La privatisation du CPA retardée : l'énigme algérienne

La privatisation du CPA retardée : l'énigme algérienne
La privatisation du Crédit populaire d'Algérie qui devait, selon l'échéancier initial du gouvernement, aboutir à la mi-2007 puis en octobre, est retardée sans raisons apparentes et ne se réalisera pas avant la fin de l'exercice. Ce couac inquiète les milieux français. Sur le six banques étrangères qui se sont portées candidates à la reprise des 51% du capital du CPA, quatre sont françaises : BNP Paribas, Société générale, le Crédit agricole et Natixis.
En visite, ce week-end, à Paris, Abdelhamid Temmar a voulu rassurer les Français qui ont fait part des « incertitudes sur le dossier. » «Il n'y a pas le moindre problème sur ce dossier. Rien ne s'y oppose», a-t-il réagi en réponse à une question du «Quotidien d'Oran». Si l'affaire a pris un temps supplémentaire, c'est parce qu'il s'agit d'une «privatisation pas comme les autres».
Le ministre chargé de la Privatisation a reconnu un retard dans le bouclage du dossier. Cela tient, selon lui, à la nature originale et «difficile» de l'opération au regard des cas antérieurs de privatisation. C'est la «première ouverture du capital» d'une banque publique, a-t-il fait remarquer.

«Il fallait faire très attention, être plus que précautionneux pour garantir la meilleure ouverture possible». Unique cause de retard à en croire l'argumentaire du ministre, cette précaution prononcée a été motivée par l'objet sectoriel du CPA et son profil dans le paysage bancaire national. Selon le ministre, il s'agit d'une banque, qui plus est forte d'un réseau d'agences incomparable et d'un portefeuille entreprises-particuliers important. S'il n'a pas donné d'échéance sur l' aboutissement du dossier «CPA», le ministre de l'Industrie et la Promotion des réformes a confirmé le lancement, de fraîche date, d'une seconde opération dans le secteur bancaire public. Il s'agit de l'ouverture du capital de la Banque de développement local (BDL) à hauteur de 30% .

le dénouement du dossier se fait toujours attendre, non sans susciter des doutes est bel et bien à l'ordre du jour. Et plus que jamais. C'est un membre du gouvernement qui vient de le confirmer sans ambages.

Le ministre de l'Industrie et de la Promotion des investissements brossait le bilan de son séjour parisien devant les correspondants de la presse nationale, à Paris.

Venu aux fins de préparer, avec la partie française, la visite d'Etat de Nicolas Sarkozy à Alger (3-5 décembre), le ministre en a profité pour adosser un autre programme à son agenda. Outre des entretiens avec le ministre de l'Economie et des Finances, Mme Christine Lagarde, et le secrétaire d'Etat chargé des Entreprises et du Commerce extérieur, Hervé Novelli, il a multiplié les contacts avec les milieux d'affaires et de l'entreprise. Partenariat, évolution de la balance commerciale, foncier industriel, réforme bancaire, bilan des programmes de privatisation: les sujets de discussions n'ont pas manqué, les interpellations aussi.

La visite de Temmar a coïncidé avec un regain d'interrogations dans les rédactions économiques parisiennes sur le sort de certains dossiers lourds. A l'image de celui du CPA.

Selon l'échéancier initial du gouvernement, le dossier devait aboutir courant 2007. Au mieux avant la fin du premier semestre 2007, au plus tard avant la fin de l'exercice. Six banques étrangères se sont portées candidates à la reprise des 51% du capital de la banque du Bd Amirouche.

Quatre: BNP Paribas, Société générale, le Crédit agricole et Natixis, sont sous bannière française. Les deux autres, Santander et Citibank, sont respectivement espagnole et américaine.

A l'aube de cette année, les trois premières s'étaient livrées à une opération de charme. L'une après l'autre, elles avaient envoyé des délégations en mission de marketing. Prévu pour la mi-2007, le dénouement du dossier se fait toujours attendre, non sans susciter des doutes.

