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