En revanche, le dossier d'ouverture du capital d'Algérie Télecom ne semble pas estampillé du sceau de l'urgence. «Nous le ferons lorsque nous le jugerons utile», répond, sans en dire plus, le ministre. Seul élément de langage livré devant les correspondants de la presse nationale à Paris: le dossier est «prêt» et la décision appartient aux deux entités compétentes en la matière: le Conseil national des investissements et le Conseil des participations de l'Etat présidé par le chef du gouvernement.

L.M. (avec Quotidien d'Oran)

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Commentaires (7) | Réagir ?

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rym imsat

Comme on s'en doutait, le CPA est bel et bien sur le point d'être bradé. Le quotidien Liberté, dans son édition d'hier, évoquant la privatisation de cette banque parle d'un montant de cession de 530 millions d'euros !

Si ce chiffre venait à être confirmé, ce serait une catastrophe pour l'économie nationale !

L'auteur du papier qui a jugé plus utile de caresser tous les candidats à la reprise du CPA dans le sens du poil, n'a pas dit un mot sur les zones d'ombre qui ont entouré et continuent d'entourer le traitement de ce dossier pourtant éminemment stratégique.

Encore une fois, la question des créances douteuses du CPA (les fameux 900 millions de dollars de crédits non remboursés par les opérateurs privés) est passée sous silence.

Il faut aussi relever qu'au moment où le processus de bradage du CPA s'accélère, la BEA signe un accord avec HSBC pour financer essentiellement des projets Sonatrach et Sonelgaz par le biais du project financing.

Les journaux qui ont rendu compte hier de la teneur de ce protocole ont présenté ce mode de financement (axé sur le remboursement du crédit à partir des ressources générées par le projet finançable) comme si c'était une nouveauté. Or il faut bien savoir que Sonatrach pratique ce mécanisme depuis prés de 20 ans.

Cette technique est aussi connue et maîtrisée par un certain nombre de nos cadres de banque.

On assiste donc à une systématisation du recours à l'assistance étrangère qui ne va apporter aucune valeur ajoutée. Aprés la liquidation du CPA, nous jetons nos devises par des fenêtres grandes ouvertes !

Rym Imsat

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rym imsat

Je ne suis que partiellement d'accord avec M. Hamrouchi. Betchine (puisque c'est de lui qu'il s'agit) a en effet une dette importante auprés du CPA, mais il fait partie des 350 opérateurs qui n'ont toujours pas remboursé les crédits dont ils ont bénéficié entre 1997 et 2005.

On ne saurait réduire la problématique des créances douteuses au sort réservé à quelques crédits (Betchine, Mehri, Kouninef, Yahiaoui, Bouras...). Les 350 opérateurs privés dont il s'agit font partie des oligarchies financières et affairistes qui exercent de fortes pressions sur les institutions bancaires.

Le processus de privatisation est soumis aux interférences de ces groupes qui voudraient non seulement faire effacer leur dette (amnistie financière déguisée), mais aussi continuer de bénéficier de facilités bancaires y compris de la part du futur repreneur du CPA.

J'indique, au passage, que la privatisation du CPA est reportée au 1e trimestre de l'année 2008 (voir El Khabar du 3 novembre 2007).

Ce report ne doit pas étonner : la lutte des clans autour de ce dossier est féroce !

Il y a, je l'ai déjà dit, une enveloppe devises annuelle (celle du CPA) liée aux importations, de prés de 4 milliards de dollars.

La gestion de cette manne est assurée depuis des années par trois ou quatre agents soumis au diktat croisé des opérateurs et des intermédiaires véreux, mais aussi de certains cadres de la direction générale.

Le repreneur français du CPA ne pourra pas s'affranchir de ce diktat; toute tentative de remise en cause des " équilibres " existants sera sanctionnée par la mafia, de diverses manières !

C'est pourquoi, je le redis, le dossier du CPA est brûlant dans le sens où il est explosif surtout quand on sait que la bagarre va aussi avoir lieu autour des futures relations entre le repreneur de la banque et les grandes entreprises publiques.

Rym Imsat

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